La Citadelle est le symbole de la détermination à lutter pour conserver les acquis du 1er janvier 1804. Classée patrimoine mondial par l'UNESCO, elle est aussi un lieu mythique et mystique où des enfants d'Haïti viennent se ressourcer.
Henri a émigré aux Etats-Unis en 1980. Il avait à peine un an. Elevé à Miami, il revivait les prouesses du roi bâtisseur dont il partage le prénom à travers les récits pimentés de son grand-père maternel originaire de Dondon.
Le jeudi 5 avril 2007, après avoir différé son premier voyage au pays natal en plusieurs fois pour cause d'insécurité, il n'ose croire qu'il est sur le point de visiter la Citadelle.
Excité, il est incapable de se tenir tranquille une minute alors que l'autobus à bord duquel il a pris place traversait une route poussiéreuse menant à Milot.
Arrivé au terminus, il enfile son sac à dos et se dirige d'un pas décidé vers la grand-rue « adoquinée » de cette ville qui aboutit aux ruines du Palais Sans-Souci.
Une grande émotion est perceptible sur son visage à la vue des ruines impressionnantes de ce palais détruit par le tremblement de terre du 7 mai 1842 qui fut le siège administratif, politique et économique du royaume de Christophe.
Emu, Henri ne traîne pas. Portant un T-shirt à l'effigie de Bob Marley, une barbe non rasée depuis deux jours, des tresses cachées par un chapeau en paille, il se faufile au milieu des centaines de festivaliers, de marchands de friture, de boissons, de souvenirs... ayant monté leurs tentes à l'entrée de Sans-Souci.
Il semble n'avoir d'yeux que pour la Citadelle qui culmine à plus de 800 mètres sur le Bonnet-à-l'Evêque.
Décidé à marcher sur les traces d'un aïeul "réquisitionné" dans la construction de la Citadelle pendant plusieurs années, ce forcené de l'histoire, de la mémoire, capable de se payer toute une écurie, attaque à pied les 7 kilomètres qui séparent Sans-Souci de la Citadelle.
Et dans la végétation tropicale, les poumons remplis d'air pur des hauteurs, il entame son ascension en écoutant le piaillement des oiseaux.
Dégoulinant de sueur, il frissonne soudainement lorsqu'il aperçoit, après une bonne heure de marche, le gigantesque ouvrage censé défendre la région contre toute attaque des Français qui n'auraient pas digéré la magistrale déculottée qui permit la création de la première République noire du nouveau monde, le 1er janvier 1804.
Charmé par le paysage verdoyant et le génie militaire de Henri Christophe, il ressasse des souvenirs de son grand-père qui vouait une admiration sans borne pour le roi bâtisseur.
Petit à petit, il comprend et partage l'admiration pour cet homme qui voulait apprendre l'orgueil à son peuple même s'il fallait, pour cela, briser leurs reins au travail.
Au bout de deux heures et demie d'escalade de ce mont abrupt, Henri traverse l'une des deux portes donnant accès à la Citadelle. Le regard vif de curiosité, il ne prend même pas le temps de souffler.
Il bondit, déterminé à visiter chaque recoin de cette forteresse érigée sur 10.000 m2, classée patrimoine culturel mondial de l'humanité par l'UNESCO.
Déambulant dans une des galeries, il apprécie une première batterie de cette forteresse armée de plus de deux cents canons.
Touchant les murs glacés faits avec un mélange de chaux et de sang de boeuf, Henri aperçoit un couple de jeunes qui avalait littéralement les amygdales sur fond d'une musique reggae juste avant de copuler. Une façon peut-être pour ces jeunes de narguer l'esprit du roi Christophe dont la sévérité était légendaire. Autre temps...
Dans cette même galerie, Henri renifle une odeur de marijuana. Une drogue qui s'invite partout où des jeunes se réunissent de nos jours. Il semble ne pas être dérangé outre mesure. Les détritus laissés sur place l'irritent en revanche.
