Mobilisation contre le fléau des faux médicaments
L'OMS lance Impact, une équipe internationale contre la fraude.
CHAQUE année, le marché des médicaments contrefaits représente 30 milliards de dollars, provenant essentiellement de Chine et d'Inde. C'est environ 6 à 10 % du marché mondial du médicament. Un véritable fléau contre lequel a décidé de lutter activement l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Un colloque se tient sur deux jours à Bonn, en Allemagne, pour le lancement de l'Impact, un groupe de travail sur la lutte anticontrefaçon, qui fait intervenir des policiers, des douaniers, des laboratoires pharmaceutiques, des pharmaciens et des représentants de pays du Sud et du Nord. Le but étant de constituer une organisation suffisamment forte et organisée pour contrer les moyens de plus en plus sophistiqués de la fraude.


Près de 70 % des médicaments contrefaits sont destinés aux pays en développement. Dans le meilleur des cas, ces molécules sont inactives (sucre, farine...). Dans le pire, elles tuent. L'OMS a dénombré 2 500 morts au Niger en 1995 après injection de faux vaccins contre la méningite. La même année 89 enfants sont morts en Haïti après avoir ingurgité du sirop contre la toux contenant de l'antigel. En 1999, au moins 30 personnes seraient mortes en avalant un traitement obsolète contre la malaria. La liste pourrait s'allonger indéfiniment tant le problème de la contrefaçon est répandu. Le secrétaire général de l'Organisation mondiale des douanes (OMD) n'hésite pas à parler de véritable « crime contre l'humanité ». Et cela ne devrait pas cesser.
75 milliards en 2010

Le cabinet spécialisé américain Centre for Medecines in the Public Interest estime ainsi qu'en 2010 le marché de la contrefaçon atteindra plus de 75 milliards de dollars. Pour le moment, les pays du Nord, sont encore assez peu touchés. Mais, il faut rester vigilants. Les douanes européennes sont en alerte mais c'est le combat de David contre Goliath. « À *Roissy, il passe 29 millions de colis par an. Les douaniers ne sont que 18 », explique, dépité, Christophe Zimmermann, en charge de la lutte anticontrefaçon à l'OMD. « Et, les techniques de production, d'emballage et de transports de médicament frauduleux sont de plus en plus sophistiquées », ajoute-t-il. À telle enseigne que les laboratoires pharmaceutiques sont parfois incapables de distinguer le vrai du faux sans analyse chimique des produits retenus. Un cauchemar pour tous les acteurs de la filière. Sauf pour les contrefacteurs qui font fortune avec certains médicaments. Notamment avec le Viagra, qui est le médicament le plus illicitement copié au monde. À 10 dollars la pilule bleue, c'est tout de suite le jackpot.


Près d'un million de médicaments contrefaits ont été saisis aux frontières européennes l'an dernier. « C'est devenu la priorité des priorités pour nous », lance ainsi Christophe Zimmermann.