Se baigner sainement, sans risque de contracter des maladies. Voilà un minimum que certaines plages situées sur la côte sud de Port-au-Prince ne peuvent assurer. L'insalubrité du milieu, les flux de détritus qui arrivent sur le littoral, les déchets plastiques et les résidus solides qui polluent l'espace marin, mettent en péril une bonne partie des 1770 kilomètres de côtes d'Haïti.
En quête d'évasion et de plaisir durant la période estivale des centaines de personnes empruntent la nationale numéro 2 pour s'offrir quelques heures agréables au bord de la mer, profitant des moments de vacance ou d'un congé de travail. Pourtant les conditions hygiéniques sont loin d'être réunies. Sur la plage « Valou Beach » (Gressier), l'attention est tout de suite frappée par des carcasses de véhicule abandonnées sur la cour, des herbes sauvages occupant un espace non négligeable, des alluvions au bord de la mer, des nappes d'eau stagnante sur le sol.

Le spectacle est encore plus navrant dans la mer. Sans avoir besoin d'une loupe, on peut constater que l'eau est souillée, maculée. L'espace réservé à la baignade semble loin d'être aussi limpide et azuré que le reste de la mer. Constat aussi triste à la plage « Soleil antillais » où, en certains endroits, l'eau abrite déjà des dépôts de limons. D'aucuns se demandent si des opérations de nettoyage sont régulièrement effectuées dans ces plages.
En dépit de ce désagréable constat, un nombre croissant de personnes fréquentent ces plages malsaines, laissant leur santé au « Bondyebon ». Avec entrain, ils discutent entre eux, se divertissent, jouent au football et dansent allégrement sans songer qu'ils sont exposés à un large éventail de maladies liées à la pollution des eaux marines.
« Moi je suis venu pour m'amuser et je m'en fous de maladies » déclare une jeune femme dans la vingtaine. Une dame apparemment dans la cinquantaine, perdue au milieu des adolescents, lâche : « c'est le bain de jeunesse qui m'intéresse le plus ».
Au cours de la célébration de la journée de l'environnement en avril dernier, des spécialistes en la matière avaient sollicité des autorités que soient déclarées impropres à l'usage » certaines plages du pays. Mais les mesures tardent à venir.
Le bois pour la survie
Au moment où des gens se baignent dans une mer crasseuse, des petites embarcations transportant des cargaisons de charbon de bois ont fait leur apparition sur la plage. Chacun des quatre bateaux est rempli de sacs de charbon de bois. Cette image fait penser que le déboisement à outrance, ayant un impact direct sur la dégradation de l'environnement, se poursuit dans certaines zones du pays.
Interrogé, un visiteur informe que « ces activités se déroulent quotidiennement dans la région ». Selon l'avis de plus d'un, les bateaux arrivent de l'Ile de la Gonâve.
Des mesures pour diminuer le taux d'utilisation du charbon de bois avaient été envisagées au niveau du gouvernement haïtien en vue de préserver ce qui reste de la couverture végétale du pays. L'annonce a été faite par l'ingénieur Jean-Marie Claude Germain, ministre de l'environnement, en marge d'une intervention à la deuxième conférence internationale sur les relations haitiano-dominicaines en mai dernier.
Le ministre avait reconnu qu'à Port-au-Prince, la consommation du charbon de bois se situe entre 60 et 70 pour cent de la production totale dans tout le pays.
« Nous sommes en train de préparer des alternatives au charbon de bois à partir desquelles des mesures d'interdiction du commerce de charbon de bois à Port-au-Prince seront prises », avait soutenu le ministre. Les résultats concrets tardent à venir. Le 8 août dernier, Le titulaire de l'environnement avait lancé un projet de couloir biologique, entre Haïti, la République Dominicaine et Cuba. Ce projet prévoit entre autres, un reboisement massif de certains endroits considérés prioritaires pour les États.

D'un autre côté, le décret cadre sur l'environnement, élaboré sous le gouvernement de transition prévoit la création d'une série d'institutions nouvelles, vouées à la gestion de l'environnement, comme la Caisse nationale de résidus, dont la mission sera de promouvoir la réduction, la réutilisation et le recyclage des déchets à l'échelle nationale, le Système national des aires protégées (Snap), qui a pour objectif de conserver la diversité biologique, de contribuer à l'éducation, d'encourager la recherche scientifique, d'assurer la meilleure gestion des ressources biogénétiques et de faciliter l'accès des citoyens à ces ressources.
L'Office national des forêts et des aires protégées (Onfap) quant à lui, est un organisme autonome chargé de gérer et de coordonner le Système national des aires protégées, d'élaborer ou d'approuver des plans d'aménagement pour celles-ci et d'intégrer les populations ou les collectivités territoriales dans leur gestion.
Source: Le Matin