Par Helen Branswell
Un quart de siècle après que l'explosion du sida eut ravagé la communauté homosexuelle masculine en Amérique du Nord, les autorités sanitaires d'un certain nombre de pays développés sont témoins d'une troublante tendance.
Le taux d'infection chez les hommes gais est en hausse, une donnée qui renverse plusieurs années de recul dans cette communauté.
À l'approche de la Journée mondiale du sida, plusieurs gros noms du secteur de la santé publique ont soulevé la question politiquement sensible dans un texte qui sera publié mercredi dans le Journal of the American Medical Association, qui se demande pourquoi le taux d'infection grimpe chez ces individus et ce qui peut être fait pour renverser cette tendance.
«La tragédie de l'épidémie de la génération précédente chez les hommes homosexuels ne doit pas se répéter», font-ils valoir.
Les auteurs sont le docteur Harold Jaffe, directeur du département de la santé publique de l'université Oxford, le docteur Kevin de Cock, patron du VIH-sida à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le docteur Ronald Valdiserri, consultant principal du groupe de soins de santé stratégique en santé publique du département américain des Anciens combattants.
Leur commentaire ne s'intéresse qu'à la tendance observée dans les pays occidentaux, où les hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes ont toujours représenté la majorité des gens touchés par le virus du VIH ou le sida.
Ils notent une hausse de 13 pour cent chez les hommes homosexuels américains qui vivent avec le VIH ou le sida entre 2001 et 2005. Les cas de syphilis sont 10 fois plus nombreux au sein de la même population pendant la même période, ce qui, selon les auteurs du texte, est une nouvelle preuve d'une hausse de la fréquence des relations sexuelles non protégées.
Le taux d'infection au virus du VIH ou du sida chez les hommes homosexuels au Canada est aussi en hausse.
Selon David Boulos, un épidémiologiste principal de l'Agence de la santé publique du Canada, les hommes homosexuels ne représentaient que 37 pour cent des nouvelles infections au VIH au Canada en 1996. Mais depuis ce creux historique, le taux a grimpé pour atteindre environ 45 pour cent en 2005.
M. Jaffe et ses coauteurs croient que ce revirement de tendance est en partie le fruit d'une certaine complaisance.
«Nous avons l'impression qu'il existe en ce moment une attitude complaisante vis-à-vis de l'épidémie en général, et particulièrement chez les hommes gais. Il semble simplement qu'on accepte que, oui, l'épidémie se poursuit», a-t-il indiqué depuis Oxford.
Les auteurs ont de plus relevé le fait que les percées thérapeutiques contre le VIH et le sida ont amoindri la panique qui a frappé la communauté gaie aux premiers jours de l'épidémie.
La Presse Canadienne