Le nom de Plaine-du-Nord, cette petite commune de 37.000 habitants est surtout connu pour la fête de Saint-Jacques célébrée généralement avec faste le 24 juillet de chaque année. Des dizaines de milliers de visiteurs y viennent des 4 coins du monde pour marquer l'événement de cette fête patronale. Plaine-du-Nord et l'image projetée aux yeux des visiteurs peuvent être perçues d'une autre façon avec ses potentialités et sa décadence amorcée depuis quelque temps.

En partant de la Route Nationale # 1, au Morne Rouge, l'entrée de la ville présente un aspect assez maussade car la route asphaltée que les habitués ont connu jusque vers le milieu des années 90 n'existe plus. Aujourd'hui, le transport public est assuré par des camions ou des camionnettes en bon état de fonctionnement, sinon ces véhicules risquent de s'arrêter en chemin. Les taxis-motos offrent une alternative aux nombreux passagers qui paient le trajet à 10 gourdes en temps normal, tarif qui varie quand il pleut ou s'il se fait tard, seulement pour relier les 4,5 kilomètres qui séparent le centre-ville de la route nationale.

Située à 14 kms de la deuxième ville du pays (le Cap), Plaine-du-Nord offre l'image d'une ville négligée aussi bien par ses fils que par l'Etat. Si au milieu des années 80 des champs libres séparaient cette commune de la ville du Cap, maintenant, c'est différent; les constructions en béton envahissent même les marécages où l'on cultivait le riz autrefois. Autant dire, la ville du Cap et Plaine-du-Nord constituent pratiquement avec le temps une seule entité, un seul espace.
En dépit de la situation socioéconomique difficile à laquelle fait face les Campinordais,nom donné aux habitants de la Plaine-du-Nord , ils gardent toujours leur hospitalité caractéristique et leur sens de l'humour qui font d'un séjour chez eux un véritable délice.
A Plaine-du-Nord, les rues en terre battue sont bordées de maisons, constructions récentes. Très souvent occupées par des épiceries, de petites boutiques ou des banques de borlette. Ces maisons du centre-ville peuvent coûter les yeux de la tête à quelqu'un voulant acquérir un petit espace pour se loger ou tout simplement à louer pour quelques jours. La raison, Plaine-du-Nord est en train de connaitre une expansion désordonnée défiant toutes les normes relatives à l'urbanisation. Sa proximité avec la ville du Cap y est pour quelque chose.

De l'avis du Rév. Pasteur Audieste Etienne, responsable de l'église Tabernacle de la grâce et enseignant, ça ne marche pas bien à Plaine-du-Nord. Il veut pour preuve l'état désastreux de la route, l'absence d'infrastructures de base. Il confie que le système d'adduction d'eau potable vieux d'une vingtaine d'années environ ne sert plus à grand-chose. Surtout que ce système fonctionne à l'électricité qui, depuis quelque temps, n'est pas régulière. Si la majorité des jeunes campinordais vont à l'école à l'extérieur de leur ville natale, ce ne sont pas les établissements scolaires qui manquent réellement, mais plutôt et surtout un encadrement pour la jeunesse qui ne dispose pas de bibliothèque, ni de centre d'animations culturelles.

