On ne dira jamais assez que les hommes savent créer des événements. C'est dans cette optique, peut-être, que je suis avec beaucoup d'inquiétude et de prudence les activités d'un groupe de Nord-Louisiens (commerçants et intellectuels surtout) qui se préparent par tous les moyens à commémorer en août prochain les « quatre cents (400) ans » de fondation de la Ville de Saint-Louis du Nord. A Port-au-Prince, à l'étranger et à Saint-Louis du Nord, plusieurs associations travaillent à cette fin. En tant que Nord-Louisien (soulignons pour l'histoire que c'est Ernest Bélizaire qui est venu avec le vocable Nord-Louisien pour distinguer les habitants de Saint-Louis du Nord de ceux de Saint Louis du Sud), je suis touché par ces préparatifs.

Tout d'abord, je félicite vivement ces organisateurs de l'intérêt qu'ils portent à ma Ville natale, la leur aussi. Cependant, contrairement aux membres de ces différents comités éparpillés tant en Haïti qu'à l'étranger, des recherches assidues ne m'ont pas permis de croire que cette Ville, Saint-Louis du Nord, est loin d'avoir 400 ans.

Bornée au nord par l'ile de La Tortue, au sud par la chaîne du Haut-Piton, à l'ouest par la Ville de Port-de-paix (fondée en 1662) et à l'est par Anse-à-Foleur, la paroisse de Saint-Louis du Nord fut érigée sous la colonie en 1670. Il faut signaler toutefois qu'à l'époque, la colonie était divisée en Provinces, Paroisses, Quartiers et Cantons. La Ville de Saint-Louis du Nord ( mesurant 2 km de long du cimetière à la Petite Rivière plus connue sous le nom de Ti Rivyè), séparée de 13 miles de l'Ile de La Tortue, est située dans une plaine. C'est une Ville importante dans le pays, mais négligée par l'État haitien. C'est aussi un site balnéaire (Ville baignée à la fois d'eau douce et d'eau salée).Dans cette Ville jadis qualifiée de « Berceau de l'intelligentsia », on touve des lieux historiques et de pèlerinage assez importants tels que La Ville-au-Camp (1ère section Rivière des Nègres), Le Banquier Desfroges (3ème section), les vestiges de la maison du Gouverneur Bertrand d'Ogeron et la source coloniale desservant jusqu'à présent les Habitants du Cap-Rouge (5ème section), Dédée Sapotille etc. Son port, nous dit Gérard Maisonneuve, n'est qu'un bassin formé par des récifs et qui est peu profond. Autrefois, on l'appelait Le Petit Saint Louis. Elle est devenue Grand Saint-Louis. Originairement, jusqu'en 1844, on l'appelait « Le Massacre ».

Dans cette Ville calme et pleine de commodité, la première Église a été construite en 1695 desservie par le Révérend Père Ducasse Colon, un prêtre de l'ordre de Saint-François. On appelait Franciscains ou Capucins les religieux issus de cet ordre. L'Église était mise sous la protection de Saint-Louis Roi de France devenu par la suite Saint-Louis du Nord. En 1709, M. Jeune fit don d'un terrain au centre du bourg pour la construction d'une grande Église. L'actuelle Église fut construite par les Montfortains. Le Révérend Père Bonnenfant installa les trois cloches. Il faut rappeler que les Montfortains furent établis dans la Ville en 1871. Cinq (5) chapelles publiques éparpillées dans les milieux ruraux se rattachent à cette paroisse : Guicher, Glacicourreau, Lapierre, Chamoise et Desgranges. Saint-Louis du Nord est l'un des trois arrondissements du Nord-Ouest et comprend deux communes qui sont Saint-Louis du Nord (chef-lieu) et Anse-à-Foleur. La commune de Saint-Louis du Nord comprend 6 sections rurales : Rivière des Nègres, Desrouvray, Desgranges, Rivières des barres, Bonneau, Lafague ou Chamoise ou Fortin.

