20 Mars 2007 17h26
Vache folle ou médicaments falsifiés: la Pharmacopée européenne veille
La Pharmacopée européenne, qui garantit à 700 millions d'individus des médicaments et vaccins de même qualité, a couronné mardi plus de 40 années de travaux en s'installant dans des locaux flambant neufs à Strasbourg.
De la crise de la "vache folle" au comprimé d'aspirine, cette agence plutôt méconnue du Conseil de l'Europe garantit des normes de qualité identiques pour les médicaments à travers l'Europe, et même au-delà .
Régulièrement mis à jour, un recueil de monographies intitulé "Pharmacopée européenne" fournit "la carte d'identité" des composants de 2.000 substances, vaccins ou sérums soit 80% des préparations disponibles en Europe.
"C'est la Bible, elle est sur les paillasses des laboratoires d'une centaine de pays" indique fièrement Agnès Artiges à la tête de la Direction européenne de la qualité du médicament (DEQM), autrement dit la Pharmacopée européenne, installée à deux pas du Conseil de l'Europe.
Elle est la référence et un gage de qualité pour 36 Etats membres dont ceux de l'Union européenne. Elle a aussi des accords extra-européens avec le Canada et des observateurs comme l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et 19 pays dont la Chine ou le Brésil.
"Nous assurons l'uniformité de la composition des médicaments" explique Mme Artiges, mais "nous ne sommes pas un gendarme car nous ne jugeons pas de l'efficacité du produit".
"Nous travaillons avec plus de 400 experts européens qui se réunissent ici et avec une centaine de laboratoires de contrôle" précise-t-elle.
Des milliers d'échantillons de référence sont envoyés chaque année vers les laboratoires de 101 pays. Ils permettent de produire des médicaments aux normes requises ce qui facilite les délivrances d'autorisation et leur diffusion au-delà du marché interne.
La Pharmacopée, qui lutte contre les falsifications et peut dépêcher des inspecteurs, est intervenue en 1999 à la demande de l'OMS lorsqu'un sirop contenant de la glycérine trafiquée causa la mort de plusieurs enfants à Haïti.
Dans les salles de gymnastique et dans les salons de beauté, elle permet de détecter des stéroïdes ou des produits dangereux pour la peau. "Nos monographies permettent de repérer où est la tromperie ou l'erreur", indique Mme Artiges.
"Mais le numéro un de la falsification, c'est le viagra", ajoute-t-elle en souriant. La parade de la Pharmacopée, "c'est une monographie sur la matière première qui permet aux labos d'agir", ajoute-t-elle.
La Pharmacopée développe aussi de nouvelles méthodes de contrôle pour répondre à de nouveaux risques sanitaires ou biologiques, comme la maladie de la vache folle. Au début de la crise, de très nombreux médicaments utilisaient des matières premières d'origine biologique comme la gélatine de boeuf potentiellement infectée.
L'institution milite pour des médicaments plus respectueux de l'environnement et se flatte d'avoir contribué à réduire considérablement le recours à l'expérimentation animale pour la production et le suivi des médicaments.