A la Quatrième Avenue Bolosse, c'est minuit à midi. Même les chiens s'y aventurent avec effroi. Les fusillades éclatent à n'importe quel moment.
Dans cette nouvelle zone de non droit, c'est le sauve-qui-peut. Les écoles sont fermées depuis le lundi 4 décembre 2006. Ceux qui tiennent à la vie choississent l'exode. Pourtant, au marché qui se trouve à l'entrée, on dirait que tout va bien.On achète, on vend et les "tap-tap" font la navette.
Assise à même le sol au milieu d'immondices et d'eaux stagnantes, Jeanette, une vendeuse de vivres, a le visage fermé. Rongée par l'angoisse, elle fait la course contre la montre. Un couvre-feu imposé dès 3 heures pm par les individus armés qui s'entretuent dans la zone débute dans quelques heures.
Depuis l'assassinat du policier André Jean Noël,le dimanche 3 décembre 2006,c'est l'escalade. Se sentant abandonnée, cette femme de 52 ans se plaint du déferlement de violences qui pourrit le quartier où elle a mis au monde ses quatre fils.Transformé en véritable champ de bataille, il est littéralement vidé de ses résidents.
Ceux qui n'ont pas choisi l'exode, vivent un véritable calvaire. « La situation est terrible. On ne dort pas la nuit. Les individus armés paradent à visière levée et les fusillades éclatent à n'importe quel moment », explique un homme en pointant du doigt une jeep ayant des impacts de projectiles.
Outre cette jeep, des murs témoignent de la violence résultant des accrochages entre les « soldats » de «lame Ti manchèt » et ceux de « Base Pilate ». Contenus, les affrontements ne débordent pas encore la Grand-rue. Un détachement de la Compagnie d'intervention et de maintien d'ordre CIMO y veille.
« L'idéal serait de mener des opérations afin de désarmer les belligérants », a reconnu un policier sous couvert de l'anonymat. Une telle initiative doit pouvoir mobiliser plusieurs unités de la Police nationale d'Haïti, ajoute-t-il.
La violence des bandes armées de Martissant s'étend. Selon des responsables de Médecins sans Frontières, 28 blessés par balles ont été recensés depuis l'installation d'une nouvelle antenne médicale sur la route nationale #2, non loin de Martissant 23. Ils viennent tous de cette zone de non-droit et de ses environs.
Entre-temps, pour Jeanne et tant d'autres personnes dont la vie dépend de l'humeur des bandits, les autorités se doivent d'agir.
Source: Le Nouvelliste