Les Religieuses, notamment les Soeurs de la Sagesse, y dirigent depuis 1891 une école primaire de jeunes filles (École Sainte Agnès). Le Noviciat des Filles de la Sagesse établi dans la Ville depuis 1936 a été transféré à Mariani (Carrefour) en 1985. On trouvait également à Saint-Louis du Nord une école congréganiste de garçons fondée, selon Gérard Maisonneuve dans sa rubrique « Cent vingt-cinq années d'une mission très fructueuse ». Fermée, puis réouverte en 1956 sous le nom de Robert François Jean-Marie de Lamennais, fondateur de la congrégation des Frères de l'Instruction Chrétienne, dits de Ploermel 1817, cette école (devenue collège Lamennais peu après le départ de Jean-Claude Duvalier) était valablement dirigée par les F.I.C. remplacés en 1980 par les frères des Écoles Chrétiennes (F.E.C.). Actuellement cette école est devenue un Lycée placé sous le contrôle du Ministère de l'Éducation Nationale et administré par des laics. Ce lycée a été requis et obtenu de l'ancien Premier Ministre René Garcia Préval en 1991 par le Sénateur du Nord-Ouest d'alors , Art Austin. Depuis quelques années, le Père Etienne (actuellement transféré) y a fondé, il y a environ neuf (9) ans, un collège dans l'ancien local de l'école nationale Jean-Jacques Dessalines qui avait vu défiler de brillants Directeurs ou Proviseurs au nombre desquels maitre Jean-Baptiste Petit-Frère (plus connu sous le nom de maitre Jeanba), père des éminents professeurs et chercheurs Roger et Serge, maitre Gérard Dominique et maitre Isnel Abbé. C'est le collège Pierre Rigway très bien vu dans le milieu.

On compte présentement dans la Ville de Saint-Louis du Nord environ une dizaine d'institutions secondaires privées et plus d'une vingtaine d'écoles primaires nationales et privées, un lycée, 3 centres hospitaliers, deux églises catholiques (une à Desgranges :Saint-Bernadin , 3ème section, et la Grande paroisse Saint-Louis Roi de France, au bas du Bourg) et plus d'une quinzaine de sectes protestantes au nombre desquelles Mitspa, Eben-Ezer, Église Baptiste Conservatrice, Église Chrétienne, Citadelle de l'Église du Christ, Adventite du 7ème jour, Église de Dieu, Vie Abondante, Siloé, Témoins de Jéhovah... On y compte également plus d'une dizaine de péristyles dirigés par Bérénice, Osman, Odalbert, Idalbert, Christine, Pierre, Valmond..., 3 terrains de jeux, environ 4 clubs littéraires et artistiques en gestation au nombre desquels CAF, CONAC et Club Cool, cinq Nights club dont Idéal, Le Récif international, Mitho, Coquillage Night Club et Kay Boulou, moins d'une dizaine d'hôtels parmi eux Le Récif Hôtel, Petit-Jeune, Toi et moi, Wesley-inn, Sexty-nine..., cinq plages, cinq rivières (la principale est la rivière des barres), 3 cliniques médicales, 2 marchés publics, une place publique, un commissariat de police, un tribunal de paix, un bureau des contributions, un Hôtel de Ville (ou administration communale), une vice-délégation, une direction du SNEP (service national d'eau potable), un centre d'appels téléphoniques, une dizaine de centres de navigation via internet, 3 stations de radio-diffusion

Je ne suis pas d'avis, comme ces organisateurs, que la ville de Saint-Louis du Nord a été fondée en 1606. Parmi les plus anciennes Villes fondées dans la colonie (aujourd'hui Haïti), on trouve Caracol (1493), Hinche (1502), Mirebalais (1550), Fort-Liberté (1606), Torbeck (1660), Cayes (1660). Dans l'actuel Nord-ouest qui faisait partie de la Province du Nord, on note Port-de-paix (1662), Saint-Louis du Nord (1670), Bombardopolis (1740), Jean-Rabel (1743). Selon des sources combinées, la Ville de Saint-Louis du Nord (132,22 km2 de superficie) a été fondée au cours de la même année que les Villes du Cap-Haitien, de Corail, de l'Anse-à-Veau et de Miragoâne. Saint-Louis du Sud a été fondée un peu plus tard en 1698. Cependant, comme eux, je pense que l'essentiel, c'est d'organiser en août prochain une fête de Saint-Louis dans la paix, dans un esprit d'entente, d'entraide, de retrouvailles et surtout dans la recherche et le renfocement des us et coutumes de notre Saint-Louis du Nord d'autrefois. Dans notre saint-Louis du Nord d'antan, ce qui comptait, ce n'était pas l'argent réalisé dans n'importe quel état, ce n'était pas le papier vert à l'effigie de Washington, mais les grandes valeurs morales et intellectuelles. Malheureusement, avec le phénomène de l'exode rural, la Ville est aujourd'hui ( comme toutes ou presque toutes les Villes d'Haïti) occupée à près de 80% par des gens venus d'autres horizons. De passage dans la Ville, les autochtones, ayant des difficultés à identifier les différentes ninettes rencontrées, sont souvent considérés comme des étrangers.

