Un siècle s'est écoulé depuis que naissait en cette date du 19 juillet à Quartier Morin - département du Nord - Paul E. Magloire. Si aujourd'hui 19 juillet 2007, le président et général de division des F.A.D.H était encore vivant, je serais certainement chez lui pour, en compagnie des membres de sa famille, parents, alliés et amis fidèles, lui présenter bien respectueusement mes voeux les plus sincères tant en mon nom personnel qu'en celui de mon épouse, de mes enfants et de mes proches parents, je veux faire allusion aux Balmir et Chassagne qui ont entretenu avec lui des relations très intimes tout au long de ses six (6) ans de présidence, et de ses trente (30) ans d'exil à New York (1956-1986).

Tout me porte à croire qu'en ce jour glorieux de ses 100 ans, le président Magloire serait vraiment heureux d'accueillir ceux-là qui, comme autrefois, ne seraient pas venus en son palais, mais en sa résidence de simple citoyen, pour lui dire : «Bonne fête Président, que Dieu vous garde, car vous êtes devenu un monument de chair et de sang.»

En diverses occasions, j'ai eu le bonheur de voir cet homme de près, de l'entendre parler, soit à mon feu père, Me Louis C. Balmir, qui fut commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Jérémie sous sa présidence, soit à mon oncle, feu le colonel Max Chassagne des F.A.D.H. et commandant du département militaire du Nord pendant tout le règne de Magloire qui visitait souvent ce département dont il était originaire. J'ai également serré la main plusieurs fois au général en la demeure de mon oncle Max Chassagne exilé comme lui à New York, et le 31 décembre 1970 au cours d'une belle fête de nuit organisée chez le colonel Chassagne, le président Magloire, fin danseur, ouvrait le bal avec ma soeur, Ghiliane Balmir Timothée. Vraiment il me fit un grand plaisir en esquissant des pas de danse également avec mon épouse Evelyne.

En honorant le centième anniversaire de naissance de cet ancien chef d'Etat, je pense au professeur et brillant intellectuel Daniel Supplice qui, sur les ondes d'une station de radio de la capitale, faisait remarquer que l'année 2007 est très importante dans l'histoire d'Haïti, vu qu'elle devrait en principe rappeler le centenaire de la naissance de deux anciens chefs d'Etat haïtien, le Dr François Duvalier 14 avril 2007, Général Magloire 19 juillet 2007. Il n'est pas dans mes intentions de camper le président Magloire dans mon texte, mais rassurez-vous, le jour viendra où, sans passion ni intérêt, je le ferai comme le Dr Rony Gilot vient de le faire pour le Dr Duvalier.
Cependant, aujourd'hui, il m'est agréable de reproduire, à l'intention de mes lecteurs et lectrices, certaines réflexions qui ont été faites par d'éminentes personnalités qui ne furent pas à ma connaissance des magloiristes, c'est justement ce qui a fait la force et même la haute portée de leurs déclarations.

En outre, ces écrivains, en donnant à César ce qui est à César, n'étaient pas à la recherche des faveurs, vu que César avait perdu son trône depuis longtemps. Laissons maintenant la parole à Bernard Diedrich. En effet, dans son livre : «Papa Doc et les Macoutes», nous relisons à la page 67 «les années de Magloire ont fait figure d'Age d'Or en Haïti, Magloire réussit à se concilier presque tout le monde». A la page 37 de son ouvrage «Témoignages», le colonel Pressoir Pierre des F.A.D'.H. affirme ce qui suit : «Je n'ai pas à en vouloir au président Magloire du fait que sous son gouvernement, j'ai été transféré neuf fois en six ans, j'étais un opposant irréductible à son régime, que j'ai combattu inexorablement, partout où j'ai été, il ne l'ignorait pas».

Un brillant écrivain comme Roger Dorsainvil a écrit dans son ouvrage «Marche Arrière» - Page 122 - Magloire, un homme courtois, un président, un chef capable de tendre la main, après qu'il se soit senti humilié». Dire que Dorsainvil a connu la prison sous Magloire pour délit politique.
Plus près de nous, le Dr René Charles, auteur de «Itinéraire d'un médecin», dans son récit de la cérémonie de collation de diplômes des médecins de sa promotion, le 26 juillet 1965, qui fut rehaussée de la présence du Président de la République et des officiels du gouvernement, des membres du Corps diplomatique, le recteur de l'Université d'Etat d'Haïti, Monsieur Edmond Sylvain, dans son courageux discours, critiqua ouvertement le gouvernement de Magloire (Ref. page 64).

Mon ami, le Dr Simphar Bontemps, grand admirateur de feu le président Dumarsais Estimé, me dit souvent «qu'on ait été magloiriste ou pas du tout, l'on doit admettre en toute objectivité qu'il avait imposé pendant six ans, la paix des rues et la quiétude des familles», et le 19 mai 1986, à l'occasion de la commémoration de la Saint-Yves, le bâtonnier en exercice, Me Ernest Malebranche, s'écriait en présence du C.N.G. assis en première loge au Palais de Justice de Port-au-Prince : «Je ne fus pas magloiriste, mais j'affirme que, sous Magloire, la justice était souveraine, il n'y avait pas de cacique. » Le 18 juillet 2001, jour des funérailles nationales du président Magloire, du haut de la chaire sacrée de l'église Saint Pierre de Pétion-Ville archicomble, le Premier ministre de l'époque, Monsieur Jean-Marie Chérestal, prononça un magnifique discours. Il rendit un public hommage au valeureux officier des F.A.D.'H et au courageux président que fut Paul E. Magloire. Chérestal fut couvert d'applaudissements à l'intérieur du sanctuaire par trois fois, et au terme de son discours, il s'écria d'une voix chargée d'émotion : Adieu mon président.

Le temps a fait son oeuvre, les passions se sont tues et je crois sincèrement que si le président Magloire devrait comparaître aujourd'hui devant le tribunal de l'histoire, le juge le plus sévère le regarderait avec respect et bonté.
Source: Le Nouvelliste