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Reporters Sans Frontières: La presse persécutée dans le monde

- Madagascar :
Proclamation de l'état de "nécessité nationale" et attaques contre les radios privées : la liberté de la presse est menacée
Communiqué de presse le 26 février. RSF s'est inquiétée de la proclamation de l'état de "nécessité nationale" et des conséquences éventuelles pour la liberté de la presse.
Le président de la République Didier Ratsiraka a proclamé l'état de "nécessité nationale", le 22 février 2002, en réponse à l'autoproclamation de l'opposant Marc Ravalomanana comme "président de la République". Cette mesure permet au chef de l'Etat d'exercer un contrôle total sur l'information diffusée par les médias et de restreindre la liberté d'expression.
Par ailleurs, dans la nuit du 23 février, une dizaine d'hommes encagoulés ont attaqué les locaux de la radio de Marc Ravalomanana Madagascar Broadcasting Service (MBS), à Fianarantsoa (300 km au sud d'Antananarivo). Les bureaux ont été incendiés et trois gardiens de nuit ont été grièvement blessés.
Le 20 février, des lycéens en grève ont saccagé, à jets de pierre, les locaux de la station Amoron'i Mania Radio-Television (Art) à Ambositra les Roses (au sud d'Antsirabe). Les élèves protestaient contre la couverture trop partisane de la station, propriété du Premier ministre. Trois jours plus tôt, une équipe de reportage de la MBS avait été agressée à Brickaville (est de la capitale) par des sympathisants du président Ratsiraka. Enfin, le 2 février, le lieutenant-colonel Coutiti, conseiller technique du ministre de l'Information, avait confisqué le matériel de la radio privée FM 91, à Nosy Be (île dans le nord du pays) et fermé la station. FM 91 est la propriété d'un conseiller provincial partisan de Marc Ravalomanana.
- Zimbabwe :
ÿ Un membre de RSF et un journaliste arrêtés par la police londonienne
Communiqué de presse le 21 février. A l'occasion de l'anniversaire du président Robert Mugabe, le 21 février 2002, une dizaine de militants de Reporters sans frontières se sont rendus à Londres, devant l'office du tourisme zimbabwéen, pour exhorter le chef de l'Etat à restaurer la liberté de la presse dans son pays. Les manifestants ont collé des posters à l'effigie du Président avec la mention "président Mugabe : Ennemi de la liberté de la presse" sur les vitrines de l'office du tourisme. Après une demi-heure de manifestation, un membre de Reporters sans frontières, Jean-François Julliard, responsable de la recherche sur le bureau Afrique au secrétariat international, à Paris, et Tim Gopsill, le rédacteur en chef du mensuel du National Union of Journalists (Syndicat des journalistes britanniques), The Journalist, ont été interpellés.
Robert Mugabe fait partie de la liste des prédateurs de la liberté de la presse dans le monde, établie par Reporters sans frontières. Le Zimbabwe est devenu l'un des pays les plus répressifs de tout le continent africain en matière de liberté de la presse. Depuis le 1er janvier 2001, près d'une trentaine de journalistes ont été interpellés et trois correspondants de la presse étrangère ont été expulsés du pays, de nombreux autres ont été menacés ou agressés et le correspondant zimbabwéen d'un quotidien britannique a été contraint de fuir le pays par peur des représailles.
L'élection présidentielle aura lieu les 9 et 10 mars. A l'occasion du Sommet du Commonwealth, qui débute le 2 mars, RSF demande aux ministres des pays concernés d'expulser le Zimbabwe du Commonwealth.
- Liberia :
Une publication fermée et quatre journalistes arrêtés en raison de l'état d'urgence
Le 13 février 2002, au moins quatre journalistes du journal Analyst Newspaper ont été arrêtés par la police de Monrovia. Le directeur de la publication, Stanley Sankor, et un reporter, James Lloyd, figurent parmi les interpellés. Selon le chef de la police, Paul Mulbah, ils ont été arrêtés en raison de plusieurs articles qui vont "contre la paix" et "empoisonnent l'esprit du peuple". L'officier a ajouté qu'il poursuivra "tout journaliste qui cherche à miner la paix". Les quatre hommes sont détenus dans une cellule du commissariat de Monrovia. Les locaux de l'Analyst Newspaper ont également été fermés par la police.
Le chef de l'Etat, Charles Taylor. a proclamé l'état d'urgence, le 8 février 2002, après une attaque par des rebelles contre la ville de Klay, à 30 km environ au nord de la capitale.
Lettre de protestation le 13 février. RSF a demandé au ministre de l'Information de saisir les autorités compétentes afin que tous les journalistes interpellés soient libérés immédiatement.
