Le Panama à l'attaque
29 mars 2007
Si le Panama a parfois fait figure de menu fretin au sein de la CONCACAF, le pays situé à l'extrême sud de l'Amérique centrale a récemment entamé le redressement le plus spectaculaire de son histoire. Désormais, le Panama ne fait plus rire personne. L'équipe a ainsi progressé de 20 places au dernier Classement mondial FIFA/Coca-Cola et se retrouve aujourd'hui 54ème. Et les Panaméens, qui ne juraient jusque-là que par le baseball et la boxe, de se découvrir une passion pour le ballon rond…
Sur le plan régional, le Panama devance désormais des formations aussi huppées que la Jamaïque, Trinité et Tobago, l'une des bonnes surprises de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006, Haïti, le Guatemala ou encore le Canada. Au niveau mondial, la petite nation d'Amérique centrale surclasse des pays comme la Belgique, l'Afrique du Sud, la Hongrie et le Pérou.


Au cours des trois dernières années, l'équipe nationale a effectué de gros progrès (bien que tombée au 98ème rang en août 2006). Parallèlement, les dirigeants panaméens ont énormément investi dans la formation. Ceux qui ne suivent pas de très près l'actualité du football en CONCACAF ont sans doute été surpris de retrouver le modeste Panama en finale de la Gold Cup 2005. Si les outsiders ont fini par s'incliner à l'issue des tirs au but face au géant américain, les supporters panaméens ne s'y sont pas trompés : après avoir longuement fêté les exploits de leurs footballeurs dans les rues de Panama City, ils ont réservé un accueil triomphal à leurs héros.


La même année, les Canaleros ont multiplié les coups d'éclat dans la compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006. Certes, l'équipe a terminé à la dernière place du tour final, mais elle n'a cependant pas eu à rougir de sa performance. Pour décrocher leur première qualification à ce niveau de la compétition, les Panaméens ont successivement battu la Jamaïque et le Salvador avant d'arracher un nul méritoire face aux Etats-Unis. Le message est clair : le Panama ne compte plus faire de la figuration.


Beaucoup n'ont vu dans cette réussite qu'un exploit sans lendemain. Ce serait ignorer un peu vite le travail de développement accompli depuis plusieurs années par les dirigeants locaux. Cette belle histoire débute au milieu des années 80, avec l'arrivée sur le devant de la scène des frères Dely Valdés, Julio (surnommé "Panagol") et Jorge. Les deux hommes attirent rapidement l'attention de grands clubs étrangers. Jorge fait carrière au Nacional Montevideo, tandis que Julio fait les beaux jours de Cagliari, du PSG et de Malaga. Leur réussite contribuera incontestablement à asseoir la renommée du Panama sur la scène internationale.


Les deux frères font rapidement partie des sportifs les plus populaires du pays, au même titre que le boxeur Roberto Duran ou le lanceur Mariano Rivera. Pendant près de 15 ans, l'équipe nationale va vivre au rythme de leurs exploits. Julio et Jorge font d'ailleurs partie de l'équipe qui atteint la finale de la Gold Cup 2005 et crée la surprise dans la compétition préliminaire pour la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006.
Depuis, les frères Dely Valdés ont mis un terme à leurs brillantes carrières internationales. Julio se prépare à mener le Panama à sa troisième Coupe du Monde U-20 de la FIFA consécutive, tandis que Jorge continue d'animer le championnat national.
La nouvelle génération
Mais l'ombre des Dely Valdés plane toujours sur la sélection nationale. En leur absence, c'est Ricardo Phillips qui a endossé les habits de leader sur le terrain. Le petit milieu de terrain possède en effet une longue expérience du haut niveau et une technique individuelle impressionnante qui ont fait de lui le successeur naturel des deux hommes. Il est épaulé dans cette tâche par l'attaquant Luis Tejada, qui évolue aujourd'hui aux Etats-Unis, José Luis Garcés, le buteur de Belenenses (Portugal) et le "Colombien" Blas Pérez. Sous la direction de l'ancien sélectionneur costaricain Alexandre Guimaraes, cette équipe du Panama s'appuie avant tout sur un jeu porté vers l'offensive, où le ballon circule librement d'un joueur à l'autre.


Au cours d'une interview exclusive accordée à FIFA.com, le technicien d'origine brésilienne était revenu sur sa décision d'entraîner le Panama. "Quand je me suis rendu au Panama avec le Costa Rica, je me suis très vite rendu compte que cette équipe avait une formidable marge de progression. Le lien entre joueurs et supporters, l'ambiance qui régnait dans le stade, la qualité du jeu proposé… tout cela augurait de très bonnes choses. D'autant plus que l'équipe U-20 se qualifie régulièrement pour la Coupe du Monde de sa catégorie, ce qui démontre que le Panama dispose d'un véritable réservoir de talent. Quand les dirigeants panaméens m'ont contacté, je n'ai pas hésité une seconde."
Sous la houlette de son nouveau sélectionneur, le Panama a terminé à la deuxième place du Championnat d'Amérique centrale (UNCAF). Avec deux victoires et un nul, les Canaleros seront bel et bien présents aux Etats-Unis cet été pour y disputer leur deuxième Gold Cup consécutive.
Seule ombre au tableau : les tirs au but ne réussissent décidément pas aux Panaméens. Après avoir perdu en finale de la Gold Cup face aux Etats-Unis deux ans plus tôt, les hommes de Guimaraes ont abandonné la première place de l'UNCAF aux Costaricains dans les mêmes circonstances.
Depuis, le Panama a essuyé un revers spectaculaire en amical (0:3) face à Haïti, avant de se reprendre en obtenant un bon match nul (1:1) sur le terrain de la Jamaïque, toujours en match de préparation. Malgré ces résultats en dents de scie, le football panaméen se porte bien et Guimaraes et ses hommes ont bien l'intention d'en apporter la preuve dès cet été aux Etats-Unis.