Considéré comme patrimoine national, le Parc la Visite fait face à un grave problème de déboisement. Certains riverains de la commune de Seguin, abandonnés à eux-mêmes et n'ayant pas d'autres moyens de survie, s'adonnent à la coupe systématique des arbres. Conscient de cette situation où des espèces rares sont menacées de disparition, le ministère de l'Environnement a déployé le vendredi 16 mars une trentaine d'agents forestiers en vue de sauver le Parc.
« Là où pullulent des arbres, coule l'eau; et là où coule l'eau, fleurit la vie. Chaque fois que vous empêchez un individu d'abattre un arbre, vous sauvez des milliers de vies ». C'est en ces termes que le ministre de l'environnement, Jean-Marie Claude Germain, s'est adressé aux agents au moment de lancer le Corps de Surveillance environnementale, le vendredi 16 mars, au Parc la Visite à Seguin.
Ces agents de protection, 30 au total, vêtus de chemises et pantalons verts et souliers noirs, sont repartis sur trois sites : Parc la Visite, Forêt des Pins et Macaya. Ils auront la lourde responsabilité de travailler en vue de freiner l'abattage systématique des arbres au Parc la Visite qui fait face ces derniers jours à un grave problème de déboisement. Certains riverains de la commune, abandonnés à eux-mêmes et n'ayant pas d'autres moyens de survie, s'adonnent à la coupe systématique des arbres.

Cette promotion est formée exclusivement d'anciens militaires, en attendant que le corps soit ouvert à tous. Ces derniers portent un fusil de calibre 12 et un pistolet 38 mm. Ils peuvent signer également une 'verbalisation' qui les autorisera à se faire accompagner dans des situations délicates. « En dépit de tout, cette tâche, les agents ne pourront l'accomplir seuls », a reconnu le ministre qui appelle à l'aide de l'État haïtien, des élus locaux et la compréhension des membres d'organisations.
L'ingénieur Jean-Marie Claude Germain a profité pour évoquer quelques conséquences de la coupe systématique des arbres et l'insalubrité de l'environnement du Parc considéré comme patrimoine national. « 80% des cas de mortalité et de maladie infantile sont liés aux problèmes de matières fécales jetées dans l'environnement du Parc et d'autres espaces vivables à Seguin », a informé le ministre Germain qui a appelé à la compréhension et à la collaboration des riverains de la commune.
Conscient de l'immensité du travail qui les attend, le directeur adjoint à l'inspection générale de l'environnement et responsable du Corps de Surveillance, le docteur Jean François Thomas, se dit prêt à s'engager avec ou sans moyens. « Nous devons nous engager. Nous ne pouvons nous croiser les bras et laisser disparaître un pays ». Monsieur Thomas a rappelé qu'en 1950, Haïti avait plus de 20% de couverture forestière et aujourd'hui on ne parle que de 2%. « Il nous faut crier halte », a-t-il insisté.
Visiblement satisfait, le président de la Fondation Seguin, qui intervenait à la cérémonie, a admis qu'un pas est fait dans la bonne direction. Mais le gros du travail reste à faire, pense t-il, et on arrivera qu'avec la compréhension et le sursaut collectif des citoyens de la communauté.
La sénateure Edmonde Supplice Beauzile, de son coté, s'était montrée beaucoup plus flexible. Madame Beauzile estime que les exigences de l'État doivent être suivies de mesure d'accompagnement. « On ne peut pas demander à ces pauvres gens de ne pas abattre les arbres qui représentent une de leurs principales ressources, si rien n'est fait pour les aider à trouver d'autres moyens de survie », a plaidé la sénateure qui milite au sein de la commission pour l'environnement à la chambre du Sénat. Elle avoue pourtant qu'il y a possibilité de sauver l'environnement, de sauver le pays.

Le discours de Mme beauzile a fait écho au sein des organisations paysannes. Arnold Joseph et Emmanuel Exavier disent ne pas appuyer totalement les démarches du gouvernement haïtien dans le dossier du Parc la Visite. « Comment l'État peut-il vouloir gérer le Parc et laisser crever de faim des milliers de paysans. Souvent les gens abattent des arbres parce qu'ils n'ont pas d'autres moyens de survie. Ils n'ont aucun support de l'État et sont abandonnés a eux-mêmes », criaient-ils en choeur au micro des journalistes présents pour dénoncer les conditions abjectes dans lesquelles pataugent quelque 20.000 habitants. La faim, le chômage, l'insécurité, absence d'eau potable, de latrines publiques, d'encadrement agricole, constituent le lot de cette misère atroce.

Informé de cette situation difficile, le ministre Jean-Marie Claude Germain a annoncé un ensemble de réalisations concrètes pour le mois d'avril prochain avec l'aide des techniciens cubains : construction d'un commissariat pour rétablir la sécurité dans la zone et accompagner les agents, réhabilitation de plusieurs zones et amélioration de l'habitat des paysans. Il a annoncé également un projet de réhabilitation de 85.000 hectares en forêt chaque année. « Ce projet qui s'étendra sur 12 ans devra générer 30.000 emplois le mois », a promis l'ingénieur Germain.
Source: Le Nouvelliste