Augmenter la production vivrière et les revenus des familles, tel est le but du programme spécial de sécurité alimentaire (PSSA) qui a réuni, mardi, ses différents acteurs à la Petite-Rivière de l'Artibonite pour une journée-bilan de sa phase pilote.
Ce programme créé en 1996 par le Fonds des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO) et géré par le ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement (MARNDR) intervient dans cinq communes des départements de l'Artibonite et deux du Sud.
Financé à hauteur de 500.000 dollars par la FAO, les gouvernements français, italien et cubain et l'organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le PSSA vient renforcer la production des patates douces, du maïs et du haricot. Il intervient également dans l'aviculture et la pisciculture.
A bas Ti Yogann...
« Nous avons prévu dans notre plan de planter 3.000 hectares de terre en patate douce, aujourd'hui, on pratique cette culture sur plus de 3.270 ha en faveur de 8.554 paysans », se réjouit Alain Moncoeur, assistant Coordonnateur du PSSA.
Le volet formation et regroupement des planteurs en cellules de production représente le point fort de ce projet en raison de l'innovation qu'il apporte dans l'exploitation des terres. Cependant, l'extinction du cylas formicarius, insecte connu en Haïti sous le nom de Ti Yogann, qui détruisait les plantations de patate, par la distribution de pesticides (karaté et phéromone) et les crédits octroyés aux planteurs ont provoqué beaucoup de changements dans la production au niveau des différentes zones d'intervention du projet.
« La réunion des planteurs dans des cellules de production constitue un acquis énorme dans la culture massive », a témoigné François Maurois, directeur général de l'Organisation pour le développement de la Vallée de l'Artibonite (ODVA). Il estime qu'une telle approche peut faire ses preuves au niveau de la production du riz qui fait face à des problèmes liés à la fluctuation des prix des intrants dérivés du pétrole.
La patate passe de quatre (4) à 15 tonnes pendant cette phase pilote du projet, a expliqué Alain Moncoeur. Quant au volet pisciculture et aviculture, le responsable affirme avoir distribué 10.650 alvins et 655 poussins après avoir construit 160 unités de poulaillers dortoirs.
Des milliers de poulets ont été vaccinés contre la maladie new castle qui faisait toujours ravage dans le rang de ces volailles.
Des prêts au taux de 700% !
Garry Augustin, coordonnateur national du PSSA, se félicite de l'apport du programme à l'agriculture de la région. « Aujourd'hui, dit-il, à ceux des Cayes et de Torbeck, les producteurs bénéficiaires des communes de Verrettes, Marchand-Dessalines, La Chapelle, Marmelade et Petite-Rivière de l'Artibonite sont plus ou moins autonomes ». Il plaide pour la poursuite des interventions du projet dans la vallée de l'Artibonite et son extension au niveau national.
Les difficultés liées à l'obtention des prêts agricoles provoquent la paupérisation des producteurs. Ces petits prêts qui seront renforcés, selon le ministre Séverin, viennent donner de l'espoir aux paysans qui s'étaient obligés de payer jusqu'à 700% d'intérêt sur leurs crédits dans la vallée.
20% des pauvres ont 1,50 gourde
61% de la population haïtienne est représentée par le secteur paysan qui regroupe les gens les plus pauvres, a souligné le ministre François Séverin, 20% de ces pauvres bénéficient de 1,50 gourde des revenus nationaux et 20% des plus riches en ont 68 gourdes, poursuit-il. « Il faut que les techniciens et les autres acteurs du pays agissent de manière à permettre aux paysans d'avoir un mieux-être », a-t-il martelé.
La commercialisation de la patate se fait sur place. Des marchands viennent acheter ces produits pour les faire consommer dans d'autres régions d'Haïti. Des recherches de débouchés extérieurs sont en train d'être effectuées afin de les exporter, selon M. Moncoeur qui ajoute que des filières de transformation de la patate seront développées dans le but de valoriser cette denrée. Toutefois, le cadre du MARNDR révèle que le manque de ressources humaines peut provoquer des retards dans l'exécution de cette phase du projet.
Le ministre Séverin, pour sa part, a affirmé sa volonté de plaider pour l'insertion du PSSA dans le budget national compte tenu de son importance.
Arroser au prix du déboisement
En dépit des différentes interventions du MARNDR dans la Vallée de l'Artibonite qui représente le principal producteur de riz et d'autres denrées, les conditions des planteurs restent encore très précaires. Des champs longeant des rivières ont du mal à être arrosés, faute d'un système d'irrigation adéquat et les plantations se font dans le plus plat archaïsme.
Ce qui a valu à un participant de profiter de la présence du ministre de l'Agriculture, François Séverin, et du représentant de la FAO, Amadou Moustapha Kamara, pour faire part de ses inquiétudes face au déboisement provoqué par l'utilisation des arbres pour l'irrigation des terres.
Source: Le Nouvelliste