Le traitement de la tuberculose, en Haïti, ne suffit pas pour atténuer les préjugés entourant cette maladie. Etre tuberculeux, dans certains esprits, est un signe de pauvreté ou une conséquence de la sous-alimentation. De quoi complexer les malades !
Amaigri de quelques kilos par les effets d'une toux nerveuse qui le secoue depuis plus de trois semaines, « Ti Aubin », la trentaine sonnante, peine à s'approcher de la minuscule « Clinique TB » de l'Hôpital Justinien du Cap-Haïtien. Avant même le diagnostic de sa maladie, le jeune homme assimilait son amaigrissement aux méfaits de la tuberculose et était déjà l'objet de quolibets. « Dans ma localité, un hameau retiré de la deuxième ville du pays, on commence à m'insulter en m'appelant Maladi Tikay » (Ndlr : personne à mettre en quarantaine), s'indigne-t-il, sous le regard approbateur d'un autre patient.
Richard, un jeune communicateur social, est bien au courant des difficultés auxquelles se heurtent les tuberculeux. « Dès qu'il s'agit de la tuberculose, il n'y a plus de retenue. Durant sept longs mois, j'ai encadré un ami tuberculeux qui a gardé sa maladie secrète, de peur d'être insulté. »
« La stigmatisation est aussi redoutable que la maladie elle-même », estime de son côté Marie-Pierre Joseph, engagée depuis des années dans un projet de Croisade anti-tuberculeuse (CAT). Comme une évangéliste, cette jeune femme fait du porte-à-porte pour soutenir les tuberculeux, souvent déprimés. « Nous prenons la peine d'éduquer les patients avant qu'ils entament leur traitement qui dure jusqu'à huit mois, dit-elle. Parfois, ils arrivent dans les cliniques les larmes aux yeux ou avec un sanglot dans la gorge par peur d'être humiliés.»

En milieu urbain défavorisé, les accompagnateurs et le personnel médical font tomber certains tabous. « Moi aussi, je suis exposée à la tuberculose qui est une maladie contagieuse », avance Christine Pierre-Louis, responsable de la « Clinique TB » de l'Hôpital Justinien. Pour avoir travaillé des années au Sanatorium de Port-au-Prince, le chef de service connaît les effets de la stigmatisation qu'elle cherche à combattre parallèlement au traitement médical. « Nous recevons ici des patients de toutes les couches sociales », dit-elle. Christine Pierre-Louis reçoit quotidiennement cinq à six patients et ne lésine pas sur l'encadrement des malades et de leurs familles. « Le support, dit-elle, est aussi important que les médicaments. »
« Zéro abandon »
La communauté scientifique mène aujourd'hui campagne sur la nécessité pour les malades de poursuivre leur traitement, sous peine de développer des résistances aux médicaments et d'être davantage exposés. « Zéro abandon » est l'objectif fixé par le PIMUD (Projet d'intervention en milieu urbain défavorisé). « L'abandon est une menace pour les familles des tuberculeux et leur environnement », soutient Marie-Pierre Joseph qui craint que les patients qui se remettent progressivement de la maladie contagieuse n'abandonnent le cycle de traitement avant qu'ils soient déclarés cliniquement guéris. Car la plupart des tuberculeux qui rechutent tombent dans la catégorie de la tuberculose « multi-resistants » que seulement l'Hôpital de Cange -Plateau Central-, a la capacité ou l'expertise de traiter dans tout le pays. Ce centre dispose d'une centaine de lits pour ces cas.

Les risques de propagation, le comportement à avoir dans les foyers, le régime alimentaire, etc, figurent parmi les notions inculquées par les accompagnateurs qui s'assurent que les traitements sont respectés par les patients. Avec le soutien du Programme alimentaire mondial (PAM), les patients de quelque cinq centres de traitement du Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays, et dont la majorité d'entre eux est issue de milieux déshérités, sont au moins assurés d'obtenir une ration alimentaire régulière. Une motivation de plus pour ces patients qui tirent le diable par la queue.

Dans la région des Amériques, Haïti est considéré comme un pays où existe une forte prévalence de la tuberculose. Le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT), en 2003, a notifié quelque 14 mille cas et le taux de mortalité par tuberculose demeure très élevé, soit 66 pour 100 000. Des chiffres préoccupants pour les responsables du PNLT qui ambitionnent de réduire la « morbi-mortalité » induite par cette maladie.

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| Tuberculose : contagieuse mais curable
La tuberculose est une maladie transmissible infectieuse provoquée par un micro-organisme appelé « mycobactérium tuberculosis » ou « bacille de Koch » (BK). Elle peut atteindre n'importe quel organe. Les poumons sont cependant les plus vulnérables aux germes du bacille de Koch. Dans ce cas, on parle de tuberculose pulmonaire, la seule forme contagieuse de la maladie. Quand la pandémie atteint des organes comme les os, les méninges, la peau, les yeux, les ganglions ou l'appareil génito-urinaire, on parle de « tuberculose extra-pulmonaire ».
Le symptôme évocateur de la tuberculose est une toux de plus de trois semaines. Perte de poids, d'appétit, sensation de malaise généralisé et fatigue, crachats striés de sang, difficultés respiratoires... sont aussi des indices. La preuve d'une tuberculose pulmonaire ne peut être apportée que par l'examen bactériologique des crachats. Le patient suspect des symptômes de la forme respiratoire soumettra trois spécimens en deux jours.
La transmission de la tuberculose se fait essentiellement par voie aérienne. Quand la personne malade tousse, rit ou éternue, elle expulse dans l'air des gouttelettes microscopiques riches en bacilles. Ces gouttelettes sèchent rapidement et restent en suspension dans l'air pendant plusieurs heures. Toute personne saine qui les inhale est infectée à jamais. Quelque 250 cliniques antituberculeuses sont éparpillées dans le pays. Le traitement, normalement, devrait être gratuit. Pour les cas de TB multi-résistants, seulement l'Hôpital de Cange -Plateau Central-, a la capacité ou l'expertise de les prendre en charge pour tout le pays. Ce centre dispose d'une centaine de lits d'hospitalisation pour ces cas.
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Source: Le Nouvelliste