Le voyage officiel du président René Préval en début d?année à la Jamaïque semble indiquer la volonté de son gouvernement de mettre tout en ?uvre en vue de relancer le tourisme haïtien à l?échelle internationale. Dans des déclarations faites à la presse peu avant son départ d?Haïti, le chef de l?État avait vanté le potentiel touristique du pays. Selon René Préval, Haïti a hérité d?un important patrimoine historique et d?une richesse culturelle extraordinaire notamment en matière artistique. M. Préval a en outre évoqué la possibilité de redynamiser l?indus- trie touristique haïtienne afin, dit-il, que le pays puisse influencer les destinations vers la région.

Bien que la presse ait surtout relayé les pourparlers entre le président Préval et le Premier ministre jamaïcain Portia Simpson Miller sur le trafic de drogue auquel font face les deux pays, il s?avère que des échanges ont également eu lieu sur la question du tourisme. Accompagné notamment de l?actuel ministre du tourisme haïtien M. Patrick Delatour, René Préval a sollicité l?aide des autorités jamaïcaines dans le domaine du tourisme. Cette visite de quatre jours à Kingston s?est achevée sur la signature d?une déclaration commune entre les deux gouvernements. Dans ce document, la Jamaïque s?engage à aider le pays pour la relance de son industrie touristique.

Quoi qu?il arrive, beaucoup semblent ne pas êtes convaincus par la démarche des autorités haïtiennes concernant la relance annoncée du tourisme haïtien. Ces derniers sont circonspects à l?idée de voir Haïti attirer des touristes étrangers dans un futur proche. Ces commentaires viennent notamment de citoyens haïtiens vivant en Haïti où à l?étranger. Leur scepticisme vient surtout de ce qu?ils nomment : le flou et le manque de visibilité dans la politique des responsables haïtiens pour le secteur. La plupart des sondés reconnaissent que le fait que le chef de l?État se soit déplacé en personne pour promouvoir la richesse touristique du pays à l?étranger est un acte fort. Néanmoins, ils estiment que cette démarche, aussi importante soit elle, ne pourra jamais suffit à inciter l?arrivée de touristes étrangers sur le sol haïtien.

On ne soigne pas, dit-on, l?image d?un pays aussi dénigré qu?Haïti au terme d?un court voyage présidentiel. Cela exige à tous les niveaux une politique de clarté, volontariste dont le corollaire devrait être axé sur une stratégie de communication tous azimuts. La concurrence est aujourd?hui de taille. L?industrie du tourisme emploie des millions de personnes à travers le monde notamment dans les secteurs de petites et moyennes entreprises. Des pays de la région tels que la Jamaïque, Cuba, Bahamas et la République dominicaine avoisineraient 3 à 4 millions de touristes par an.

On ne doit pas se faire d?illusions. Notre patrimoine historique et notre richesse culturelle n?attireront pas les visiteurs étrangers s?ils ne font pas l?objet d?une politique de valorisation et de vulgarisation intense et constante. Haïti doit surmonter ses obstacles internes et externes pour faire prospérer son tourisme. Le pays doit se doter d?une pluralité d?acteurs en la matière. Il devra surtout faire preuve de pragmatisme.

Le personnage Wyclef Jean est sans nul doute un élément majeur dans la campagne visant à remette Haïti sur la carte touristique internationale, mais attention pour qu?on ne fasse pas de lui, notre unique espoir. Il ne faut pas se cantonner uniquement à promouvoir des initiatives locales sur le tourisme. On doit pouvoir être capables de multiplier des initiatives de grande envergure à l?échelle internationale. Il faut que l?on soit désormais assurés de notre présence dans les grands salons du tourisme internationaux. On ne doit pas rester dans l?expectative quand il s?agit de compter sur la participation d?Haïti à ces grands rendez-vous. Une telle régularité peut aussi contribuer à la relance de notre industrie touristique. Le président de la Fondation pour le développement du tourisme alternatif en Haïti (Fondtah), M. Jean Camille Bissereth, a raison d?indiquer que « Pour aimer son pays, il faut le connaître, pour le connaître, il faut le visiter ». Cependant, il revient d?abord à ceux qui connaissent Haïti de susciter l?envie de la faire connaître. Le vrai touriste ne détermine pas toujours à l?avance sa destination. Il fait son choix la plupart du temps à partir de la communication de l?image véhiculée sur telle ou telle destination. Par exemple, il faudra, entre autres dispositions, impliquer les groupes organisés de la diaspora dans la mise en ?uvre du « plan directeur » du gouvernement pour la relance du tourisme. Il ne devra pas s?agir d?une simple invitation par voix médiatique. Cela doit pouvoir se matérialiser de manière officielle. Car la relance du tourisme haïtien viendra d?abord du retour au pays pour les vacances de sa diaspora éparpillée à travers le monde.

Ils sont plusieurs milliers à s?envoler chaque année vers d?autres pays de la région notamment la Guadeloupe, la Martinique et la République dominicaine. En effet, peu d?haïtiens connaissent le patrimoine touristique du pays, si ce n?est son climat tropical et ses plages. L?enseignement de l?histoire d?Haïti ne fait pas pour autant des Haïtiens des connaisseurs du patrimoine historique et culturel du pays. Combien d?Haïtiens connaissent l?importance et la valeur marchande d?un site touristique près de son village ou situé dans sa commune ? A ce propos, l?ancienne cathédrale de Port-au-Prince n?aurait peut-être pas été incendiée si la génération qui l?a détruite avait connu l?importance de ce patrimoine pour l?avenir économique du pays.

La politique d?un gouvernement engage la responsabilité de tous ses ministres. En l?occurrence, la relance du tourisme haïtien n?est autre qu?une politique commune pour laquelle chaque ministère doit apporter sa contribution. Sa réussite ne dépend pas d?un organisme en particulier. Il s?agit d?un projet d?intérêt national. Ne disposant pas à l?étranger d?organismes spécialisés comme les Office de Tourisme, Haïti devrait pouvoir compter sur ses représentations diplomatiques et consulaires. Les représentants haïtiens doivent s?investir en vue de la promotion du secteur. Le ministre haïtien des Affaires étrangères, M. Jean Rénald Clérismé l?a d?ailleurs affirmé, Haïti doit se doter d?une diplomatie capable d?apporter au pays des avantages économiques.

On ne commettra pas un crime de lèse majesté à la diplomatie, si en tant que diplomate on contribue à promouvoir le tourisme de son pays ! Il n?y a pas de plus belle diplomatie que de vénérer la grandeur, le paysage et la richesse culturelle d?un pays. Peu importe la nature de son régime. Le patrimoine et la richesse culturelle haïtienne ont de quoi donner matière à tous ceux qui veulent la promouvoir. Il suffit de savoir comment l?articuler !
Source: Le Matin