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En Haïti, on meurt en moyenne à 53 ans...

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Published by TiCam- 08-01-07
news En Haïti, on meurt en moyenne à 53 ans...

Jérémie. Dans un coin de la pièce, deux bouteilles d'oxygène en acier laissent voir de larges zébrures de rouille. Au mur, une prise de courant mal encastrée sent son bricolage. Le sol est carrelé de frais, les faïences des paillasses sont neuves. Mais avec sa table obsolète et mal éclairée, la salle d'opérations crie son indigence. Nous sommes à l'hôpital Saint-Antoine de Jérémie, dans le SudOuest d'Haïti. Le seul hôpital pour les 500 000 habitants de la région de Grand'Anse, par ailleurs dépourvue de toute clinique et de tout cabinet médical privés.
Le directeur de l'hôpital « limite les dégâts »
Ici, comme partout dans le pays, il faut payer pour recevoir des soins, 200 gourdes, par exemple, pour un accouchement. Alors, la population évite au maximum de fréquenter l'établissement, préférant avoir recours aux remèdes des « médecins feuilles » - les guérisseurs locaux - quand elle ne se laisse pas mourir à la maison pour éviter des frais. De toute façon, avec seulement dix médecins - dont six Cubains - l'hôpital Saint-Antoine est en surchauffe permanente. « Je limite un peu les dégâts. Au lieu d'avoir 100 % de décès, j'essaie de n'en avoir que 99 % », explique, avec un pauvre sourire, le docteur Jean-Marie Raphaël, qui dirige l'établissement.
En Haïti, l'espérance de vie est de 53 ans. La mortalité des enfants (infections respiratoires aiguës, diarrhées) et des mamans (infections à l'accouchement, septicémies) figure parmi les plus élevées de la planète. Seulement voilà, comme le dit le Dr Raphaël, l'hôpital Saint-Antoine « manque de tout ». De lits de médicaments, de matériel, de praticiens, surtout, car la faculté de Port-au-Prince ne produit qu'une centaine de diplômés par an qui, tous, restent dans la capitale quand ils ne vont pas travailler aux États-Unis ou au Canada.
Un service de gynécologieobstétrique, un autre de pédiatrie. Et puis la chirurgie et la médecine interne pour le tout-venant : c'est tout ce que peut proposer l'hôpital Saint-Antoine, mis à mal par un cyclone il y a quelques mois et que Médecins du monde aide à reconstruire. Le pire hôpital d'Haïti ? Au contraire, L'un des meilleurs. «Ailleurs, la pénurie est telle que les directeurs démissionnent au bout de deux ans. Moi, cela fait dix ans que je suis là », dit le Dr Raphaël, endocrinologue diplômé de la faculté de Médecine de Paris et qui a choisi de travailler au pays, malgré un salaire qui « ne (lui) permet pas de s'acheter une voiture neuve ».
Trois heures de marche
À une vingtaine de kilomètres de là (deux heures de camion par la piste), au dispensaire de Carrefour-Charles, c'est l'heure du cours d'éducation à la santé comme chaque matin avant les consultations. Beaucoup d'enfants, de bébés avec leurs mamans. Mais pas de médecin, seulement deux infirmières et une assistante. Pourtant, nombre de pathologies mériteraient l'examen d'un spécialiste. Ainsi, ce petit garçon de 2 ans prénommé « Dieu le Peut » souffre de la bouche. Sa mère montre des dents gâtées, noirâtres. Une fillette offre un crâne dévasté par la pelade : teigne, gale ?
Tous se sont levés tôt pour venir ici, certains ont marché trois, quatre heures. Grâce au programme lancé il y a un an par Médecins du monde, les soins sont presque gratuits : un forfait de 25 gourdes (0,50 euro) pour la consultation et les médicaments. Mères et enfants ne paient rien. Venu accompagner une amie et son bébé, ce jeune homme explique qu'il existe bien un autre dispensaire près de chez lui. L'an dernier, pris de fièvres violentes, il s'y est fait soigner. Mais n'a jamais pu s'offrir le traitement qu'on lui avait prescrit. Il y en avait pour 250 gourdes (cinq euros). Inabordable.
