La métropole du Sud, endormie dans sa tranquillité, a besoin qu'on s'intéresse à elle pour déployer son charme.
La ville des Cayes, fondée en 1503 sous Nicolas Ovando, est la ville la mieux tracée d'Haïti. Aujourd'hui, elle est saturée ; si rien n'est fait, tout comme Port-au-Prince, son charme sera effacé à jamais, vaincu par des pulsions débridées d'unités urbaines désarticulées, par des furoncles, des cratères de pus dans nos paysages. Sans forcer la note qui n'est nullement comparable à Port-au-Prince, il faut souligner que du côté de Bergeaud, de Vernet, de Pèlerin, l'instinct anarchisant de la populaton réclame le polissage des moeurs et la bride.
Des constructions anarchiques à Gelée
La mairie de la commune des Cayes a fait construire, au bénéfice des marchandes dix maisonnettes, sur la plage la Tourterelle, du côté de la Savane, grâce à l'aide de l'OIM. Sur ce site balnéaire, les gens des milieux défavorisés profitent du chant des vagues, des terrains de jeux et des fontaines à eau. Auparavant, des logements sociaux ont été construits par l'Entreprise publique pour la promotion des logements sociaux (EPPLS). Les misères fouettées par la mer sont une constante dans notre singulier petit pays.
La tendance à coloniser le bord de mer, à offrir l'image misérabiliste d'Haïti est une tendance nettement en hausse. Sur la plage de Gelée, la même image de saleté sert de carte postale au chef-lieu du département du Sud. Les tentes plantées sur le sable reproduisent le décor de nos bidonvilles.
Pendant que les Cayes sont en fête, des milliers de gens se retrempent dans cette ambiance, déferlent sur les plages et dans les rivières. Nous profitons de cet air festif pour visiter la ville et rencontrer des personnalités. Après avoir soulevé les problèmes d'électricité avec le responsable de l'EDH régional Sud et Grand'Anse, nous laissons la rue Nicolas Geffrard et nous nous rendons en taxi-moto à la mairie des Cayes sise à la rue Sténio Vincent. Le maire, M. France, submergé par son travail, laisse le soin au maire adjoint, Mme Sylvie Rameau, de nous renseigner sur la commune des Cayes.
Les charmes d'une presqu'île
Prenant un plaisir à vanter les charmes des Cayes et celles de toute la presqu'île du Sud, le maire adjoint, tout en étant assis dans son bureau, nous donne l'envie d'aller visiter le Pic Macaya où l'on rencontre des espèces d'oiseaux comme le « kason rouj » que l'on ne retrouve nulle part. Elle nous parle des eaux diaphanes qui coulent dans le lit des montagnes, serpentent dans les plaines, et se jettent dans les mers chaudes de la presqu'île où s'étire à perte de vue du sable de velours. Elle égrène des noms : Port-Salut, Bourin, Torbeck, Arniquet, Côteaux,"Ile-à-Vache", Port Morgan. « La presqu'île du Sud, voyez-vous, c'est 190 kilomètres de côte ! »

Des sites perdus sont ressuscités dans notre mémoire, quand Mme Rameau éveille des noms ; des sites enlisés sous les eaux des tragédies politiques prennent vie en nous. Elle nous parle des grottes de Kounoubois, de Saut-Mathurine, nous met sur les pas d'un site religieux aux Côteaux. « Dans le Sud, nous avons notre terre sainte, notre Saint Jacques de Compostelle. Désormais, chaque année, les pèlerins gravissent les 500 marches de la chapelle de la Médaille miraculeuse pour jeûner, prier et se mettre plus près de Dieu », exulte-t-elle.
Haïti, nous rappelle le maire adjoint, n'est pas Port-au-Prince. De ces malheurs qui arrivent à la République, indique-t-elle, nous pouvons tirer une leçon. « Pendant que la violence sévit à Port-au-Prince, les Cayes respirent la paix, le calme et la tranquillité ». Climat propice aux investissements.
Mettant un accent particulier sur l'électricité, l'eau en abondance, la grande plaine verte, ouverte aux investissements locaux et étrangers, elle nous apprend que dans le Sud, le vétiver asseoit la richesse de bien d'investisseurs. « Sur le marché international, le vétiver est très recherché », dit-elle.
En chantier
Nous avons trouvé une mairie en plein chantier. Pendant que nous nous entretenons avec le maire adjoint, les ouvriers s'activent. Mme Rameau nous a permis de voir les locaux qui sont en train d'être aménagés : salle de conférence, bureaux, bloc sanitaire, entrepôts...
Sur le chantier, elle nous dit sur un ton de confidence : « Quand nous sommes rentrés à la mairie, les employés n'avaient pas touché un rond depuis dix mois. Et nous avons dû payer plus de 2 millions de gourdes de dettes ». Elle explique que c'est grâce à un redressement au niveau de la Contribution Foncière des Propriétés Bâties (CFPB) et d'autres impôts que toutes les dettes ont été épongées. De plus, elle a fait savoir que tous les mois, les employés de la mairie reçoivent régulièrement leur salaire.

Sautant à pied joint sur ce qu'a réalisé l'administration communale des Cayes pendant la transition, elle cite pêle-mêle : le redressement des taxes, l'assainissement de la ville, l'adoquinage de certaines rues, la réparation de quelques salles de classe, la construction des gabions en vue de protéger les berges de la Ravine du Sud (construction en cours), l'agrandissement du marché-relais à la rue Sténio Vincent (construction en cours). Ces travaux sont réalisés, précise le maire adjoint, grâce au support de la CARITAS, de l'OIM, de CRS, de l'USAID, de Terre des Hommes et d'autres partenaires.
La prochaine administration de la mairie des Cayes a du pain sur la planche. Cette mairie est dépourvue de matériel roulant pour ramasser les détritus, pas même une motocyclette au service des collecteurs d'impôts !
Nous laissons la mairie avec la brûlante idée de visiter, le lendemain, le port des Cayes vis-à-vis de l'île-à-Vache.
La métropole du Sud est desservie par onze stations de radio; trois stations de télédiffusion : RTMS, Canal 9 et Canal 12. Pas une salle de cinéma.
Les ministères de la Culture et de la Communication, du Tourisme, du Commerce, de l'Environnement pour ne citer que ceux-là, ne sont pas représentés aux Cayes. Le vent de la déconcentration et de la décentralisation n'a pas soufflé pour ces ministères.
Les Cayes n'ont pas de parc industriel. Sa jeunesse est livrée au chômage.