Bureau Amériques
- Etats-Unis :
RSF demande à Donald Rumsfeld de rejeter le recours à la propagande
Dans une interview publiée le 19 février par le quotidien New York Times, des responsables du Pentagone ont déclaré que le Bureau de l'influence stratégique (OSI, Office of Strategic Influence), un service du département d'Etat à la Défense, a proposé de recourir à la diffusion de fausses informations auprès des médias étrangers. Selon le New York Times, ces projets s'inscrivent dans le cadre "d'un nouvel effort pour influencer l'opinion publique et les responsables gouvernementaux à la fois dans les pays amis et les pays non alliés".
Le 20 février, Donald Rumsfeld a rejeté la possibilité que le Pentagone recoure à la diffusion de fausses informations mais n'a pas exclu d'user de "manipulation tactique" dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.
Lettre de protestation le 21 février. RSF a demandé à M. Rumsfeld d'adopter une position plus claire en rejetant catégoriquement le recours à la propagande, sous toutes ses formes.
Un envoyé spécial du Washington Post en Afghanistan mis en joue par des soldats américains
Le 10 février 2002, Doug Struck, l'un des envoyés spéciaux du quotidien Washington Post en Afghanistan, a été menacé d'être abattu par des militaires américains s'il refusait de respecter un périmètre de sécurité défini autour de la zone d'impact d'un missile américain. La rédaction du Washington Post s'est dite "perplexe" face à cet incident.
Lors d'une conférence de presse donnée le 11 février, Victoria Clarke, porte-parole du secrétariat d'Etat à la Défense, et John Stufflebeem, directeur délégué aux opérations du commandement militaire, ont refusé de confirmer l'information. Néanmoins, rappelant que le commandant Massoud avait été abattu par deux individus qui s'étaient présentés comme des journalistes, les officiels américains ont expliqué que la situation en Afghanistan était si chaotique que les soldats américains ne pouvaient être sûrs qu'une personne se présentant comme un journaliste américain l'était réellement. D'après une dépêche diffusée le 12 février par l'Agence France-Presse, le colonel américain Frank Wiercinski, commandant de la force multinationale déployée sur l'aéroport de Kandahar, "a répliqué que le journaliste était accompagné d'hommes en armes, qu'il s'était approché d'une patrouille de combat sans s'être annoncé et qu'il avait de la chance de ne pas avoir été abattu".
Dans une interview audio disponible sur le site du quotidien, Doug Struck affirme avoir prévenu les autorités militaires américaines de Khowst (environ 150 kilomètres au sud de Kaboul) avant de partir dans la zone concernée. Il déclare également que les soldats présents sur le site ont menacé de tirer après avoir consulté leurs supérieurs. Le journaliste souhaitait pénétrer dans la zone de Zhawar (50 kilomètres au sud de Khowst) où un missile, tiré le 4 février par un avion espion américain, avait tué des membres supposés du réseau Al-Qaida. Soupçonnant que l'une des victimes pouvait être le chef de l'organisation terroriste, Oussama ben Laden, le commandement militaire américain avait dépêché sur place une mission d'enquête.
Lettre de protestation le 13 février. RSF a demandé au secrétaire d'Etat américain à la Défense de fournir des explications sur cet incident et s'est interrogée, comme la rédaction du Washington Post, sur les raisons pour lesquelles des soldats américains présents en Afghanistan empêchent des journalistes d'informer sur les opérations militaires en Afghanistan.
- Paraguay :
Reporters sans frontières juge "disproportionné" le montant de l'amende infligée à un quotidien
Aldo Zuccolillo, directeur du quotidien ABC Color, a été condamné en appel, le 13 février 2002, à une amende de 541 millions de guaranis (125 700 euros) pour "diffamation". Aldo Zuccolillo est poursuivi depuis décembre 1998 par le sénateur Juan Carlos Galaverna pour un article dans lequel ce dernier était qualifié de "voleur" ("ladrón de galletas") et "trafiquant d'influence". Le tribunal a considéré qu'il s'agissait de "termes offensants" qui "n'affectent pas seulement la dignité de la victime mais blesse et affecte également la conscience collective". Le sénateur réclamait une peine de prison pour le directeur d'ABC Color ainsi que des dommages et intérêts. L'avocat d'Aldo Zuccolillo a qualifié le verdict de violation de la liberté de la presse. Les deux parties ont annoncé leur intention de faire appel de la décision devant la Cour suprême.
Lettre de protestation le 14 février.
Bureau Asie
PAKISTAN - 22 février 2002
Exécution de Daniel Pearl
Reporters sans frontières exprime son horreur et sa révolte suite à l'annonce de l'exécution barbare du journaliste Daniel Pearl par ses ravisseurs au Pakistan.