Pour le pasteur Etienne, un plan de développement de la ville doit nécessairement accorder la priorité à la construction des infrastructures routières, principalement le tronçon de route Plaine-du-Nord /Morne Rouge qui faciliterait l'écoulement des produits de la commune, un des principaux greniers du département.
Il dit y constater un véritable mouvement migratoire. D'une part, certains laissent les sections communales et d'autres zones avoisinantes pour venir s'établir au centre-ville et, d'autre part, des originaires de la Plaine-du-Nord abandonnent leur ville natale pour aller vivre aux Antilles ou en Amérique du Nord, à Port-au-Prince et au Cap. Audieste Etienne fait remarquer qu'une extension anarchique de la ville vers le quartier de Dupérier est entamée par des migrants de tout bord. Toute chose n'est pas réglementée par la mairie et les autorités étatiques.
Notre interlocuteur déclare que la plupart des grandes entreprises établies récemment, surtout en la 1ère section (le long de la route nationale), payent leurs taxes soit directement à Port-au-Prince ou au bureau régional de la Direction Générale des Impôts du Cap-Haïtien. Ces entreprises évoluent dans des secteurs divers : services funéraires, distribution de produits pétroliers, produits alimentaires, usines à glace, etc.
A Plaine-du-Nord , il est quasiment impossible de sillonner les différentes localités sans remarquer une distillerie. Ce qui revient à dire que la production du clairin ou autres produits dérivés de la transformation de la canne à sucre constitue une source d'entrée considérable dans l'économie de la commune.
Quant à Roland Toussaint, expert-comptable enseignant et candidat déclaré à la députation, il déplore le fait que le lycée de la ville ne compte que six professeurs nommés par les autorités de l'Education sur un total de vingt. Une situation, dit-il, qui rend le fonctionnement du lycée très difficile. La majorité des profs ne recevant pas leur salaire, ne se présentent pas régulièrement pour dispenser les cours aux 230 élèves qui fréquentent cet établissement scolaire.
Chaque année, pour la Saint-Jacques, des visiteurs réguliers se souviennent que la mairie a toujours installé des postes de péage à l'entrée de la ville. Cette décision est d'autant louable que les fonds collectés, aussi dérisoires soient-ils, pouvaient servir à l'exécution de projets créateurs d'emplois comme la construction, mètre par mètre, des 4,5 kilomètres reliant la ville à la 1ère section ou tout simplement l'adoquinage des rues de la ville.
Il est bien malheureux que nous n'ayons pas pu avoir un entretien avec le maire de la ville, Valmir Saint-Louis. Il aurait pu profiter de l'espace offert par le journal pour éclaircir certains points d'ombre comme un scandale de vente de terrains qui est en train de défrayer la chronique.
Au moment de notre passage, le R.P. Joseph Claret, curé de la paroisse, était absent. Nous avons appris dans les coulisses que l'église catholique prépare la célébration des 325 ans d'existence de la paroisse. Les activités entourant cette célébration doivent culminer les 20 et 25 juillet prochain, à travers différentes prestations musicales, représentations théâtrales et autres programmes socioculturels.
Les quatre sections communales adjacentes à la Plaine-du-Nord sont frappées de près ou de loin par le déboisement. Aucun service du ministère de l'Environnement n'est représenté dans la communauté. Les paysans se livrent sans crainte à la production de charbon de bois qui n'est pas sans conséquence sur les sources, et par suite, sur le débit de la rivière Gallois qui a considérablement baissé durant ces 20 dernières années. A certaine période de l'année, cette rivière fait figure d'une vulgaire rigole.
La présence du campus de l'Université Notre-Dame d'Haïti (UNDH) sur l'habitation Tozia a créé un nouvel axe de développement à travers des constructions de toutes sortes. Cependant, l'état du tronçon de route donnant accès à cette localité encore boisée, est déplorable.
En matière de santé, la ville dispose de deux centres. L'un, le centre médico-social, dirigé par les religieux de l'Eglise catholique et l'autre, «Jehovah Jireh» de la Mission évangélique du Nord d'Haïti. Dans les zones reculées, les services de santé sont fournis généralement par des charlatans.
En dépit de tous les problèmes auxquels est confrontée Plaine du Nord, des actions ponctuelles pouraient redorer le blason de la ville, voire améliorer significativement la qualité de la vie et, pourquoi pas, la faire retrouver sa prospérité d'antan qui lui a fait mériter à la fin des années soixante-dix le surnom de «Ti Nassau».
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Encadré
Plaine-du-Nord est comme Milot une commune de l'arrondissement de l'Acul du Nord. Elle porte l'empreinte de la révolte des esclaves du Nord, Bois Caïman, dans la nuit du 13 au 14 août 1793. On trouve également à Plaine du Nord la Grotte Saint Jacques, un site naturel où des pèlerins organisent des manifestations vodouesques pouvant s'échelonner sur trois ( 3) semaines chaque année. En dehors de la grande fête annuelle, le bassin Saint-Jacques est l'objet de visites et de cérémonies tous les jeudis.
Les quatre sections de la commune, Morne-Rouge (1re), Basse-Plaine, Grand-Boucan, Bassin Diamant couvre un territoire de 101,9 kilomètres carrés. La commune ne touche à la mer que par l'intermédiaire de la première section. Les habitants de Plaine-du-Nord sont des Campinordais. Le nom de la ville est à distinguer de la vaste plaine qui porte le même nom et s'étendant de la Coupe à Limbé jusqu'à Maribaroux dans le Nord-Est.
Dieudonné Joachim