PORT-AU-PRINCE,(AFP) -Des enfants pieds nus jouent au foot dans une rue poussiéreuse, des femmes et leurs bébés couchés sur le pas de maisonnettes: il y a quelque mois il était impossible de voir un tableau pareil à Cité soleil en Haïti.
Ce bidonville de 300.000 habitants planté au coeur de Port-au-Prince a été pendant plus de trois ans sous la coupe de groupes armés qui y faisaient la loi, chassant la police haïtienne et repoussant même les blindés de l'ONU tentant d'y entrer. Cité soleil servait notamment de repaire pour séquestrer des otages, relâchés pour les plus chanceux après le versement d'une rançon.
Depuis six mois cependant le calme est rétabli dans ce quartier.
Duckens, 26 ans, peut circuler sans crainte dans toutes les ruelles du vaste bidonville. "Aujourd'hui, il n'y a plus de frontière entre les quartiers, on peut se déplacer sans restriction", dit-il en souriant.
Malgré ce grand changement que chacun reconnait, la vie n'est pas différente pour les résidents du bidonville. La misère et les maladies règnent et les gens vivent au bord du désespoir.
"Ceux qui maintenaient Cité soleil sous pression ont été soient abattus par les Casques bleus de la Minustah (force de l'ONU) au cours d'affrontements ou appréhendés et remis à la justice", se réjouit timidement Michaelle, une femme de moins de 30 ans, mère de 5 enfants. Elle est enceinte d'un sixième bébé.
"La population ne veut plus de ces groupes armés alors elle avait aidé l'ONU à les débusquer. Je crois que personne ici n'aimerait revivre les journées d'enfer que nous avons connues entre 2004 et 2006", souligne-t-elle.
Mais à Cité soleil, certains regrettent en privé la mort de chefs de gang, vus comme des chefs de quartiers, généreux envers ceux qui savaient retenir leur langue.
Près du port, le décès de Charles Junior, un chef de gang visé par un mandat international pour le meurtre présumé d'un entrepreneur français et de nombreux cas d'enlèvements crapuleux, est ainsi déploré.
"C'était quelqu'un de différent", plaide un homme dans une ruelle.
"Il distribuait de la nourriture aux plus pauvres et payait la scolarité des enfants, il ne nous avait rien fait de mal. C'est dommage qu'il ait été tué", regrette-t-il, approuvé par ses voisins.
Eliphète, 20 ans, élève de seconde, qualifie de faux révolutionnaires ceux qui prétendaient défendre une cause politique tandis qu'ils violaient des femmes et tuaient des innocents. "La révolution pour changer les choses, je suis d'accord mais elle doit être propre", dit-il. Toutefois il comprend la présence de certains jeunes dans les gangs.
"Certains n'avaient pas le choix. Ils voulaient seulement survivre. On nous laisse peu d'espoir ici", dit-il, montrant l'environnement du quartier. "Regardez comment les gens vivent ici, en compagnie d'animaux, dans ces conditions..."
"Il y a de gros changements ici. Aujourd'hui les gens ont retrouvé la quiétude et la sécurité mais pas encore la vie", indique la mère de Michaelle qui vit depuis plus de 30 ans à Cité soleil, dans les mêmes conditions.
"Le plus gros changement c'est quand des emplois seront créés pour sortir les jeunes de la misère et du désespoir", renchérit Michaelle, qui se plaint de ne pas trouver du travail pour s'occuper de ses enfants sans père.
Michaelle gagne une ou deux fois par mois 300 gourdes, l'équivalent de 10 dollars, pour une journée de travail au profit de l'organisation internationale de la migration
Source: AFP