Victime de son succès, le dispensaire de Médecins du monde doit refuser des patients. «On est débordés, on ne peut accepter que 40 personnes par jour. Parfois, on en renvoie jusqu'à 80 et on leur donne des tickets pour les jours suivants», regrette Marie-Jeanne Félix, l'infirmière responsable. Certains viennent ainsi deux ou trois jours de suite. D'autres abandonnent, épuisés par les longues marches du matin.
Les maladies, mais aussi la faim
Ce matin, Josué a marché trois heures pour venir au dispensaire de Carrefour-Charles. Le ventre vide. Comme beaucoup d'Haïtiens, le jeune homme souffre régulièrement de la faim. Âgé de 24 ans, il est ébéniste. Mais il n'a pas engrangé une seule commande depuis six mois. Avec sept de ses frères et soeurs, il vit chez ses parents qui ont eu quatorze enfants. Le père est cultivateur. Il fait vendre au marché les produits de sa petite exploitation: bananes, ignames, poulets et épis de maïs. La famille se nourrit essentiellement de bouillies de manioc ou de maïs. La viande est rare, le riz plutôt servi le dimanche. Josué le dit: « On n'a pas assez à manger. »
Selon une étude de l'Organisation mondiale de la santé, 30 % de la population haïtienne n'est pas alimentée correctement. C'est surtout vrai pour les enfants. « Chez eux, la malnutrition est la première cause de maladie », dit le Dr Jean-Philippe Dauphin, médecin dans un quartier pauvre de Port-au-Prince. Malgré les timides succès enregistrés sous la présidence de René Préval, notamment en matière de sécurité, la vie reste toujours aussi difficile en Haïti, ravagée par le chômage et où 80 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour.
Ce pays manque de tout : de routes, d'écoles, d'hôpitaux, de terres à cultiver... Dans la capitale, seulement 40 % de la population a accès à l'eau. Quant à l'électricité, pour ceux qui ont la chance d'être raccordés, elle n'est fournie que quelques heures par jour, en général quand tout le monde dort. Pas de réseau d'assainissement, mais de profonds caniveaux qui drainent les ordures jusqu'aux bidonvilles de Martissant ou de Cité Soleil, adossés à la mer.
Une absence quasi totale de services publics
Quand on quitte Port-au-Prince, le spectacle n'est pas plus encourageant. Une absence quasi totale de services publics. Et une misère généralisée. Dans les« mornes », comme on désigne les collines de l'arrière-pays, on vit dans de petites cases aux toits de vétiver ou de tôle ondulée. Les femmes cuisinent dehors sur des braseros de charbon de bois. Et le matin, avant de partir à l'école dans leur joli uniforme, ce sont les petites filles qui vont chercher l'eau et marchent parfois des kilomètres.
La terre est fertile dans l'ancienne Hispaniola, connue jadis pour la luxuriance de sa végétation. Mais, en trente ans, les surfaces cultivables ont diminué de moitié. Et les petits paysans ont peine à faire vivre leurs familles, en général nombreuses. Les forêts ont été surexploitées, notamment pour produire du charbon de bois. Cela a aggravé l'érosion des sols et la disparition de l'eau douce.
Dans ce pays où l'on est riche avec un billet de mille gourdes (vingt euros), il faut payer pour s'instruire. Les écoles publiques ne sont pas chères, mais les places manquent et bien des parents sont contraints de se tourner vers l'offre privée, surabondante. Edwige est cuisinière à Jérémie. Elle a donné 3 000 gourdes (60 ?) au début de l'année pour inscrire ses deux filles. Et doit en verser 1000 de plus chaque mois (20 ?) pour la scolarité. Elle espère assurer l'avenir des enfants? Mais que de sacrifices!
Source : Ouest-France
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