Nous nous tenons plus que jamais aux côtés de Marianne Pearl, son épouse, et exprimons notre solidarité à la rédaction du Wall Street Journal. Nous saluons la mémoire d'un grand journaliste et son courage dans la terrible épreuve que lui ont imposée ses geôliers et assassins.
La folie qui consiste à faire du journaliste le bouc émissaire de la politique de son gouvernement est la plus grave menace qui pèse désormais sur la liberté d'informer à travers le monde. Nous rappelons qu'au cours des douze derniers mois, trente journalistes ont été tués dans le monde, dans des circonstances impliquant de plus en plus souvent des groupes armés, extrémistes, séparatistes, ou mafieux, insensibles à toute forme de pression. Nous exhortons pour autant les rédactions à ne pas déserter les territoires jugés dangereux, sur lesquels il est plus que jamais important d'informer.
Les commanditaires et les exécutants du meurtre de Daniel Pearl doivent être retrouvés. Ce crime barbare ne peut pas rester impuni.
- Thaïlande :
Deux journalistes étrangers inscrits sur la liste noire
Communiqué de presse le 20 février. RSF a demandé au ministre de l'Intérieur que les noms des deux journalistes, ainsi que ceux de deux autres employés du magazine, soient retirés de la liste noire de quarante-six étrangers établie par le ministère de l'Immigration.
Le lieutenant général Hemaraj Thareethai, chef de la police de l'Immigration, a confirmé, le 21 février 2002, l'existence d'une liste noire de quarante-six étrangers indésirables sur le territoire thaïlandais et donc menacés d'expulsion. Celle-ci doit être soumise pour approbation au ministre de l'Intérieur. Sur cette liste de quarante-six personnes figurent les noms des journalistes américain et britannique Shawn Crispin et Rodney Tasker, tous deux de la Far Eastern Economic Review, ainsi que du directeur de la publication et d'un rédacteur en chef travaillant au siège de la revue à Hong Kong. La liste comporte également les noms de treize membres du mouvement spirituel chinois Falungong.
Le magazine Far Eastern Economic Review était récemment entré dans le collimateur des autorités thaïlandaises, au sujet d'un article publié début janvier et intitulé "Listless Days", où il était question des relations entre les deux têtes de l'exécutif thaïlandais. La FEER évoquait, dans l'article incriminé, les relations entre le roi et le Premier ministre à la suite du discours très critique contre M. Thaksin prononcé par le monarque en décembre à l'occasion de son anniversaire.
- Chine :
Reporters sans frontières s'adresse à George W. Bush après l'interpellation de sept reporters étrangers à Pékin.
Communiqué de presse le 15 février. RSF demande au président américain d'intervenir auprès de son homologue chinois, Jiang Zemin, lors de sa prochaine visite officielle en Chine, pour que cesse le harcèlement des journalistes étrangers qui couvrent les manifestations du Falungong.
Des policiers ont interpellé pendant deux heures et intimidé, le 14 février 2002, au moins sept reporters de la presse étrangère à Pékin, dont le matériel a en outre été saisi. Alors qu'ils couvraient une manifestation d'une quarantaine de membres de Falungong sur la place Tiananmen, deux reporters de l'agence Associated Press, une photographe de l'Agence France-Presse, deux reporters de l'agence Reuters et un journaliste de la BBC ont été arrêtés et conduits au poste de police le plus proche de la place. Certains journalistes avaient été témoins des violences policières contre des adeptes de Falungong. Selon l'AFP, une femme a été tenue pendant plusieurs minutes le visage écrasé contre un siège par un policier. Par ailleurs, un journaliste de l'Australian Broadcasting Corporation, qui se trouvait sur la place pour des raisons privées, a également été interpellé.
Les sept journalistes se sont vu saisir leurs pellicules photo et leurs bandes vidéo par les agents du ministère de la Sécurité publique. Lors de la courte garde-à-vue, un policier a intimidé à plusieurs reprises les journalistes et les a empêchés de communiquer entre eux.
Le président George W. Bush est attendu le 21 février en Chine pour une visite officielle. Il doit notamment rencontrer le président chinois Jiang Zemin et s'adresser aux Chinois dans un discours télévisé.
- Birmanie :
Myo Myint Nyein libéré après douze ans de prison
Mise a jour - 14 février 2002
Après douze ans de détention - et deux ans avant la fin de sa peine - Myo Myint Nyein, journaliste et militant politique birman, a été libéré, le 13 février 2002, de la prison de Tharrawaddy (cent kilomètres au nord de Rangoon). Sa famille, jointe par Reporters sans frontières a confirmé la libération de Myo Myint Nyein et a précisé que le journaliste devrait pouvoir regagner son domicile dans la soirée. Transféré à Rangoon, il était encore interrogé par la police militaire (MIS).
