Les réactions à l'exécution de Saddam Hussein se sont multipliées tout au long de la matinée du samedi 30 décembre. A Londres, la ministre britannique des affaires étrangères Margaret Beckett, s'exprimant au nom du premier ministre Tony Blair, a estimé que l'ancien président irakien Saddam Hussein avait "payé", mais réaffirmé l'opposition de principe de son pays à la peine de mort. "Je me félicite du fait que Saddam Hussein ait été jugé par un tribunal irakien pour au moins quelques-uns des crimes horribles qu'il a commis à l'encontre du peuple irakien", a-t-elle déclaré dans un communiqué, rappelant toutefois que le "gouvernement britannique ne soutenait pas le recours à la peine de mort en Irak ni nulle part ailleurs".
Selon le porte-parole adjoint de la Maison Blanche, Scott Stanzel, le président s'était endormi quand la pendaison a eu lieu. "Le président a terminé sa journée sachant que la dernière phase de la condamnation de Saddam Hussein était en route", a-t-il indiqué.
Après l'exécution, la Maison Blanche a rapidement publié un communiqué se félicitant qu'une "étape importante" ait été franchie sur la route vers la démocratie en Irak.
"L'exécution de Saddam Hussein marque la fin d'une année difficile pour le peuple irakien et nos troupes", déclare le président dans ce communiqué. Comme aux grandes étapes précédentes dans l'histoire du pays depuis mars 2003 - élections, mort de Zarkaoui -, M. Bush s'abstient de tout triomphalisme et prévient que l'exécution "ne mettra pas fin à la violence". "Des choix difficiles et des sacrifices restent à faire. Néanmoins, la sécurité du peuple américain exige que nous ne relâchions pas nos efforts pour nous assurer que la jeune démocratie irakienne continue de progresser", ajoute le président.
Le ministère français des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a "pris acte" de l'exécution et a appelé les Irakiens à "regarder vers l'avenir et à travailler à la réconciliation et à l'unité nationale".
L'exécution de Saddam Hussein est un "événement tragique comme toutes les peines capitales" et risque de provoquer de nouvelles violences en Irak, a estimé, de son côté, le Vatican. "Une peine capitale est toujours un événement tragique, une cause de tristesse, même lorsqu'elle est infligée à une personne qui s'est rendue coupable de graves crimes", a déclaré le porte-parole du Saint-Siège, le Père Federico Lombardi. "La mise à mort d'un coupable n'est pas la manière de reconstruire la justice et de réconcilier la société. Au contraire, elle comporte un risque de nourrir un esprit de vengeance et de semer de nouvelles violences", a-t-il ajouté.

Les médias ont commencé à polémiquer sur l'éventuelle diffusion de l'enregistrement de la pendaison, certains indiquant qu'ils s'y refuseraient, d'autres qu'ils montreraient un court extrait. Les chaînes conservatrices n'ont pas boudé leur plaisir d'avoir à commenter une "victoire" américaine dans une guerre qui a fait 2 990 morts dans les rangs américains. Pour Bill O'Reilly, de Fox News, les "gens qui font le mal doivent faire face à leurs responsabilités".
Un avocat de l'ex-dictateur : "Un jour triste pour la justice"
Dans une lettre rendue publique samedi 30 décembre, Curtis F.J. Doebbler, avocat américain du groupe de défense de Saddam Hussein dirigé par l'avocat jordanien Mohammed Rashdan, fustige l'exécution de l'ancien président irakien, "démonstration regrettable de l'injustice perpétrée par les Etats-Unis de George Bush". Cette pendaison est "un recul de plusieurs décennies pour les acquis de la justice criminelle internationale et renvoie un message clair au monde entier que l'agression des Etats-Unis [contre l'Irak] ne peut pas être arrêtée par le droit". "C'est un jour triste pour la justice internationale et un triste début pour cette nouvelle année", ajoute-t-il.

"On ne peut pas imaginer que [cette exécution] n'entraîne pas un regain de ressentiment violent à l'encontre des Etats-Unis et de leurs alliés", poursuit-il, avant de conclure : "Mon c?ur éprouve de la compassion pour la famille du président et pour toute la population irakienne qui souffre de l'injustice des agresseurs américains."
Satisfaction en Israël et en Iran, deuil en Libye
Hormis la Libye, les gouvernements arabes n'avaient pas encore réagi, samedi 30 décembre, aux premières heures de la matinée, à l'exécution par pendaison de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Ce silence tient certes au fait que, comme l'ensemble des pays musulmans, ces gouvernements célèbrent ce même jour la fête de l'Aïd Al-Adha. Mais il reflète aussi un certain embarras. Les pays arabes, notamment les monarchies du Golfe, considéraient que l'ancien régime irakien constituait un "danger" régional. Mais sa fin, en vertu d'une justice rendue dans un pays occupé par une coalition de forces étrangères, n'est pas rassurante pour eux, de même que l'instabilité de plus en plus grande qui prévaut dans l'ancienne Mésopotamie depuis la chute du pouvoir baasiste. Ces pays redoutent une accentuation de la violence et une possible contamination transfrontalière.

La Libye a annoncé, samedi, qu'elle observerait trois jours de deuil pour celui que l'agence officielle Jana a qualifié de "prisonnier de guerre" exécuté en Irak. Deux autres pays de la région, Israël et l'Iran, qui ont directement eu maille à partir avec l'ancien dictateur, se sont au contraire réjouis de sa fin par pendaison. Une guerre de huit ans (1980-1988) a opposé l'Iran à l'Irak à l'initiative de Saddam Hussein. Israël, qui, redoutant la montée en puissance de l'Irak, avait détruit, en 1981, le réacteur nucléaire irakien Ozirak, a été de son côté la cible de tirs de missiles Scud par Bagdad durant la guerre pour la libération du Koweït de l'occupation irakienne, en 1991.

Des responsables des deux pays ont toutefois mis en sourdine, samedi, ces contentieux pour se faire les champions de la "victoire des Irakiens", selon l'expression du vice-ministre iranien des affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, et de la fin des souffrances du peuple irakien, pour le ministre israélien Shimon Pérès.
Les télévisions satellitaires arabes ont remplacé la grille des programmes matinaux prévue pour la fête musulmane de l'Aïd Al-Adha pour se mettre pendant de longues heures à l'écoute de Bagdad et des réactions à travers le monde. La saga de l'ancien dictateur, par l'image et le texte, était le dénominateur commun, diffusé et rediffusé à profusion. Elle tenait lieu la fois de page d'histoire et de "bouche-trou", faute d'images sur l'exécution elle-même. Pour le reste, la "couverture" de l'événement et le choix des interlocuteurs variait avec les chaînes.

Fidèle à une ligne qu'elle a suivie depuis le début du procès du président irakien déchu, la chaîne qatarie Al-Jazira a privilégié les témoignages des derniers défenseurs de l'ex-raïs. Les avocats de la défense, en particulier, se sont succédés pour dénoncer un verdict, selon eux, purement politique, les nombreuses irrégularités du procès, l'interdiction qui leur a été faite d'assister le condamné et leurs craintes que leur client ait subi des sévices, voire ait été torturé après avoir été remis aux autorités irakiennes par ses geôliers américains.
Human Rights Watch, association de défense des droits de l'homme, a condamné, dans une déclaration, la pendaison : "Saddam Hussein était responsable de terribles et nombreuses violations des droits de l'homme, mais ces actes, aussi brutaux soient-ils, ne peuvent justifier son exécution, une punition cruelle et inhumaine".
Haitiwebs.com avec AFP et Reuters