Par Jean-Marie Romain
Réponse au Dr Michael Worobey et à son équipe de chercheurs
Au début de ce mois de novembre 2007, nous avons appris, grâce aux émissions de nouvelles de certaines stations de radio à Port au-Prince, qu'un chercheur américain, le Dr Michael Worobey, spécialiste en biologie de l'évolution à l'Université d'Arizona, a eu à déclarer, que selon les résultats de recherches qu'il aurait entreprises, le sida a été introduit aux États-Unis par un Haïtien célibataire porteur du virus.
Au journal « Le Nouvelliste » du lundi 5 novembre 2007, le Dr Philippe Desmangles, spécialiste dans la recherche de l'origine des maladies virales, a publié textuellement deux articles parus sur le net dans la rubrique « Santé » du site « Yahoo » sur les résultats des études du Dr Michael Worobey et d'autres chercheurs, ce qui permettra à tout un chacun de savoir ce qu'il en est.
D'après ces deux articles parus sur le net, et selon le Dr Worobey, si on veut connaître l'origine et l'histoire du sida, si on veut retracer le fil des événements, on pourrait dire que :

Le virus a d'abord existé chez des chimpanzés contaminés. Des chasseurs ont eu à consommer de la viande de chimpanzés contaminés dans les années 1930 dans le centre de l'Afrique et ont été contaminés à leur tour. Le virus a alors évolué chez l'homme (et il est donc devenu pathogène). Le virus aurait été introduit en Haïti en 1966 par des Haïtiens contaminés en provenance d'Afrique centrale. De nombreux Haïtiens ont travaillé en République démocratique du Congo après son indépendance d'avec la Belgique en 1960, l'un des pays où la maladie était implantée depuis les années 1930. Vers 1969, un immigré haïtien célibataire porteur du virus a introduit ce virus à son tour aux États-Unis. Grâce à la comparaison des analyses génétiques d'échantillons de sang de malades du sida qui ont émigré d'Haïti, avec des séquences génétiques de malades du sida d'autres pays, les chercheurs internationaux ont conclu alors qu'avec une probabilité de plus de 99 %, le virus est venu d'Afrique aux États-Unis via Haïti. L'Haïtien célibataire, porteur du virus, est sans doute arrivé dans une grande ville comme Miami et New York vers 1969. Dès 1979, le Dr Arthur Pitchenik, co-auteur de l'étude, dit avoir vu à Miami des immigrés haïtiens atteints alors du sida. La maladie a été reconnue pour la première fois en 1981 aux États-Unis par le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Les premiers cas de sida ont été rapportés dans la communauté homosexuelle en 1981 à Los Angeles. Au début du déclenchement de l'épidémie américaine, le taux d'infection parmi les Haïtiens vivant aux ÉtatsUnis était 27 fois supérieur au reste de la population. Il a fallu des années avant que l'épidémie ne passe au stade pandémique aux ÉtatsUnis et à l'étranger (entre 1969 et 1981). Haïti a été le tremplin de l'épidémie de sida aux USA et dans le reste du monde. Le sida a fait plus de 25 millions de morts à travers le monde, où on recense quelque 40 millions de séropositifs, surtout en Afrique, et près de 5 millions de personnes meurent chaque année du sida.

Ce qu'on peut dire de cette étude du Dr Worobey et de son équipe, c'est qu'elle est incomplète et sans fondement, et que les résultats sont erronés.

Ils avancent que les premiers cas de contamination chez l'homme par le virus du sida sont dus à la consommation de viande de chimpanzés infectés par le virus. À ce sujet, Helen Epstein qui a mené ses propres études, nous dira « que la viande de chimpanzé était consommée en Afrique depuis au moins cinquante mille ans ». Il n'y a jamais eu aucun cas de sida pendant tout ce laps de temps. Philippe Chambon nous dira lui « que les pygmées, grands chasseurs de chimpanzés, n'étaient pas contaminés par le virus du sida lorsque l'épidémie a commencé ». L'épidémie a en fait commencé, comme l'a dit le Dr Worobey, en 1981, ou tout au moins au début de l'année 1980. Philippe Chambon continue ainsi : « les pygmées qui sont aujourd'hui contaminés l'ont été récemment ». Et Helen Epstein, comme pour corroborer les décla-r ations de Philippe, nous fera savoir « que les rares individus qui étaient séropositifs parmi ces pygmées fréquentaient régulièrement les grandes agglomérations et ont probablement été contaminés par voie sexuelle ».

Le Dr Worobey a déclaré « que grâce à la comparaison des analyses génétiques d'échantillons de sang de malades du sida qui ont émigré d'Haïti, avec des séquences génétiques de malades du sida d'autres pays, les chercheurs internationaux ont conclu qu'avec une probabilité de plus de 99 %, le virus est venu d'Afrique aux États-Unis via Haïti ». On peut se demander alors pourquoi le Dr Worobey a sélectionné uniquement et délibérément du sang d'Haïtiens malades pour effectuer ses comparaisons, alors qu'il y avait également des Américains et des gens de toute nationalité à souffrir du même mal aux États-Unis. On peut voir qu'il est parti d'une idée préconçue.
À suivre...
Source : Le Matin