Définition de la malnutrition
C'est un déséquilibre de l'état nutritionnel causé par l'insuffisance (sous-nutrition) ou l'excès (surnutrition) d'un ou de plusieurs nutriments essentiels pendant une période prolongée. Dans le langage courant, malnutrition désigne sous-nutrition.
La malnutrition protéino-énergétique
Nous étudierons les différentes formes de malnutrition protéino-énergétique par groupe d'âge, car les problèmes posés et leurs conséquences sont différents pendant la première enfance, chez l'enfant d'âge scolaire et chez l'adulte.
La malnutrition protéino - énergétique pendant la première enfance
a. La malnutrition protéino-énergétique légère
Manifestations :
Elle apparaît quand le régime alimentaire est déséquilibré à la fois en éléments énergétiques et en protéines. Courante dans les zones urbaines à cause de la régression de l'allaitement maternel et de l'utilisation précoce et exclusive de farines trop raffinées, elle est aussi très présente en milieu rural en raison de pratiques de sevrage inadéquates.
Symptômes :
Arrêt de la croissance qui se traduit par une courbe de poids stationnaire (courbe en plateau).
Conséquences :
L'enfant est à risque ; il est en équilibre instable, il suffit d'une rougeole ou d'une diarrhée pour faire basculer l'enfant dans une malnutrition plus sévère, souvent un kwashiorkor.
b. Le Kwashiorkor
Manifestations
C'est la manifestation d'une carence protéique consécutive à un régime alimentaire très pauvre en protéines. Le kwashiokor se rencontre surtout chez les enfants de 1 à 3 ans, il survient à la fin de la période de sevrage ou après une rougeole.
Symptômes
· arrêt de la croissance se traduisant par un faible poids par rapport à l'âge,
· oedème, surtout des pieds, des chevilles, du visage, l'enfant est bouffi.
· tristesse, manque d'appétit,
· ventre ballonné.
Quand la maladie s'aggrave :
· les cheveux se décolorent, se défrisent et tombent,
· la peau s'éclaircit,
· la diarrhée s'installe.
c. Le marasme
Manifestation
C'est la manifestation d'une sous-alimentation globale à la fois pauvre en protéines et en aliments énergétiques, l'enfant ne mange pas à sa faim.
Le marasme peut se déclarer très tôt, de zéro à six mois, si :
· mère mal nourrie,
· faible poids à la naissance,
· prématurité,
· mauvaise lactation due à une diversité de facteurs :
· mère mal nourrie
· grossesses rapprochées,
· alimentation à l'eau simple par une grand-mère ou une soeur pendant que la mère travaille aux champs,
· allaitement tardif.
De six mois à douze mois, si :
· enfant nourri exclusivement au sein, donc, apport énergétique et protidique insuffisant: au bout du sixième mois, la lactation diminue et devient insuffisante pour les besoins de l'enfant qui grandit ;
· l'allaitement au biberon est souvent une des causes de marasme, car le lait d'un prix d'achat très élevé, est dosé en petites quantités, et donc trop dilué : d'autre part, l'hygiène défectueuse dans la préparation des biberons entraîne des diarrhées qui aggravent la dénutrition; un cercle vicieux s'installe;
· Pratiques de sevrage inadéquates.
Symptômes
Chez un enfant atteint de marasme, on observe les symptômes suivants :
· arrêt de la croissance et une importante perte de poids allant parfois jusqu'à 60% du poids normal;
· une atrophie nette des muscles, une absence de graisses sous-cutanée, une maigreur extrême ;
· malgré son aspect ratatiné de «petit vieux», l'enfant atteint de marasme reste vif, il a faim, ses cheveux sont normaux, il n'a pas d'oedèmes.
d. Le kwashiorkor marasmique
C'est une forme combinée de kwashiorkor et de marasme, caractérisée par l'apparition de symptômes de ces deux affections : maigreur extrême associée à la présence d'oedèmes notamment.
La malnutrition protéino-énergétique chez les enfants d'âge scolaire de 5 à 15 ans
Manifestations
A cinq ans, les enfants ont pratiquement la même alimentation que les adultes. Elle est donc souvent insuffisante en qualité et en quantité.
Dans les cas de pénuries alimentaires saisonnières (période de soudure), on note chez les enfants des paliers dans leurs courbes de poids, mais ces stagnations alternent avec une période de croissance accélérée après la récolte.
L'insuffisance globale de la ration alimentaire résulte d'une mauvaise répartition des repas dans la journée. Souvent, les restes de la veille sont insuffisants. L'enfant va à l'école et y passe la journée sans manger. A cela, s'ajoutent les longues distances parcourues pour atteindre l'école: les besoins énergétiques de l'enfant sont donc majorés.
Conséquences
Les alternances de sous-alimentation et de suralimentation sont préjudiciables au développement physique harmonieux de l'enfant. Il présente un retard de croissance ainsi que certaines difficultés d'attention et d'apprentissage à l'école.
La malnutrition protéino-énergétique chez l'adulte. Manifestations
Lors de pénuries alimentaires graves, comme cela se produit en période de disette ou de famine, presque toute la population souffre de sous-alimentation grave prolongée. Les personnes âgées, les femmes enceintes et allaitantes sont les premières exposées. Les adultes touchés perdent du poids et souffrent d'un oedème nutritionnel.
Conséquences
La sous-alimentation chez les femmes enceintes se traduit par un faible gain de poids.
Cet état de malnutrition est responsable d'une augmentation des taux de moralité maternelle et infantile.
Chez les adultes, l'efficacité dans le travail diminue, surtout lorsque cette sous-alimentation sévit en fin de saison sèche et en début de saison humide au moment où les travaux des champs sont les plus lourds, la perte de poids est parfois importante et atteint 10 à 15 % du poids habituel.
Notons que:
La malnutrition latente chez les adultes peut entraîner successivement une chute de la productivité, un faible revenu et la détérioration des conditions de vie de la famille.
Cette malnutrition constitue un frein au développement socio-économique de la population d'un village et d'une région tout entière.
Cette population pénètre alors dans un cercle vicieux que seules des actions coordonnées de développement peuvent briser.
recherches Dr Philippe DESMANGLES Source: Le Nouvelliste