Depuis 1507, elle ne cesse d'attirer les regards, de susciter des réflexions, des hypothèses, de faire accourir des foules, subjuguer des personnalités célèbres: Mona Lisa, La Joconde. Placée au Louvre sous la recommandation de Bonaparte, elle disparaît en 1911 défrayant la chronique. Le public amoureux de sa Joconde, se mobilise, aide la police, suggère des pistes aux autorités, fait des hypothèses. Un vrai scandale dépassant les frontières de la France, qui plonge le Louvre dans une si grande honte qu'il ferme ses portes.
Le poète Apollinaire et le peintre Picasso soupçonnés d'avoir volé le tableau sont emprisonnés pendant 6 jours. L'écrivain italien, Gabriele d'Annunzio revendique le vol pour se faire de la publicité. La Société des amis du Louvre promet vingt mille francs, un anonyme en offre le double, la revue L'Illustration, elle, en propose cinquante mille à quiconque retrouverait la Joconde.
Il faudra deux ans pour la retrouver et découvrir le voleur, Vincenzo Peruggia, un italien qui a mis sous verre les oeuvres les plus importantes du Louvre. Il garde le tableau chez lui à Paris pendant deux ans. C'est à son retour en Italie qu'il tente de le vendre à un antiquaire de Florence. Celui-ci le dénonce. Il est arrêté et incarcéré durant 7 mois. Toute une cérémonie s'organise pour restituer la Joconde à la France. Elle franchit la frontière saluée par le roi et ovationnée par de nombreux admirateurs.
Hypothèses sur le modèle
Peint pendant 4 ans sur panneau de bois de peuplier par Léonard de Vinci, et vendu par le peintre au roi de France, François 1er pour 4000 écus d'or, le tableau soulève encore des interrogations sur le modèle. Certains historiens et critiques affirment qu'il s'agit de Lisa Gherardini, née pauvre, épouse d'un homme riche, Francesco di Bartolomeo del Giocondo plus âgé de vingt ans qu'elle. Il a demandé à de Vinci qu'il a connu probablement en 1501 de réaliser le portrait de sa femme. Mais puisque aucune trace de la commande, ni du paiement n'est retrouvée (de Vinci aimait tout noter), cette thèse est mise à l'épreuve. Ainsi est née l'hypothèse de l'autoportrait. Léonard de Vinci se serait travesti lui-même. Une autre conjecture se base sur la ressemblance entre le visage de la Joconde et celui de Catherine Sforza, princesse de Forli dans un portrait de Lorenzo di Credi.

Des chercheurs canadiens ont récemment analysé l'oeuvre grâce à une technique sophistiquée de balayage au laser. Ils ont découvert que la Joconde est recouverte d'un voile de gaz fin et transparent que portaient les femmes enceintes ou les femmes qui venaient d'accoucher. Le vernis empêchait de voir ce détail révélateur. Le sourire de la Joconde serait celui d'une femme enceinte.
Le fameux sourire
Ce sourire ne cesse d'interpeller spécialistes, amateurs, visiteurs. Les interprétations sont multiples et renforcent le mythe. Certains trouvent le sourire froid, inquiétant, ambigu. D'autres, serein, calme, mystérieux, rêveur…
Selon le peintre Vasari, Léonard de Vinci l'aurait suggéré au modèle en lui faisant écouter de la musique ou la lecture de belles oeuvres littéraires. La chercheuse Gabriele Borile rejette cette hypothèse et croit que «le sourire est le reflet d'un instant privilégié, d'un état d'âme fugace, que la sensibilité de l'artiste déjà mûr à l'époque a pu miraculeusement percevoir»
Mais il n'y a pas que le sourire, le regard, aussi est évocateur. Ils se rejoignent dans l'expression la plus harmonieuse pour capter toute l'attention. La Joconde semble entrevoir quelque chose de lointain, mais qui est en résonance avec ce qui se passe en soi. C'est cette résonance qui aurait créé le mystère du sourire.
Selon le critique d'art Bruno Mathon « La Joconde regarde quelque chose en vous, mais qui est derrière vous, dans votre passé. Elle regarde l'enfant que vous avez été comme une mère regarde son enfant » Pour plusieurs critiques, tout le mystère se trouve dans l'expression multiple de son visage. En décembre 2005, une étude, réalisée à partir d'un logiciel de reconnaissance des émotions du visage par le magazine britanique, The new scientist, a révélé que la Joconde est a 83 % heureuse, 9 % écoeurée, 6 % craintive, 2 % en colère.

La Joconde est l'aboutissement des recherches de de Vinci et l'appli-c ation la plus réussie de sa conception de la peinture. « Le bon peintre a essentiellement deux choses à représenter : le personnage et l'état de son esprit », écrivait-il. En effet dans cette oeuvre, il a peint le personnage et un état d'âme, grâce aux effets subtils de la lumière sur son corps et la douce clarté du paysage, résultat de la maîtrise parfaite de la technique « sfumato » qui est un subtil mélange d'obcurité et de clarté, et un traitement raffiné de la chair.
De l'admiration à la banalisation
Dès le XVIe siècle, la Joconde a eu une grande influence sur de nombreux peintres occidentaux. Ils en ont fait des copies, des imitations, et ont adopté sa technique.
Au XIX e siècle, les romantiques lui vouaient un vrai culte, décelant dans son expression la quête du romantisme. Les deux voyages en 1963 aux Etats-Unis et en 1974 au Japon ont accru sa popularité. Des foules immenses sont allées l'accueillir comme une superstar, et des centaines de milliers d'Américains et de Japonais lui ont rendu visite dans une sorte de vénération.
Des vedettes comme Mistinguett, Fernandel ont eu leur reproduction sous forme de Joconde. Staline et Hitler les avaient déjà devancés. La Joconde ne se contente pas de la peinture, elle fait irruption aussi dans la chanson et la littérature. Gainsbourg, Barbara, Patachou l'ont chantée, Jean Margat, Hergé Le Tellier ont fait d'elle un personnage de roman.
Mais la Joconde a connu la dérision aussi. Les surréalistes détestant les objets de culte et « L'art établi » l'ont travestie. Les peintres Salvador Dali et Marcel Duchamp lui ont mis une moustache sous le titre « L.H.O.O.Q ». Elle a connu d'autres mésenventures : Pipe à la bouche, déguisement en ange de la mort, en chien, en sirène.