Un score très honorable - environ 25 % - proche de celui de François Mitterrand en 1981. Et surtout, le soulagement d'avoir vaincu le traumatisme du 21 avril : le bilan du premier tour pour la candidate du Parti socialiste (PS) est positif. Pourtant, l'analyse électorale, qui révèle une faiblesse historique de la gauche (37 % des voix) place la candidate dans une position fragile en vue du second tour. D'autant que le "vote utile" a joué à plein et prive Ségolène Royal d'un réservoir de voix telle qu'en a connu M. Mitterrand en 1981. Enfin, la participation ayant été massive, Mme Royal ne peut tabler sur une mobilisation des abstentionnistes.

L'équation à résoudre pour la candidate est donc complexe : rassembler à gauche, tout en attirant une nette majorité des électeurs de François Bayrou et une partie de ceux du Front national, sont les conditions indispensables à un succès au soir du 6 mai. Pour gagner, comme l'a déclaré Vincent Peillon, il faudra que "la moitié" des voix de Bayrou et "une petite partie de l'électorat populaire de Le Pen" se reportent sur Mme Royal.
LES "CONVERGENCES" AVEC L'ÉLECTORAT BAYROU
A sa gauche, la candidate PS a reçu dès dimanche le soutien des autres candidats (PCF, LO, Verts, PRG, LCR, José Bové) et du PRG. Au total, les candidats de gauche hors PS ont enregistré environ 11 % des voix.
A sa droite, François Bayrou a maintenu son credo d'un "centre indépendant", prévenant qu'il ne "reviendrait pas en arrière" et qu'il n'"abandonnerait aucune de ses convictions". Mme Royal a lancé dimanche soir un appel aux électeurs de l'UDF (environ 18,5 % des suffrages), en assurant qu'elle serait "la présidente garante d'un Etat impartial", "otage d'aucun clan, d'aucun groupe de pression, d'aucune puissance financière".

L'aile droite de son parti lui a emboîté le pas. "Si la campagne du second tour (...) est une campagne qui porte effectivement à construire 'cette maison du renouveau' (...), alors je pense que la victoire est possible", a déclaré Dominique Strauss-Kahn. Bernard Kouchner, qui avait créé la polémique en prônant avant le premier tour une "alliance" PS-UDF, a été précis : "Je constate que sur le plan social, avec l'UDF et François Bayrou, il y a des convergences. Il va falloir convaincre les électeurs, il ne s'agit pas de tractations honteuses", a-t-il déclaré. Mme Royal, selon lui, pourra "convaincre les Français et peut-être l'emporter" en nouant "des contacts avec non pas François Bayrou seulement, mais les électeurs de François Bayrou, pivots du second tour", a précisé M. Kouchner.
LES LIMITES DE "L'OUVERTURE"
Mais François Hollande a marqué les limites de cette "ouverture" en estimant qu'il ne s'agit pas de "négocier avec qui que ce soit car cela n'est pas la démarche d'une élection présidentielle". Gardien de la gauche du parti, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi mis en garde : "iI faut faire attention à ce que l'on fait, une trop grosse risette d'un côté fait perdre de l'autre."
Faute de pouvoir rassembler sur une ligne claire, le PS sera donc tenté de fédérer contre l'adversaire, en agitant le spectre d'une France dirigée par Nicolas Sarkozy. Et en espérant que ce seul point pourra servir de dénominateur commun entre les partisans de Bayrou et ceux de Besancenot. Transformer le second tour en référendum sur l'ex-ministre de l'intérieur, s'efforcer de stimuler la dynamique "Tout sauf Sarkozy", au risque de placer encore le candidat de l'UMP au premier rang des préoccupations : telle pourrait être la stratégie du PS.
Claude Bartolone a amorcé ce discours en estimant que la candidate socialiste allait pouvoir s'adresser maintenant à la majorité de Français tentés par le changement : "Une majorité de l'électorat de François Bayrou peut être tenté par le projet de Ségolène Royal" et refuser "la société brutale de Sarkozy".
Mais les dirigeants socialistes reconnaissent tous que la victoire sera dure à conquérir. Lors du Conseil politique réuni rue de Solférino dimanche soir, "l'ambiance était studieuse. Mais ce n'était pas la joie : tout le monde sait que ce sera difficile", a déclaré Benoît Hamon, membre de cette instance.