LISE RHEAULT
Roger Levasseur
Dans son d'adolescence, Mme Lise Rheault croyait bien qu'elle suivrait les traces de sa s?ur aînée et qu'elle deviendrait religieuse, elle aussi. «Je m'étais toujours souvenue que lorsque ma s?ur Éva-Rose avait quitté la maison pour aller chez les religieuses, elle pleurait en m'embrassant. Je lui avais alors dit de ne pas s'en faire, que j'irais la rejoindre, un peu plus tard. Et j'avais toujours cette promesse en tête», a confié Mme Rheault.


À 19 ans, Lise Rheault entra chez les s?urs de la Providence. «Cela n'a duré que 11 jours. Par la suite, je me suis dit que j'irais ?uvrer en Haïti, avec une autre communauté de religieuses. Elles me demandèrent si j'avais un chum et comme c'était le cas, elles me dirent que ce n'était pas possible. De fil en aiguille, je me suis retrouvée à enseigner à Saint-Mathias-de-Bonneterre, un petit village pauvre de l'Estrie, dans une petite école dirigée par la même communauté religieuse. Puis, mon ami Clément Perreault, décédé dans un accident en 1984, m'a demandé en mariage et je suis revenue à Précieux-Sang. J'ai enseigné pendant 33 ans, dont 27 à Précieux-Sang. J'ai pris ma retraite en 1990», a raconté l'enseignante aujourd'hui âgée de 66 ans.
Ce qu'il y a de spécial dans sa famille, c'est que des 11 enfants d'Oscar Rheault et Gracia Roy, de Sainte-Gertrude, huit des neuf filles ont été enseignantes.
«Notre famille était de condition modeste. Mon père a étudié jusqu'en 5e année seulement. Ma mère a perdu la sienne à l'âge de 9 ans et elle a tenu maison à partir de 10 ans. Mon père était toutefois autodidacte. Nos parents nous ont toujours encouragés à faire des études, disant que c'était l'héritage qu'ils nous laisseraient», a raconté la sexagénaire.
Mme Rheault explique donc que c'est l'exemple de leur s?ur aînée Éva-Rose qui fut leur motivation pour l'enseignement. «Marie-Rose enseigne toujours à 67 ans et elle est toujours religieuse», a précisé sa s?ur.
Mme Rheault se dit chanceuse d'avoir pu enseigner à l'époque d'Émilie Bordeleau. «La première année, j'ai enseigné à des élèves de quatre niveaux, à Saint-Sylvère. J'avais 37 élèves. On demeurait à l'école et on devait chauffer le poêle. La première année, mon salaire a été de 1100$, puis ce fut 1300$, la deuxième», a-t-elle précisé.
Avec nostalgie, l'enseignante retraitée se souviendra que les élèves étaient alors studieux et respectueux. «La discipline était facile à appliquer. On n'était pas arrivé à ce phénomène des enfants-rois. Dans les dernières, c'était beaucoup plus difficile de retenir leur intérêt. Il faut pratiquement que le professeur fasse le clown pour les intéresser. Malgré tout, je dois dire que j'ai été chanceuse et que je n'ai jamais eu de groupes vraiment difficiles», a témoigné l'enseignante.
Dans une toute petite communauté de 400 âmes, l'enseignante du village devient vite la personne-ressource, avec le curé et le maire.
Dans ses années d'enseignement, Mme Rheault fut donc sollicitée de toutes parts, pour toutes les causes. «À ma retraite, cela a augmenté alors que les gens estimaient que j'aurais plus de temps libre », a-t-elle noté. Depuis sept ans, la citoyenne de Précieux-Sang est sacristine.
«Le travail consiste à préparer les célébrations religieuses. Je suis aussi responsable de l'entretien de l'église. Les pasteurs sont Gilles Bédard et Denis Boudreault qui desservent aussi Sainte-Angèle-de-Laval, Saint-Grégoire et Saint-Célestin», a décrit la sacristine.
Depuis six ans, Mme Rheault est également présidente de l'Âge d'or de Précieux-Sang. «Nous sommes 90 membres. Le brunch mensuel est bien apprécié. Nous organisons une marche au clair de lune et nous avons toutes sortes d'autres activités, plusieurs touchant à la connaissance de choses qui se passent chez nous. Prochainement, nous allons ainsi visiter l'usine de sabots, à Gentilly», a résumé la présidente.
La bénévole de Précieux-Sang visite régulièrement les aînés de la Résidence du Soleil levant. «Mon père a habité cette résidence les cinq années de sa vie et après son décès, j'ai continué à visiter les gens», a-t-elle expliqué.
En 2003, Mme Lise Rheault a été une actrice importante au sein du comité organisateur des fêtes du centenaire de Précieux-Sang. «J'ai été particulièrement impliquée dans l'organisation du défilé de mode d'époque et aussi de la soirée d'amateurs. J'ai également travaillé sur le livre du centenaire», a précisé Mme Rheault.
Une grande famille
Aussi longtemps qu'elle se rappelle, Mme Rheault souligne que la population de Précieux-Sang a toujours tourné autour de 400 personnes. «C'est une petite communauté qui forme toutefois une grande famille. À Précieux-Sang, tout le monde se connaît. Personnellement j'ai enseigné à des enfants, puis à leurs enfants et à la fin à leurs petits-enfants», a dit Mme Rheault.
En 1965, lors de la fusion des municipalités qui ont formé la ville de Bécancour, Mme Rheault s'était prononcée en faveur de ce regroupement.
«Ce que l'on nous présentait alors n'était que du beau. On annonçait la venue de Péchiney et le développement du parc industriel. Pour nous, jeunes mariés, c'était prometteur pour l'avenir de nos futurs enfants», a raconté Mme Rheault, ajoutant qu'encore aujourd'hui, elle estime que la fusion fut une bonne chose.
«Centre communautaire, bibliothèque, nous profitons des mêmes services offerts dans les autres secteurs de Bécancour. S'il n'y avait pas eu la fusion, que serait devenu un petit village de 400 âmes comme le nôtre?»
La mère de deux garçons, Yvan et Luc, Mme Rheault chérit également ses quatre petits-enfants. «Un cinquième doit naître d'un jour à l'autre», a-t-elle précisé au moment de l'entrevue.
En bonne forme physique, la citoyenne de Précieux-Sang prend les moyens pour le demeurer.
«Le vélo, la marche, le ski, le patin, moi, il faut que ça bouge. C'est pour ça que je n'ai pas encore d'ordinateur dans la maison. J'avais dit que j'aurais un ordinateur à 60 ans, puis à 65 ans. J'ai 66 ans et je pense que ça ne presse pas encore», a confié notre Tête d'affiche qui arrivait à peine d'une croisière de deux semaines en Méditerranée