Boulimique dans sa quête d'information, Henri n'a d'autre choix que de suivre son instinct. Il ne trouve pas de guide. Pas moyen aussi d'avoir une interprétation du site. Dommage pour l'aspect pédagogique et didactique, se dit-il.
Entre constat alarmant sur la préservation et réflexions sur ce qui mérite d'être fait pour rendre la Citadelle « muséographiquement » exploitable, Henri cherche frénétiquement le lieu supposé où Christophe a été enterré après s'être tiré une balle suite à un soulèvement populaire, le 8 octobre 1820.
Au milieu d'une cour intérieure, il est attiré par une plaque placée sur un monticule sur lequel sont gravés ces mots d'Albert Mangonès : « Bâtisseur prodigieux de cette Citadelle, Henri Christophe s'est suicidé au Palais Sans-Souci le 8 octobre 1820. La nuit même du décès, son corps fut inhumé en secret dans l'enceinte du fort, où seule aujourd'hui la poussière impalpable de la dépouille tragique du monarque disparu frôle invisiblement les murs. Mais c'est ici pourtant que les filles et les fils de la terre d'Haïti viennent se recueillir en quête d'un message d'unité historique de peuple et du choix d'un destin de liberté toujours nouvelle à conquérir. »
Après méditation, Henri salue un grand Haïtien dans ces lignes, sans connaître l'histoire d'amour, de passion et de dévouement ayant existé entre la Citadelle et l'architecte Albert Mangonès.
Un architecte visionnaire qui, entre 1974 et 1984, participa aux collectes de fonds, aux campagnes de sensibilisation et à la création d'une institution de protection du patrimoine bâti afin de sauver la Citadelle de la « menace des eaux ». A l'époque, le travail « d'étanchéisation » s'était réalisé avec des interventions spécifiques, appropriées à chaque espace tout en respectant une thèse de reconstruction historique ou les spécificités originales. Pour le Coidavid, une toiture a été installée et, au niveau des batteries de la Reine Grand Boucan, il y a eu une reconstitution de la maçonnerie traditionnelle. Cinq millions de dollars avaient été mobilisés.

Imprégné de l'esprit de la Citadelle, Henri a mis un terme à sa visite en début d'après-midi. Dans ses yeux se lisait un bonheur immense d'avoir fait un saut dans son histoire, grâce à ce monument qui attend encore une prise en charge rapide et rationnelle. Comme lui, des millions d'Haïtiens de la diaspora, coupés de leurs racines, attendent l'occasion de visiter ce site.
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La Citadelle est l'un des trois monuments du Parc National Historique. Classée patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO, elle fait l'objet d'études dans la perspective de son exploitation muséographique.
Selon le ministre du Tourisme Patrick Delatour, des consultations sont en cours afin de créer les conditions susceptibles de permettre à 10 % des 300.000 touristes qui visitent Labadie chaque année de faire un tour à la Citadelle.
Parallèlement aux touristes étrangers, les autorités misent beaucoup sur le retour aux sources des Haïtiens de la diaspora et de leurs enfants.
Le géographe Georges Anglade estime le nombre de ses compatriotes à 4 millions.
Selon Anglade, dans l'état actuel, il est illusoire d'essayer de faire comme Cuba, la République dominicaine ou le Mexique en matière de tourisme de masse des étrangers, avec d'immenses capitaux... Mais l'on peut engranger autant de devises que tous les autres en axant d'abord notre tourisme sur un grand mouvement à créer chez les quatre millions des nôtres de la diaspora.
Tout ce monde tolérera des infrastructures plus approximatives, des standards simplement acceptables pour des colonies de vacances où des villages de toile... et nous voilà avec un flux important de vacanciers aux retombées plus consistantes pour le pays que ne le ferait le mirage de viser une clientèle très exigeante et traumatisée par la situation d'Haïti...C'est une transition touristique souhaitable de cinq à dix ans pour apprivoiser lentement les autres clientèles... avant qu'elles ne reviennent.