Fort-Dauphin résiste à l'usure, à l'amnésie d'un peuple qui tarde à valoriser ses richesses.
Fort-Dauphin est le plus captivant des sites historiques de Fort-Liberté. Construit vers 1731 sur ordre de Louis XV, roi de France, ses ruines témoignent encore aujourd'hui du génie esthétique et militaire de ses concepteurs qui ont su trouver l'alchimie parfaite entre beauté, utilité et efficacité.
Outre son charme architectural, il surplombe une magnifique baie au bleu d'azur qui scintille de mille feux sous les rayons du soleil tropical.
A l'instar de Fort Picolet au Cap-Haïtien et de bien d'autres monuments, il n'a pas pu être préservé dans un pays qui entretient des relations pour le moins paradoxale avec son histoire et son patrimoine.
Malgré des travaux de préservation effectués par l'ISPAN au milieu des années 1990, il est maintenant dans un état pour le moins inquiétant. Tous les boulets et canon ont été emportés. Les pierres taillées à Nantes qui ont pavé ses allées ne sont que quelques-unes. Elles ont tout simplement été emportées par des membres de la population n'ayant aucune conscience de la gravité de leur acte.
Le fort, lieu privilégié des sorciers qui l'utilisent pour creuser des trous pour y déposer des « expéditions », est aussi menacé par l'eau de pluie. Selon Judson Michel, journaliste et membres du Comité pour le développement de Fort-Liberté (CADEF), Fort-Dauphin a un potentiel touristique extraordinaire.
L'intégration de la société civile dans sa protection et son exploitation muséographique est une option intéressante, estime-t-il.
« Une ville où eut lieu la première déclaration de l'Indépendance le 29 novembre 1803 peut être une destination touristique. La cathédrale d'époque coloniale, le fort Dauphin et les sept autres de l'embouchure protégeant la baie sont des arguments convaincants », souligne Judson Michel.
La ville de Fort-Liberté est sur les tablettes du ministère du Tourisme. Selon le plan directeur de 1996 dont l'exécution doit s'étendre sur 25 ans, 10 mille chambres d'hôtel devront y être construites. Une ville qui n'a aujourd'hui qu'un seul hôtel occupé par la MINUSTAH.
Située dans le grand Nord qui regorge de sites touristiques devant être reliés entre eux par un maillage routier, Fort-Liberté a une carte à jouer. Et aux dernières nouvelles, le ministre de la Culture et l'architecte du monument discutent avec les responsables de la Royal Caribbean pour que 5 mille parmi les touristes qui se rendent à Labadie puissent visiter d'autres sites se trouvant dans le Nord du pays.
Et à ce niveau, lors de l'inauguration du premier voyage du Freedom Of The Seas à Labadie, le 9 juin 2006, Fort-Liberté en tant que destination touristique a été évoquée par Adam Goldstein de la Royal Caribbean.
Fondée par les Espagnols en 1503, la ville de Fort-Liberté qui a successivement porté les noms de Bayaha, de Puerto Real, de Fort-Dauphin, de Fort-Royal... est un creuset de la mémoire collective haïtienne. Avec ses forts et sa cathédrale, sa baie qui émoustille les sens, elle a les moyens de sortir de l'ornière.