MONTERREY (AFP), le 23-03-2002
L'"effet Castro" provoqué par le départ spectaculaire, jeudi, du président cubain du sommet de l'ONU de Monterrey, a rebondi vendredi soir avec les explications de Cuba sur le "vrai motif": de "très fortes pressions américaines sur le Mexique, pays organisateur, pour qu'il ne vienne pas".
"Ce fut Bush qui a menacé de ne pas venir au sommet si le camarade Fidel y participait. Il a fait chanter les organisateurs du sommet et a menacé de le boycotter", a affirmé le ministre cubain des Affaires étrangères, Felipe Perez Roque, dans une interview téléphonique donnée à une chaîne cubaine depuis Monterrey.
Peu de temps aupparavant, George W. Bush avait personnellement démenti toute pression sur le Mexique pour faire partir le président cubain de Monterrey: "Je n'ai connaissance d'aucune pression sur quiconque. Fidel Castro peut faire ce qu'il veut", avait-il déclaré aux journalistes, lors d'une conférence de presse commune avec le président mexicain Vicente Fox.
Ces déclarations faisaient suite aux affirmations du représentant cubain au sommet. Selon Ricardo Alarcon Quesada, il y a eu de "très fortes pressions américaines sur le Mexique, pays organisateur, pour qu'il (Castro) ne vienne pas". Il a précisé que le Mexique avait "révélé ces pressions à La Havane bien avant le sommet de Monterrey et avait finalement accepté la présence du leader cubain, à la condition qu'il parte après le déjeuner de la première journée du sommet".
Le Mexique a lui aussi réfuté les affirmations cubaines. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Gloria Abella, a démenti qu'il y ait eu "une pression, une influence, une sollicitation, une suggestion ou une insinuation" des Etats-Unis pour faire en sorte que le président cubain soit exclu du sommet.
Jeudi, Castro a su, comme à son accoutumée, jouer de ses effets. D'abord par l'annonce surprise de son arrivée à la veille seulement de l'ouverture, puis par un discours enflammé de six minutes où il a asséné "quelques vérités" aux pays riches dont les systèmes d'économie sont, a-t-il dit, "responsables d'un véritable génocide" et sont devenus un "véritable casino". Enfin, par l'annonce, devant un auditoire qui venait de l'applaudir chaleureusement, de son départ immédiat.
"Je vous prie de m'excuser de ne pouvoir vous accompagner plus longtemps à cause d'une situation spéciale créée par ma participation à ce sommet et je me vois forcé de rentrer immédiatement chez moi", a déclaré le leader maximo devant la salle devenue subitement silencieuse. Interrogé par le quotidien Millenium sur la nature de cette "situation spéciale", Castro s'était borné à dire, juste avant son départ, qu'une rencontre avec Bush "ne lui manquerait pas".
Les cortèges des véhicules des deux dirigeants s'étaient croisés sur la route de l'aéroport de Monterrey, Castro sur le départ et Bush venant d'arriver.
Vendredi, Eicardo Alarcon Quesada s'est estimé lui-même placé dans une "situation spéciale", car "bien que représentant un Etat", il avait été "exclu d'un huis clos des chefs d'Etat" qui a eu lieu avant la fin du sommet. Il a cependant tenu à souligner que les relations entre Cuba et le Mexique ne seraient pas altérées en raison des vieux et solides liens historiques liant les deux nations qui doivent fêter en grande pompe, en mai, cent ans de relations ininterrompues.
Et Alarcon de conclure sur une forte critique contre l'administration américaine qui, a-t-il dit, est en ce moment "ivre d'arrogance", et même contre Bush qu'il a jugé "moins intelligent que son père".