Le fondateur de Poto-Mitan et du Musée de la céramique, Jean-Claude Garoute, a rendu l'âme ce jeudi à l'Impérial Point Médical Center de Miami. Cet autodidacte a inventé un style pictural inédit au rayonnement international, le mouvement Saint Soleil.
Né à Jérémie le 9 décembre 1935, Jean-Claude Garoute (dit Tiga) a été une figure emblématique de la peinture haïtienne. Issu de la paysannerie, l'artiste a apporté une contribution énorme à la peinture haïtienne grâce à l'expérience fructueuse du mouvement Saint Soleil.
Au départ, Jean-Claude Garoute a su donner à la céramique une dimension artistique comme d'autres l'ont fait pour la peinture. Au cours de ses recherches, il a découvert que tous les arts étaient liés et a constaté la similitude des arts (poterie, sculpture, musique, écriture, théâtre, etc).
Le soleil est né...
Ses expériences avec les enfants, les malades mentaux, les adultes illettrés l'ont convaincu que « l'homme ne doit pas se borner à une seule forme de support sensible s'il veut s'exprimer réellement. L'art peut aider à rééquilibrer l'être désaxé ; l'enfant se porte mieux quand il trouve à s'extérioriser au travers d'activités créatrices », écrivait l'artiste dans le numéro spécial de la revue Conjonction consacré aux « Nouveaux Saint Soleil ».
Insatiable, Jean-Claude Garoute a trouvé son art à l'école de son peuple. Celui de Saint Soleil en découle. A Saint Soleil, l'art se pratique comme une source de réconciliation de l'homme avec lui-même et avec son milieu.
Le mot Saint Soleil semble avoir été inventé en 1971 lorsque son ami Robert Saint Brice s'est exclamé à la vue d'une des oeuvres de l'artiste : « Oh, ça c'est Saint Soleil ». Deux ans plus tard, l'appellation Saint Soleil a servi de titre à la première exposition de peinture issue de l'idée d'un village culturel, dont le projet fut présenté au Musée d'art haïtien et a fait aussi l'objet d'un numéro spécial du Petit Samedi Soir.
Saint Soleil représente un groupe d'artistes issus d'une expérience communautaire paysanne faite par deux intellectuels haïtiens, Jean-Claude Garoute et Maud Robart. Ayant entrepris, en 1970, la construction d'un atelier sur le terrain qu'ils avaient acheté à Soisson-la-Montagne, Jean-Claude Garoute et Maud Robert avaient établi des relations étroites avec les ouvriers et les paysans du coin. Ils ont mis à leur disposition argile, couleurs, toiles, pinceaux, etc.
Maud et Jean-Claude incitent un groupe de paysans
En 1971, Maud Robbart et Jean-Claude Garoute incitent un groupe de paysans à développer leur sens artistique par la peinture, la sculpture, le théâtre et le chant. Le groupe initial, formé de Levoy , Louisiane Saint-Fleurant, Denis Smith et Prospère Pierre-Louis, prend le nom de Saint-Soleil et s'adonne à une peinture qui se démarque de celle naïve, pour constituer une forme d'art sacré (ils sont vaudouisants) très libre. Les artistes "peignent comme il leur plaît ce qu'ils ne représentent pas", raconte André Malraux qui visite le lieu en 1975.
Au cours de sa première et ultime visite en Haïti, André Malraux passa par Soisson-la-Montagne où tout était désormais installé. Il parla à leur propos de « l'expérience la plus saisissante de la peinture magique du XXème siècle ». L'auteur de La Condition humaine (1933, Prix Goncourt), ébloui par sa visite, y consacra un chapitre enthousiaste dans son ouvrage « L'intemporel » (1976).
En 1976, Malraux meurt et les peintres lui rendent hommage à Nancy au Festival mondial de théâtre. Victime de son succès, le groupe éclate à la fin des années 1980. Aujourd'hui, il ne reste plus à Soisson que les sculptures du cimetière, qu'ornèrent les artistes, et la "légende de Malraux"
Des résultats remarquables avaient été obtenus en peu de temps et, dès 1972, le Musée d'art haïtien présenta la première exposition des artistes Saint Soleil. En février 1975, la Société des arts du Fonds monétaire international (F.M.I) de Washington exposa une centaine de ces oeuvres.
De mars à juin 2000, la Halle Saint-Pierre, avec le concours de la ville de Paris, présentait, dans une vaste exposition intitulée « Haïti, Anges et Démons », plus de 200 oeuvres et parmi celles-ci, une cinquante d'oeuvres des artistes Saint Soleil.
Une carrière artistique assidue
Le Festival des arts nègres qui s'est déroulé à Dakar en 1966 fut un moment charnière dans l'oeuvre de Jean-Claude Garoute. Lancé dans une carrière artistique assidue, éclectique, Jean Claude Garoute s'est intéressé au dessin, à la musique et à la céramique.
Vers 1965, Jean-Claude Garoute qui s'était d'abord consacré à la céramique s'était tourné vers la peinture. Il réunissait un groupe de jeunes artistes enthousiastes, dont Patrick Vilaire, et posait les principes d'une esthétique nouvelle.
En 1968, ses premières expériences ont abouti à la création de Poto-Mitan, comme laboratoire de recherches, avec Patrick Vilaire et Wilfrid Casimir (Frido). Le nouveau Centre culturel a permis l'émergence de nouvelles techniques et expériences.
Selon l'ouvrage « Haïti et ses peintres de 1804 à 1990 de Michel Philippe Lerebours, « Jean-Claude Garoute avait beaucoup de force et de précision dans son dessin. Il avait choisi le pastel, la gouache et l'encre de Chine comme moyens d'expression ».
Des caractéristiques de la peinture Saint Soleil
Les traits particuliers des oeuvres des Saint Soleil relèvent à la fois d'une écriture picturale commune et d'un épanouissement de la singularité de chacun. De composition très symétrique, le plus souvent, elles osent des harmonies colorées d'une grande audace, une saturation graphique forcenée de la surface. Des aplats, sans autre élément que nez, bouche, yeux, dans d'improbables teintes de rose, violet ou orangé, remplissent les visages, aux traits immuables.
En somme, il n'y a que le Dieu Tiga qui puisse créer des "Saints Soleil". Il est décédé à l'âge de 71 ans. En cette circonstance pénible, Le Nouvelliste s'incline devant sa dépouille et présente ses sympathies à sa famille et à tous les membres du mouvement Saint Soleil.
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Notice bibiographique
(1) Cf. Conjonction, « Les Nouveaux Saint Soleil », No. 205, 2000, 63 p.
(2) LEREBOURS (Michel-Philippe), Haïti et ses peintres de 1804 à 1990 (Souffrances et Espoirs d'un peuple), L'Imprimeur II, 1989, 457 p.
(3) ALEXIS (Gérald), Peintres haïtiens, Editions Cercle d'Art, 2000, Paris, 304 p.
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