CRÉATION OU ÉVOLUTION / Pour le pape, la théorie de Darwin a un certain niveau de vraisemblance
Le pape Benoît XVI a commenté, dans un ouvrage édité en Allemagne, la théorie de l'Évolution, dont il admet un certain niveau de vraisemblance et en même temps souligne les brèches, sans pour autant appuyer le courant adverse du créationnisme.
Dans cet ouvrage intitulé « Création et évolution », le pape livre ses pensées sur un sujet qui oppose depuis deux siècles deux courants de conception de la création de l'humanité : d'un côté, la théorie du Britannique Charles Darwin (1809-1882) d'un mécanisme biologique de l'évolution, la sélection naturelle, qui explique la diversification de la vie à travers un lent processus de modification par l'adaptation, et de l'autre le créationnisme, une conception détaillée de la création divine de la Terre.
« Il ne s'agit pas de choisir entre un créationnisme qui exclut catégoriquement la science, et une théorie de l'Évolution qui dissimule ses propres brèches et ne veut pas voir les questions qui se posent au-delà des possibilités méthodologiques de la science naturelle », affirme le pape allemand dans ce livre édité par la maison Sankt Ulrich (Augsbourg, sud de l'Allemagne).
« La théorie de l'Évolution n'est pas démontrable empiriquement, car il est impossible de mettre en laboratoire 10 000 générations. La vraisemblance (de la théorie) n'est pas égale à zéro, mais pas non plus à un », car elle laisse « de grandes questions ouvertes », relève-t-il.
« La théorie de l'Évolution implique des questions qui doivent être du ressort de la philosophie et qui mènent elles-mêmes au-delà du domaine de la science », souligne Benoît XVI dans son texte en allemand.
L'ouvrage, bientôt traduit en français, anglais et italien, retranscrit les exposés et discussions d'un colloque tenu en septembre 2006 dans la résidence d'été du pape à Castel Gandolfo, réunissant théologiens, philosophes et biologistes. La réunion d'automne répondait à un regain d'intérêt pour le débat, relancé par l'archevêque de Vienne Christoph von Schönborn en juillet 2005. Dans une tribune au New York Times, il avait affirmé que l'on ne pouvait interpréter les discours de Jean Paul II comme étant une reconnaissance de l'évolutionnisme. Le pape polonais avait dit en octobre 1996: « La théorie de l'Évolution est plus qu'une hypothèse ».

De vieilles querelles avaient ressurgi, en particulier aux États-Unis, où des fondamentalistes protestants cherchent à imposer dans les manuels scolaires une interprétation à la lettre de la Bible, notamment de la création du monde décrit dans le Genèse. 48 % des Américains rejettent la théorie de l'évolution, selon un sondage récent publié dans le magazine américain Newsweek. En Europe, à part notamment la Pologne, le mouvement est plus marginal.
Face aux adeptes du créationnisme, Benoît XVI apporte son soutien à Jean Paul II : « Quand le pape a dit cela, il avait ses raisons », dit-il, car « la question se pose : à quel niveau se situe la vraisemblance (de la théorie de Darwin)? ».
Dans la lignée de son prédécesseur, le pape salue le rôle des sciences dans l'évolution de l'humanité. « Les sciences naturelles ont ouvert de grandes dimensions à la raison qui étaient jusqu'alors fermées, et nous ont ainsi transmis de nouvelles connaissances ».
Elles posent des questions « qui doivent être adressées à la raison et qu'on ne doit pas juste laisser au sentiment religieux », relève encore Benoît XVI qui a fait d'un rapport sain, entre foi et raison, une de ses priorités.
Source : AFP