Les défis, enjeux et perspectives du système éducatif haïtien ont été clairement définis par le ministre de l'Education nationale, Gabriel Bien-Aimé, le jeudi 28 juin 2007. Lors d'un déjeûner-rencontre avec la Chambre de Commerce haïtianoaméricaine (AMCHAM), à l'Hôtel Montana, les débats ont porté sur la nécessité d'une école haïtienne nouvelle.
« L'éducation est la voie royale à suivre pour un tournant définitif vers le développement socio-économique national .» Par ces propos, le titulaire du ministère de l'Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) a montré l'importance accordée à l'éducation à ce carrefour de la vie nationale.
S'exprimant dans le cadre du déjeûner-rencontre organisé par l'AMCHAM préoccupée par l'avenir de notre système éducatif, M. Bien-Aimé a fait état de sa volonté de rénover, de dynamiser l'école haïtienne qui a tant besoin de jouir d'une meilleure santé. « Des jeunes de 6 à 11 ans sont encore en dehors du système, il faut de manière impérative les prendre en compte », explique-t-il en félicitant l'AMCHAM, considérée comme une association contribuant à plus de 60% dans l'assiette fiscale, d'autant qu'elle occupe une place de choix au niveau du secteur économique et financier d'Haïti.

Gabriel Bien-Aimé qui était accompagné du directeur général de son ministère, Pierre-Michel Laguerre, et des membres de son staff technique, a indiqué que le grand défi de l'heure est l'alphabétisation, l'intégration des jeunes dans le processus socio-économique national par l'éducation. « Il est venu le temps d'éliminer toutes les disparités sociales de telle sorte que le pays soit plus fraternel, plus intégrateur et plus prospère pour chacun de ses fils », a lancé le ministre-psychologue qui a vite fait de mettre en relief la stratégie nationale d'action (EPT) qui vient d'être validée. Stratégie déterminante pour un système éducatif rénové d'ici à 2015.

L'expert en éducation, Paul Elucel, du staff technique du MENFP a explicité les choix nationaux pour la mise en oeuvre de l'EPT. Présentant le contexte général d'Haïti et du secteur de l'éducation, M. Elucel a fait une analyse diagnostique du système éducatif sous les aspects suivants : accès et couverture, efficacité interne et pertinence, gouvernance et financement de l'éducation, etc. « Le secteur éducatif est marqué, à tous les niveaux, par un important déséquilibre numérique en faveur du secteur non public », a souligné M. Elucel qui attire l'attention, sur la base du recensement scolaire 2002-2003, sur la situation de quasi-privatisation de l'éducation combinée à des facteurs d'ordre socio-économique.
Des écoles sans licence
« Plus de 75% des écoles fondamentales fonctionnent sans licence : d'où les doutes qui planent sur la qualité du service éducatif offerts aux enfants par ces établissements », a déploré M. Elucel qui n'a pu être en reste au sujet de ce système éducatif marqué par une réforme inachevée. Sombre tableau. Taux net de scolarisation (TNS) : 56,37% au Préscolaire; 76% dans l'enseignement fondamental (1er et 2e cycles), 22% dans l'enseignement fondamental (3e cycle et secondaire). De plus le taux des surâgés, estimé à 38% (préscolaire), 72% (fondamental), 80% dans les classes d'examen (9e, Rhéto, Philo) a été mis en exergue.
Les rendements scolaires jugés faibles sont dus, selon l'expert, aux contenus d'enseignement lacunaires, aux conditions d'apprentissage inappropriés, etc.
Choix stratégiques et coût financier
Compte tenu des insuffisances du système, des choix stratégiques s'imposent en vue de lever, selon l'expert, les contraintes à la réalisation de l'EPT. Il s'agit de développer et d'améliorer sous tous leurs aspects la protection et l'éducation de la petite enfance, notamment les enfants les plus vulnérables et défavorisés. Améliorer de 50% les niveaux d'alphabétisation des adultes d'ici à 2015, promouvoir l'excellence et la probité, etc. « En fonction des hypothèses et cibles retenues, la mise en oeuvre de la SNA-EPT entre 2007 et 2015 coûtera en effet 3,4 milliards de dollars (dont 85% en dépenses courantes et 15% en dépenses d'investissements », a fait remarquer M. Elucel qui précise que les ressources nationales anticipées, provenant des recettes fiscales et para-fiscales sous les hypothèses officielles de croissance du gouvernent, sont estimées à 1,758 milliards de dollars en 2006, ce qui correspond à 51% du coût global de la stratégie.

Philippe Armand, René Max Auguste de l'AMCHAM, préoccupés par les implications des choix stratégiques et sociaux de la nécessité de promouvoir une plus grande équité d'accès à l'éducation formelle et non formelle, ont fait ressortir l'urgence de développer des niveaux d'enseignement subséquents à l'éducation de base. Pointant du doigt les corrupteurs du système susceptibles de biaiser les résultats attendus, ils assurent le MENFP de l'appui de l'AMCHAM pour une amélioration de la qualité de l'éducation. En perspective d'une école haïtienne nouvelle. A tous les niveaux.
Source: Le Nouvelliste