Il y a longtemps que nous arrachons brutalement nos enfants à leur rêve. Trop longtemps que nous empêchons la jeunesse de rêver du Père Noël, d'échapper aux contraintes naturelles de leur pays, de refuser une réalité géopolitique et socioéconomique pour construire dans leur imaginaire un désir de mieux être, pour satisfaire ce besoin de vivre mieux dans un espace propice à leur plein épanouissement.
La Noël est avant tout une fête d'enfants qui rêvent de cadeaux, d'adolescents qui se préparent fiévreusement à la vie d'adultes, de parents heureux, joyeux et fiers de préparer l'avenir ... La Noël, c'est la faculté d'une société de former des représentations imaginaires ayant trait à l'harmonisation des rapports entre ses membres, à la construction de son développement, à sa vision de la prospérité, du bonheur...
Il y a trop longtemps que, dans ce pays, la Noël ne donne pas lieu à des civilités qui renvoient aux périodes festives des sociétés organisées où l'insouciance passagère se mêle à la joie insolente...
Cette année particulièrement, comme si nous n'avions pas encore atteint le seuil de l'intolérable, le pays se vautre dans l'insécurité sous sa forme la plus abjecte: le kidnapping traduisant éloquemment l'indigence d'une société qui perd ses repères, qui se déconstruit, qui se balkanise...
Cette année particulièrement, nous ne pouvons même plus faire comme si... Faire comme si la question du courant électrique était résolue... Faire comme si les rues étaient toujours propres... Faire comme si les gens pouvaient faire bombance... Faire comme si le pays brillait toujours aux mille couleurs des sapins illuminés, garnis de guirlandes, de paillettes d'or...
Nous ne pouvons même plus faire comme si... le pays est gouverné... Nous continuons à faire "l'effort dans le mal", à multiplier les actes manqués, à nous écarter de plus en plus de ce point de rupture avec nos errements, nos inconséquences, nos faiblesses, nos irresponsabilités....
Nous continuons à plonger tout un peuple dans le désenchantement voire dans une désespérance permanente.
Il y a longtemps que, dans ce pays, tous les ressorts sont cassés; qu'on assiste à une déchéance des moeurs sociales; que même la trêve de Noël ne peut être respectée. Il y a longtemps que nous arrachons la jeunesse à son rêve. Sur qui allons-nous construire l'avenir?
Conscient de l'effet régulateur de ces mondanités, de ces périodes festives dans la vie de toute société, Le Nouvelliste encourage chacun de nous à trouver une façon de fêter autrement La Noël. Fêter autrement en rêvant jalousement de renouer avec nos traditions, nos moeurs, notre culture. Fêter autrement pour redonner vie à nos rêves, à nos brûlants désirs de vivre mieux dans notre pays.
Source: Le Nouvelliste (souhaite un joyeux Noël 2006 à tous et à chacun, particulièrement aux enfants qui ont besoin de rêver du Père Noël).