Bélo Haïti, c?est désormais le surnom octroyé à notre compatriote Jean Bélony Murat, lauréat à l?édition 2006 du Prix Découvertes RFI. La population lui a réservé lundi un accueil triomphal à son retour dans la terre natale.
Lundi 4 décembre 2006, 6 heures 30 p.m. Aéroport international Toussaint Louverture. Des milliers de personnes se massent devant l?immeuble. Ils sont tous des jeunes. Venus des différents quartiers de Port-au-Prince, ils sont unis par le même objectif : accueillir triomphalement leur compatriote Jean Bélony Murat, lauréat du Prix Découvertes RFI 2006. On se bouscule, on se presse sans heurts. Pour l?occasion, la Police est sur les dents. Le moindre bruit provenant de l?immeuble soulève des remous dans la foule. Les minutes paraissent longues, mais personne ne perd patience. Ces genres d?occasion sont rares. Pour une fois, on peut se permettre d?attendre. Le jeu en vaut bien la chandelle.

Situation tout aussi surchauffée à la salle de conférence. Des journalistes, des responsables de ministères, des délégations de compagnies privées, des sponsors, des parents et amis du chanteur font la navette. Les commentaires sont nombreux. On rit de tous les côtés. L?allégresse et la joie illuminent les visages.
« Enfin, il arrive ». Ces mots lancés par une inconnue fait trembler la salle. En une seconde, caméramen, photographes sont mobilisés. On se bouscule à l?entrée de la salle pour obtenir les premières images de l?homme du jour. La concurrence est rude. Chacun déploie un surplus de dynamisme pour monopoliser la scène.
7heures 40, Bélo entre souriant, sous un concert d?applaudissements. L?hymne national en4tamé sur le champ par un compatriote produit un faible écho. L?assistance, subjuguée par son idole, se fait contemplative. Le moment est sublime. Un épais cordon humain se forme autour de l?artiste qui semble dégager pendant quelques secondes un magnétisme déconcertant. Tout le monde veut l?approcher. Rayonnant, le chanteur garde son calme,conscient de la solennité du moment.

« Je remercie la presse, les sponsors, tous les Haïtiens en général,.. ». Des mots de gratitude, les premiers, fusent sur les lèvres de l?artiste rempli d?émotions. Il énumère les noms des musiciens, des institutions qui ont financé son voyage, ou supporté la promotion de son ?uvre. La liste est longue. Sous les ovations de l?assistance, il cite et s?attarde sur les gestes émouvants et solidaires de compatriotes fiers de sa consécration. Reconnaissant, Bélo n?omet personne. Même pas ceux qui dans l?anonymat ont voté pour lui. Il admet avoir été soutenu par tout un peuple. « Je garde le trophée, mais il appartient à Haïti. Les Haïtiens sont un peuple solidaire », lance-t-il dans un élan patriotique, avant d?informer que les Africains allient désormais son nom à celui de son pays. « Bélo Haïti, c?est ainsi que m?ont appelé les Africains qui croyaient rêver » raconte-t-il avec modestie.

« Bélo ! Bélo ! ». Dans la cour de l?aéroport, le nom de l?artiste jaillit de milliers de poitrines. L?arrivée de l?artiste provoque une explosion de joie. La police est débordée. Plusieurs DJ ont fait volontairement le déplacement en signe de solidarité. Ils diffusent instantanément les tubes du chanteur, au grand bonheur de la foule. Une ambiance carnavalesque prend forme. On chante, on danse, on vante la victoire de l?artiste et par extension la victoire d?Haïti. « Bélo champyon ! Haiti chanpyon », crie la foule. Une longue manifestation s?annonce. Un incident malheureux faillit gâcher la fête : l?arrestation par la Police de notre confrère Carel Pedre, rédacteur en chef de Spotlight, le dernier produit de Le Matin, qui protestait du fait qu?on lui interdisait l?accès de l?immeuble. Ce geste inconsidéré des agents de l?ordre provoque la colère de la foule qui s?immobilise pendant de longues minutes devant le commissariat de l?aéroport pour exiger la libération du détenu. Heureusement, la solidarité de la foule et le dévouement de Bélo finissent par l?emporter sur l?intransigeance des policiers. Carel sortit du poste, sous les ovations du public. Le convoi reprend son chemin avec en perspective une longue et chaude nuit. Le rendez-vous est fixé à Muncheez pour la suite des festivités.


Source: Le Matin