A Rwanda les jeunes, croyant à tort se prémunir contre le sida, se précipitent pour se faire circoncire. L?opération, souvent pratiquée dans des conditions d?hygiène déplorables, leur fait courir le risque de séquelles graves et d?infections, y compris par le VIH.
Triste début d?année pour ce jeune homme de 23 ans en soins intensifs dans un hôpital privé de Kigali, la capitale rwandaise. Circoncis par un voisin, avec une lame de rasoir, sans anesthésie ni désinfectant, bandé avec un linge sale, il a perdu son sang pendant deux jours avant d?aller chez le médecin. « Je me suis fait circoncire par un tradipraticien, car je ne pouvais pas supporter le coût à l?hôpital, alors que la circoncision devient indispensable pour la vie de l?homme », confie-t-il.
Comme lui, ces derniers mois, bon nombre de jeunes Rwandais veulent à tout prix se faire circoncire. C?est là la conséquence de la publication de résultats d?essais scientifiques, toujours en cours, menés en Ouganda et au Kenya, qui estiment à 60 % la réduction de la transmission du VIH chez les hommes circoncis par rapport à ceux qui ne le sont pas. La plupart des jeunes croient désormais, à tort, qu?une fois opérés, ils pourront se passer de capote sans risque d?attraper le sida.
Souffrir et prendre des risques inutilement
Selon le rapport 2006 du service de chirurgie du Centre hospitalier universitaire de Butare, l?engoue- ment des jeunes de 16 à 30 ans va croissant. Le nombre de circoncisions qui était de 35 en 2005 a triplé en 2006. Mais ces statistiques sont trompeuses, car elles ne prennent pas en compte tous ceux qui par manque d?argent recourent aux tradipraticiens. En effet, cette intervention considérée comme une opération de chirurgie esthétique n?est pas remboursée par les sociétés d?assurance maladie et les mutuelles de santé. Elle coûte environ 15 000 Frw, soit 50 $, dans les formations sanitaires publiques. « Un grand nombre se font opérer par les non professionnels et beaucoup ne viennent consulter les médecins qu?en cas de complications secondaires telles qu?hémorragie ou grave infection des plaies », souligne le rapport de l?hôpital de Butaré.

Ces circoncisions pratiquées avec des rasoirs ou tout autre objet tranchant, sans hygiène et sans soin, sont très risquées. Non seulement, les opérés peuvent, si la désinfection des instruments n?est pas bien faite, attraper toutes les maladies transmissibles par le sang dont le sida, mais mal pratiquée, la circoncision peut mettre à mal les organes de reproduction de l?homme, affirme le personnel de santé.
S?y ajoutent des conseils fort peu scientifiques qui font bondir les professionnels. « Ces nouveaux « initiés » sont de plus en plus souvent incités à se livrer à des rapports sexuels non protégés sitôt remis de leurs blessures », s?indigne un infirmier du cabinet médical Narauda, à Kigali. « J?ai enduré le calvaire de la circoncision paysanne sans anesthésie pour éviter l?utilisation de capotes. Je me sens bien fortifié au cours des relations sans préservatif », témoigne ainsi un jeune homme de 28 ans, totalement inconscient des risques qu?il prend.
Le condom reste indispensable
La circoncision n?offre pas, en effet, le plaisir du « sexe sans barrière » comme l?imaginent la plupart des jeunes. Dès leur publication en août 2006, l?Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde contre ces résultats encore provisoires et a réaffirmé qu?elle ne recommandait nullement la circoncision comme moyen de prévention du sida. « Même si de nouveaux essais démontrent un risque plus faible pour les hommes circoncis de contracter l?infection à VIH, elle n?offre pas une protection complète contre ce virus », précise Catherine Hankins, conseillère scientifique en chef à l?Onusida.

Pour l?OMS, « les hommes circoncis peuvent toujours contracter l?infection à VIH et la transmettre à leurs partenaires. Si la circoncision s?avère efficace, il faudra la considérer seulement comme l?un des éléments d?un ensemble de mesures de prévention du VIH, comprenant l?utilisation correcte et régulière des préservatifs, la diminution du nombre des partenaires sexuels, le report à un âge plus tardif du premier rapport sexuel, le conseil et le dépistage volontaire et confidentiel du VIH pour connaître son statut sérologique ».

Ce que confirme un quinquagénaire de Gasabo à Kigali, qui appelle chacun à suivre les conseils des spécialistes pour ne pas mourir d?une mauvaise interprétation. Il vit avec le virus depuis une décennie alors qu?il a été circoncis quelques jours après sa naissance. « Nous conseillons sans cesse à nos fidèles d?utiliser toujours des préservatifs au cours des rapports sexuels suspects, confie un imam de l?Est, qui, du fait de sa religion, connaît bien la question. Car même si tous nos fidèles sont circoncis, il leur faut se protéger de façon sûre. »
Source : Syfia-Rwanda