Haïti, l'un des plus riches pays de la Caraïbe en terme de biodiversité, risque de ne plus l'être si rien n'est fait pour stopper la dégradation de l'environnement.
Pendant que d'autres pays font de la promotion pour leurs richesses écologiques (Ecotourisme), on a identifié actuellement en Haïti plus d'une centaine d'espèces animales et végétales en voie de disparition. Notre île comptait avant l'arrivée des Indiens (Taïnos), il y a 7000 ans 25 espèces de mammifères terrestres endémiques à Haïti, c'est-à-dire originaires et ne vivant qu'en Haïti de l'ordre des primates, des rongeurs et des insectivores dont 23 ont déjà disparu !

Les deux mammifères terrestres endémiques à Haïti qui n'ont pas encore disparu sont le Zagouti (Plagiodontia aedium) et le Selonodonte (Nez Long) (Solenodon paradoxus : savez-vous que le Selonodonte qui vit en Haïti est le plus gros insectivore connu, avec 40 cm de long pour un poids environ égal à 1 kg) mais qui sont en voie de disparition ! La faune est aussi très riche en espèces marines, aquatiques et terrestres. Elle comprend plus de 2000 espèces dont plus de 70 % sont endémiques (PAE, 1999). Par exemple dans l'Etang de Miragoâne sur les 13 espèces de poissons inventoriées 8 ne se trouvent que dans ce point d'eau et nulle part ailleurs sur la planète terre. La flore du pays est aussi très variée. Elle compte plus de 3500 espèces dont 37 % sont endémiques à Haïti. Saviez-vous que le palmiste royal, partie importante de notre emblème national, est une plante endémique à Haïti au même titre que le pin de nos forêts (Pinus occidentalis), le sapotillier de la Hotte (Micropholis polita), le bois tremblé (Didymopanax tremulum), le latanier chapeau (Sabal umbaculifera), le corosier (Attalea crassispatha). Le parc Macaya comporte, entre autres 141 espèces d'orchidées dont 38 sont endémiques au massif de la Hotte et 58 à l'île Haïti. La liste s'allonge à chaque décennie et le pays poursuit sa course dans le gouffre de l'inconscience.

Dans la nuit du 23 au 24 mai 2004 les pluies torrentielles qui se sont abattues sur Fonds-Verettes ont fait plus d'un millier de morts, des centaines de disparus et des milliers de sans abris. On dirait que ce coup a réveillé la conscience de tout haïtien sur la fragilité écologique du pays due par l'exploitation abusive des carrières, la construction anarchique et surtout par la déforestation.

Aujourd'hui c'est plus qu'évident, après l'hécatombe de la cité de l'Indépendance provoquée par la Tempête Jeanne (18-19 sept. 2004) et les catastrophes de FondsVerretes, que l'élite intellectuelle et économique du pays a échoué dans sa mission alors qu'il y a plus d'un demi-siècle, le Dr Jean Price Mars interpellait les élites haïtiennes dans son livre « La vocation de l'élite » Aujourd'hui la démission de l'élite est patente ! En 1987, l'État d'urgence a été décrété pour sauver l'environnement haïtien, mais 20 ans après, les choses empirent. L'insécurité environnementale nous guette sur tous les fronts. Pourquoi construire des routes, des ponts qui coûtent très cher et qui plus tard vont être détruits à cause de la dégradation de l'environnement ?
Quel pays laisserons-nous à nos enfants ?
On ne peut parler de progrès en dehors du concept du développement durable comme l'a si bien dit Brundtland: « C'est un développement qui répond au besoin du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins »

Il est urgent d'intervenir parce que le temps est facteur crucial. Le gâchis est tel que tout retard, tout refus de prendre hic et nunc les mesures de redressement nécessaires hypothèquent lourdement toute possibilité de développement économique du pays. Il faut toucher la plaie du doigt. Savezvous qu'Haïti fait partie de 30 pays qui auront de graves problèmes d'eau en 2025 ? Savez-vous également qu'Haïti est située en dernière position sur une liste de 122 pays en matière de respect de l'environnement. De 1956 à nos jours la couverture forestière nationale passe de 20 % à moins de 2 %. Les ressources naturelles sont mal exploitées et l'espace n'est pas utilisé à bon escient. De ce fait, l'érosion persiste, l'eau devient de plus en plus rare, car le ruissellement prime sur l'infiltration. Ainsi la source Cerisier et Lerclerc ont vu leur débit diminuer de jour en jour. Chaque année, plus de 50 millions d'arbres sont abattus ; nous perdons également 36 millions de tonnes de terre arables par an, ce qui représente 12000 ha de 12 cm de profondeur et qui vont sans doute perturber l'équilibre de l'écosystème marin déjà fragile par le phénomène de l'ensablement et causant ainsi une entrave pour l'industrie halieutique du pays déjà à genoux (ANDAH, 1999). Il est temps de déplorer les catastrophes, il faut agir vite et saisir le taureau par les cornes. Car, chaque année, de juin à novembre, Haïti est toujours sous menace cyclonique. Et avec l'effet de serre (augmentation de la température moyenne de la Terre) dû par l'augmentation de CO2 et du CH4 dans l'atmosphère, les cyclones seront plus fréquents, donc nous devons nous préparer à les affronter. Haïti en tant que pays montagneux à relief accidenté devrait avoir une couverture forestière avoisinant les 40 % de sa superficie pour au moins se protéger contre la furie de la nature. La République dominicaine, où la tempête Jeanne a fait moins de 50 morts, possède 30 % de couverture forestière

À suivre…
Source: Le Matin