Tout humain traine derrière lui un cortège d'erreurs. Je ne suis pas une exception. Je peux me tromper comme tous les autres. Voilà pourquoi je serai très reconnaissant envers ces membres organisateurs qui se donnent corps et âme en vue de préparer la commémoration en août prochain des « 400 ans » de fondation de la Ville de Saint-Louis du Nord s'ils veulent bien me prouver que Saint-Louis du Nord est fondée en 1606.


Saint-Louis du Nord a vu naitre de grandes familles authentiques telles que Legros, Levros, Auguste, Bélidor, Mérius, St-Gérard, Bernateau, Dorvil (Maitre Dorvil étant le premier Nord-Louisien diplômé de l'École Normale d'Instituteurs), Chalumeau, Louissaint, Thévenot, Maxi, Louidor, Prophète, Odigé, Caméus, Merzius, Jadotte, Joseph, Chanoine, Pierre, Petit-Frère, Telfort, Athis, Desrameaux, Clerveau, Cadet, Charles, Thélusnord, Lafrance, Barlatier, Moreau, Beaugris, Doroseau, Louis, Mérisier, Damien, Fils, Rouboneau, Pierre-Philippe, Abraham, Prosper, Blanc, Gabriel, Doreste Guillaume, Pierrot, Saintil, Villier, Bastien, Fertil, Exavier, Maxime, Jérôme, Garçon, Dorvilus, Mildor, Toussaint, Pierre-Louis, Thénor, Austin, Greffin, Bouzi, François, Beaubrun, Lacroix, Dadaille, Albert, Gabriel, Caprice, Démosthène, Sévère, Laleau, Escarment, Nord, Richemond, Moise, Théodore, Bien-né, Bien-Aimé, Fils-Aimé, Darius, Pierre-Jean, Maret, Nazaire, Léonce, Jean-Jacques, Dlbériste, Richelieu, Isma, Présendor, Lubin, Présumé, Alcindor, Louima, Sylvestre, Dominique, Timothée, Semelfort, Desravines, Toussaint, Othélot, Eugène, Alexis, Abbé, Guerrier, Pubien, Poux, Moyot, Nicolas, Fénélon, Pierre-Charles, Jean-Baptiste, Jean-Pierre, Gédéon, Pierre-Noel, Clacéma, Accimé, Desmangles, Clersaint, Dieuveuille, Beaubien, Guillet, Estimé, Leclerc, Fleurissant, Clément, Nelfort, Dorange, Rosier etc.

En plus des familles citées plus haut, il y en a d'autres qui ne sont pas des familles locales. Elles ont été adoptées ou implantées dans la Ville de saint-Louis du Nord soit par le mariage soit par pures activités commerciales ou autres. A titre d'exemples, on peut citer : Alézi, Coutard, Élysée, Célestin, Calim, Lauriston, Chèrenfant, Manigat, Bélizaire, Rémy-Joseph, Béliard, Piquion, William, Latour, Monestime, Daniel, Altémé, Agénor, Valbrun, Souffrant etc., Il y en a d'autres qui y en ont fait un bref passage. C'est le cas de l'ancien Président haitien Elie Lescot et du grand poète Charles Alexis Oswald Durand qui y a exercé son métier de ferblantier et rencontré son amante Idalina.
Références documentaires : 1-Gérard Maisonneuve, Le Nouvelliste, #35279, mercredi 4 septembre 1996,p. 12 2-Joseph Wainwright, Haïti Agenda Information 2002,pp.60-61-62-63-64 3-Edner Brutus, Révolution dans Saint-Domingue, tome I 4-Maurice Célestin, A l'attention de Pierre Josué Agénor CADET, texte publié sur Haitianpolitics 5- Art Austin, Billet à Maurice Célestin, HP 6-Widz Doreste, Re-A l'attention de Pierre Josué Agénor CADET