Par Natacha Clergé
Discuter des outils de sensibilisation sur les violences spécifiques faites aux femmes, en vue des les harmoniser et même de les perfectionner sont les motivations qui ont guidé les représentantes de plus d'une dizaine d'organisations féministes au local de Médecins du monde à Bois-Verna le week-end écoulé.
Pendant plus de quatre heures, les participants et participantes à cette journée d'échanges - organisée à l'initiative de la Concertation nationale contre la violence faite aux femmes - ont discuté des outils de sensibilisation et de la violence faite aux femmes globalement, une question d'intérêt général, car, selon Carine Thibaut, représentante de Médecins du monde France, plus de 69,2 % de femmes dans le pays sont victimes de violences et 41 % de ces violences sont sexuelles.

Les matériaux de sensibilisation soumis à l'appréciation des participants et participantes, s'ils ne sont pas diversifiés - documentaires ou valises pédagogiques ou encore spots, dans la majorité des cas - ont toutefois chacune sa spécificité : Le documentaire de l'organisation de défense des droits des femmes Enfofanm, « Ki sa lalwa di » (le mot du droit), apporte des réponses aux femmes sur les situations concrètes de leur vie. Par exemple, une femme dont l'enfant, à cinq ans (l'âge de fréquenter l'école), n'a pas encore son acte de naissance ; une femme, victime de viol, traumatisée et vivant dans l'angoisse d'avoir attrapé une infection sexuellement transmissible et/ou d'être tombée enceinte…

Alors que la valise pédagogique, « Lè fanm yo al chache lavi » (en quête d'une vie meilleure), élaborée par le Groupe d'appui aux réfugiés et rapatriés (Garr), veut faire revivre le chemin des femmes migrant dans des conditions illégales vers la République dominicaine, une route ponctuée de violences, de viols et dont la mort est souvent l'aboutissement. Enfin, le documentaire du ministère à la Conditions féminine et aux Droits des femmes, « Respekte kò m se diyite m » qui se plaît à démontrer que les stéréotypes sexistes sont la base de l'exclusion des femmes de la sphère politique et du marché du travail, de leur instrumentalisation dans le monde du spectacle et des multiples violences dont elles sont la cible.

Si l'idée était de réunir des organisations en vue de partager les expériences dans le domaine de la lutte contre les violences faites aux femmes et aussi en vue de mettre à l'épreuve les matériaux de sensibilisation élaborés afin de les perfectionner, les critiques sur ces matériaux semblaient mal venues et étaient même considérées comme un manque de respect pour le travail des organisations productrices de ces outils, voire une volonté de détruire ces productions.

« Cette journée a été intéressante. Elle m'a permis de découvrir des instruments de sensibilisation que j'ignorais jusque-là. Et c'était important de voir, depuis que la violence faite aux femmes est devenue une question d'intérêt général, le nombre de documents qui existent sur la question. C'est un point positif. Cependant je déplore que toutes critiques par rapport à ce document aient offusqué certaines personnes. Il faut souligner cependant que lorsqu'une personne ou une instance publie un document, il ne lui appartient plus, autrement dit, ce document est soumis à l'appréciation du public. Et il est important d'être attentif aux commentaires et critiques du public et d'établir leur bien-fondé. C'est important car il y va de l'intérêt des 52 % de la population, en l'occurrence les femmes », avance Rachelle Louissaint, membre du Collectif des féministes universitaires, une organisation participant à la journée d'échanges sur les outils de sensibilisation sur les violences faites aux femmes.


Source: Le Matin