Pour éviter des complications au cours de l'accouchement, les sages-femmes de Papaye reçoivent une formation paramédicale poussée. Sage initiative pour le bonheur de centaines de mères et d'enfants.
Marie Sonise Louise est infirmière et travaille comme formatrice au centre de la Croix-Rouge haïtienne à Hinche. Chaque matin, elle parcourt six kilomètres pour se rendre au dispensaire de Papaye, où elle est responsable de formation. Le trajet est d'autant plus fastidieux que l'infirmière doit le refaire en fin de journée. Mais le devoir l'appelle. Là-bas, 32 sages-femmes l'attendent.
Elles aussi ont marché des kilomètres. Depuis Bassin Zim, Jacob, Trois Roches, Carré Savane et autres coins perdus du Plateau central. Marie Sonise Louise ne veut pas les décevoir. Elle sait aussi que plus « ses » sages-femmes sont bien formées et compétentes, moins il y aura de complications au cours des accouchements. Car elle en a trop vu de ces pauvres paysannes accouchant dans des conditions déplorables.
Pour une meilleure pratique...
Une meilleure connaissance médicale permettra aux sages-femmes, selon elle, de mieux exercer leur métier dans le milieu rural haïtien où bien rares sont les femmes qui recourent à un médecin pour accoucher. « On leur donne l'information nécessaire pour diminuer les risques d'infections des mères et des nouveaux-nés », explique l'infirmière, du ton maternel, ses yeux caressant le groupe de paysannes rassemblées sur la galerie du dispensaire du Mouvement paysan Papaye (MPP).

Bien qu'elle prétende avec humour n'avoir que 19 ans et ne pas trop se rappeler l'année où elle a commencé à pratiquer le métier de sage-femme, Odillia, une sexagénaire pleine d'entrain, suit régulièrement les cours de sages-femmes dispensés depuis 2000 au dispensaire santé intégrale de Papaye. « Il faut être prudente, mesdames, dit Louise, assise sur une chaise bancale devant le groupe de paysannes buvant littéralement ses paroles. Pendant tout le processus d'accouchement, il faut absolument utiliser le matériel nécessaire : des gants, une toile à gaz, de la bétadine pour la désinfection, etc.»
Aussi sage pour les hommes
Il n'y a pas que des femmes à se réunir au dispensaire de Papaye pour suivre les séances de formation de l'infirmière Louise. Il y a aussi deux hommes, deux « sages-hommes » en quelque sorte. Volcy Jean est l'un d'eux. Chaque jour, il laisse Wangoma, 3e section communale de Papaye, pour venir au dispensaire afin de s'informer davantage sur ce métier qu'il pratique depuis 1970. « J'ai plus de vingt-cinq ans dans le métier, mais j'ignorais pas mal de chose : comme l'utilisation de gants, le nettoyage du nombril après la coupure du cordon ombilical, etc. », explique l'accoucheur.
Encore plus sage
L'infirmière Louise ne leur apprend pas seulement à servir les autres, mais aussi à se protéger contre des maladies infectieuses et autres problèmes de santé liés au mauvais entretien et au manque d'hygiène. En fait, en plus des douleurs rhumatismales et des problèmes engendrés par une mauvaise nutrition, plusieurs des sages-femmes souffrent elles-mêmes d'infections vaginales, voire de cancer du col de l'utérus.
Le problème, selon Miss Denise, est lié à la non circoncision de leur mari et à la négligence hygiénique. « Certaines d'entre elles ont malheureusement été atteintes d'infection génitale lors des rapports sexuels avec leur mari, le plus souvent incirconcis », souligne-t-elle.
La formation médicale que reçoivent les femmes de Papaye a pour elles une double importance, souligne une sage-femme, debout sur la galerie du dispensaire, et tenant une paire de gants. Elle nous permet, dit-elle, non seulement de faire preuve de plus de prudence pour notre santé, mais aussi de mieux servir nos soeurs paysannes vivant dans les coins les plus reculés du Plateau central.
Source: Le Nouvelliste
Par Jean Max St Fleur