Le nouvel ambassadeur retrouve l'Argentine
Depuis novembre, la France est représentée en Argentine par l'ambassadeur Frédéric Baleine du Laurens. Il nous a reçus pour faire un point sur l'état des relations bilatérales et nous faire part de ses sentiments envers un pays qu'il retrouve vingt ans après avoir été premier conseiller à l'ambassade. Entretien.
Ministre plénipotentiaire hors classe, Frédéric Baleine du Laurens, 58 ans, a succédé en novembre, comme ambassadeur de France, à Francis Lott, en poste de 2003 à 2006. Licencié en droit, diplômé de l'Institut d'études politiques et de l'Ecole nationale d'administration (1972), il était jusqu'alors directeur général adjoint des Affaires politiques et de sécurité, à Paris. A ce "poste de commandement de notre action extérieure", il a eu à gérer de
nombreuses crises: Haïti, Kosovo, Iran? "Quand on arrive en Argentine, on trouve cela très calme", nous a-t-il indiqué au cours d'un entretien la semaine dernière.
Il aura néanmoins à gérer quelques dossiers encore sensibles dans les relations bilatérales, notamment la dette envers le Club de Paris et l'affaire Suez. Concernant la dette de l'Argentine envers le Club de Paris, l'ambassadeur a rappelé qu'il s'agissait d'une instance multilatérale et qu'il n'était pas "l'intermédiaire" entre l'Argentine et ce groupe de créanciers, dont la France assure le secrétariat. "Il nous paraîtrait de l'avantage de tous que cette affaire soit négociée", a-t-il néanmoins souligné. Quant à l'impact du départ de Suez et de son contentieux avec le pays, même commentaire: "C'est l'intérêt de tout le monde que cette affaire soit réglée, conformément au droit et à l'équité."

M. Baleine du Laurens a regretté que les investissements étrangers ne soient pas à la hauteur des besoins alors que "les fondamentaux de l'économie argentine (croissance, balance commerciale, etc.) sont excellents". "Détruire la confiance peut se faire en très peu de temps, la construire est beaucoup plus difficile", a-t-il expliqué, en référence à la crise des années 2001 à 2003.
Un premier poste en Argentine en 1984
Frédéric Baleine du Laurens connaissait déjà l'Argentine, pour avoir été premier conseiller à l'ambassade de 1984 à 1987, à l'époque du retour à la démocratie. "C'était un moment très particulier, il y avait un rejet très fort de l'Argentine des généraux de la part de la France, une détestation de ce régime militaire. Quand il est tombé après la guerre des Malouines et avec l'élection d'Alfonsín, cela a suscité un enthousiasme très fort", se souvient-il. "Pour marquer ce cours nouveau, le Premier ministre, Pierre Mauroy, a décidé de changer d'ambassadeur et a désigné un ami proche, Antoine Blanca." M. Baleine du Laurens, fonctionnaire de carrière, travaillait alors avec Antoine Blanca à Matignon et l'a suivi à Buenos Aires, pour un premier séjour en Argentine et en Amérique latine. Vingt ans après, le souvenir de cette période reste très présent, de nombreux procès étant prévus en 2007-2008, dont "un certain nombre permettront de faire la justice sur des cas de Français victimes" de la dictature.

En revenant en Argentine, le diplomate a retrouvé "quelque chose de rare: une très grande amitié". "Ce qu'il y a de charmant en Argentine, c'est l'amabilité des gens, on vous ouvre la porte, on vous dit merci, on est bien traité. Et on ne court pas comme à Paris!" Alors est-ce qu'il y a quelque chose de changé dans la relation entre la France et l'Argentine? "J'ai l'impression qu'on représente toujours beaucoup dans le domaine de la culture, du mode de vie français que les Argentins adoptent - il suffit de voir le succès des marques françaises. Cette empreinte est un phénomène plus populaire que dans d'autres pays."
Des valeurs partagées
L'ambassadeur relève également un attachement commun à certaines valeurs, comme la laïcité, un sujet souvent difficile hors de France, mais qu'ici "les gens comprennent bien", ou encore la nouvelle loi sur l'éducation, qui "défend des principes très proches de l'Education nationale" française.
C'est au cours de ses premiers voyages dans les provinces que Frédéric Baleine du Laurens a noté le plus de changements. "J'avais gardé le souvenir d'un monde endormi, et aujourd'hui ce n'est plus du tout le cas: c'est un monde qui s'est transformé et équipé, en aéroports, hôtels, téléphone, etc. Je suis frappé par cette modernisation", raconte-t-il. Par exemple, "El Calafate, il y a vingt ans, c'était une bourgade du Massif central. Quand je vais en province, je visite les hôpitaux car c'est souvent là que terminent nos Français. J'ai vu ceux d'El Calafate et Río Gallegos, ils sont impeccables. C'est impressionnant".

Frédéric Baleine du Laurens présentera ses lettres de créance à la présidence jeudi. L'agenda de l'ambassade sera influencé dans les mois à venir par le calendrier électoral, en France comme en Argentine. Sur le plan artistique et culturel, M. Baleine du Laurens caresse le projet de faire venir la dernière création du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine, Les Ephémères: "Une entreprise lourde, mais ce serait magnifique."