Charest promet des baisses d'impôt, Dumont dévoile son cadre financier
20 - mars - 2007
MONTREAL (PC) - Les chiffres ont littéralement envahi la campagne électorale québécoise, mardi, à la suite des centaines de millions de dollars dévolus par le gouvernement fédéral dans son budget. Alors que Jean Charest promettait des baisses d'impôt de l'ordre de 700 millions $, Mario Dumont dévoilait le cadre financier de ses promesses que lui réclamaient ses adversaires depuis des semaines.
En conférence de presse, mardi, le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ) a levé le voile sur la façon dont il entend s'y prendre pour financer ses engagements annoncés depuis le début de la campagne. Totalisant 1,71 milliard $, les promesses adéquistes seront financées grâce à une réduction d'un pour cent de la croissance des dépenses du gouvernement, au retour sur le marché du travail de 25 000 assistés sociaux ainsi qu'en sabrant dans les subventions aux entreprises.
Les choix d'un gouvernement adéquiste seraient arrêtés après une révision des programmes pour déterminer là où on peut effectuer des coupes.
Flanqué de son candidat vedette Gilles Taillon, M. Dumont s'est engagé à mettre en oeuvre tous ses engagements électoraux dans les neuf mois suivant l'élection de son gouvernement.
"Au 1er janvier 2008, les grands engagements de l'ADQ, ceux qu'on a annoncés durant la campagne, vont être respectés", a souligné M. Dumont qui, décidément, semble aimer son image de "gratteux" qu'il s'est lui-même accolée puisqu'il ricanait lorsque son argentier en chef, Gilles Taillon, a repris l'image en conférence de presse.
Mais "gratteux" ou pas, le cadre financier a rapidement été dénoncé par libéraux et péquistes qui l'ont qualifié d'amateur. "L'ADQ a pris 86 engagements, mais n'en a chiffré que 16. Ça fait 28 jours que Mario Dumont va de région en région, de ville en ville, créant des espoirs et des attentes chez les gens qu'il rencontre. Il a dit vouloir investir 1,3 milliard $ dans les régions, mais dans son cadre financier, il n'y a que 138 millions $", a fait valoir la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget.
Quant au porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, il a qualifié le cadre financier de Mario Dumont de travail de cégépien dépourvu de toute crédibilité.
Pour financer ses promesses, au même titre que ses rivaux, le chef de l'ADQ peut lui aussi compter sur la hausse des paiements de péréquation et de transferts fédéraux consentie par le gouvernement fédéral dans son budget présenté lundi. Des 700 millions $ en argent neuf que recevra Québec en 2008 d'Ottawa, un gouvernement adéquiste en utiliserait 500 millions $ pour financer son programme.
Le chef libéral, Jean Charest, a plutôt opté pour financer des baisses d'impôt avec cette somme imprévue.
Devant un public conquis d'avance à ce genre d'annonce, le chef libéral n'a pas pris de temps à annoncer ce qu'il ferait des 700 millions $ que représente la nouvelle marge de manoeuvre dégagée pour 2008 grâce au budget fédéral, si les électeurs lui accordent leur confiance.
"Nous allons le retourner aux Québécois sous forme de réduction d'impôts", a-t-il déclaré, ciblant ainsi surtout la classe moyenne.
De façon générale, cette promesse pourrait représenter une baisse du fardeau fiscal de 750 $ par année, dès le 1er janvier 2008, pour une famille moyenne.
Dans le budget présenté tout juste avant le déclenchement des élections, le gouvernement de Jean Charest s'était engagé à réduire les impôts pour une somme de 250 millions $, ce qui porte l'engagement total de réduction d'impôts à 950 millions $.
Cela correspond plus ou moins à la promesse non tenue des libéraux, lors de la campagne de 2003 (qui prévoyait la réduction d'un milliard $ en impôt par année), a rapidement rappelé le chef péquiste, André Boisclair.
"Plus personne ne croit M. Charest", a lâché le chef du Parti québécois, en point de presse.
Ce dernier n'a pas manqué une occasion, mardi, de dénoncer l'attitude du premier ministre sortant face au budget fédéral.
Il a cité en exemple l'éducation postsecondaire, un domaine où il estime que le fédéral fait une intrusion dans une juridiction provinciale en tentant d'imposer des normes provinciales, sans même que le chef libéral ne rouspète un peu.
"Il (M. Charest) est à genoux devant le fédéral, il a accepté n'importe quoi parce qu'il est mal pris (...). Je pense que M. Charest a manqué à son devoir dans la défense des intérêts du Québec", a lancé M. Boisclair.
Le chef péquiste a aussi profité de la journée pour mettre en garde les Québécois de ne pas se laisser influencer par la colère lorsque viendra le temps de remplir le bulletin de vote. La colère et le cynisme sont de mauvais conseillers en politique, a-t-il noté devant un parterre d'étudiants universitaires.
Il s'est néanmoins gardé d'associer le vote adéquiste à un vote de protestation. Mais, à son avis, si les gens sont aussi "en maudit", c'est dû aux promesses rompues des libéraux.