Myo Myint Nyein était détenu, depuis septembre 1997, à la prison de Tharrrawaddy, après avoir passé six ans dans la prison d'Insein (Rangoon). Il avait été condamné, le 19 novembre 1990, à sept ans de prison pour avoir publié, dans le magazine Yin-Kyae-Hmu (Culturel) qu'il dirigeait, un poème critique à l'égard de l'armée birmane. Le 28 mars 1996, il avait à nouveau été condamné, à l'issue d'un procès inique, à sept années de prison supplémentaires pour avoir participé à la rédaction d'un document, adressé au rapporteur des Nations unies pour la Birmanie, contenant des informations sur les conditions de détention et les mauvais traitements infligés aux détenus de la prison d'Insein.
Dans une interview exclusive donnée au journaliste Moe Aye de la radio Democratic Voice of Burma, le journaliste Myo Myint Nyein a déclaré, quelques heures après sa libération, que son "esprit était toujours vigoureux" et que son engagement en faveur de la démocratie était toujours aussi fort. Le journaliste a également raconté à la DVB les tortures qu'il a subies en prison. Enfin, Myo Myint Nyein a affirmé avoir "foi dans le dialogue" entre le régime militaire et l'opposition.
Cette libération, et celle de quatre autres prisonniers politiques, intervient au cours de la visite en Birmanie de Paulo Sergio Pinheiro, rapporteur spécial des Nations unies sur le Myanmar. Le rapporteur avait récemment demandé la libération de Myo Myint Nyein.
Reporters sans frontières (RSF) et la Burma Media Association (BMA, organisation de journalistes birmans en exil) se félicitent de la libération du journaliste, mais regrettent que les autorités aient attendu aussi longtemps avant de prendre cette décision alors que la santé physique et mentale de Myo Myint Nyein s'était gravement détériorée.
A la connaissance de RSF, au moins dix-sept professionnels des médias sont toujours détenus en Birmanie. L'organisation est notamment très inquiète du sort du journaliste Sein Hla Oo dont la peine s'est achevée en août 2001 mais qui n'a toujours pas été libéré.
Bureau Europe
- Italie :
14 février 2002
Lettre ouverte à Monsieur Silvio Berlusconi, Président du Conseil (extraits)
Monsieur le Président,
L'Italie est sur le point de devenir le seul Etat de l'Union européenne et la seule grande démocratie occidentale où l'ensemble des médias audiovisuels du pays, privés comme publics, sont contrôlés, directement ou indirectement, par le pouvoir en place. A quelques jours du remplacement du conseil d'administration de la télévision publique (RAI), et alors qu'est actuellement discuté au Parlement le texte censé résoudre le conflit entre vos activités d'homme d'affaires et celles de chef du gouvernement, nous vous demandons solennellement aujourd'hui de prendre toute la mesure de la gravité de cette situation, sans précédent pour un pays démocratique.
Le 16 février, le conseil d'administration de la RAI, nommé par le précédent gouvernement de centre gauche, démissionnera et sera probablement remplacé par une équipe majoritairement proche de la coalition au pouvoir que vous dirigez. Vous contrôlez déjà le premier groupe de télévision privé italien, Mediaset, fort des trois principales chaînes privées nationales du pays. Vous êtes également l'un des actionnaires de contrôle du groupe Mondori, l'un des principaux groupes italiens de presse et d'édition.
(..) Dans ces conditions, les trois autres chaînes de télévision du pays, les trois télévisions publiques de la RAI, jouent un rôle fondamental pour maintenir le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie.
Vous avez indiqué vouloir "rester en dehors" de la procédure de nomination du prochain conseil d'administration de la RAI. Il fait néanmoins peu de doute que le prochain conseil sera majoritairement composé de personnalités proches des partis du gouvernement.
(..) C'est pourquoi nous vous demandons, dans vos fonctions de chef de l'exécutif, et compte tenu des responsabilités particulières que vous impose votre contrôle des télévisions privées du pays, de renoncer à la politique traditionnelle du partage politique des postes clefs à la RAI. Nous vous demandons de rechercher les moyens de renforcer les garanties d'indépendance des trois chaînes de la télévision publique italienne, et de confier, à cet effet, à un organisme ou une autorité indépendante la responsabilité de dégager des propositions en la matière. Nous vous demandons, enfin, de vous engager publiquement à préserver le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie jusqu'aux prochaines élections générales de 2006.
(..) Robert Ménard Secrétaire général
 
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