« Le gouvernement Préval-Alexis fait mieux que Latortue, il est lent comme un escargot. Il va si lentement qu'on dirait qu'il traîne comme un boulet sa composition multiforme et rassembleur ».
« Sot nan tòti tombe nan kalmason », la blague sur la vitesse d'opération du gouvernement circule avec gourmandise dans les milieux proches du pouvoir.
Elle fait rire jaune dans les rangs de ceux qui ont serré les dents pendant les deux ans du gouvernement de Latortue, ont résisté et ont participé, d'une façon ou d'une autre, au retour au pouvoir de René Préval.
Plus une plainte qu'une constatation
« Le gouvernement est lent, trop lent », constate avec dépit cet ingénieur qui a regagné les rangs de l'administration publique après deux ans au chômage.
« Rien ne se passe, tous les ministères semblent tétanisés. Le Premier ministre qui parlait tant lors de son premier mandat est muet et le président Préval si interventionniste est devenu invisible », poursuit l'ingénieur entre deux quolibets qui entraînent des rires gras sur une galerie où cinq ou six cadres cuvent leur impuissance après une tranquille journée de travail.
L'ingénieur ne manque pas de citer au passage une longue liste de ministres qui ne font rien. Absolument rien, selon lui, et qui doivent se demander si ce n'est pas pour mieux les révoquer avec fracas que le président se garde encore de changer de gouvernement.
« Il n'y a aucune idée directrice. Le gouvernement n'a encore mis en branle aucune reforme, ni tenté d'offensive dans aucun domaine. Sauf en ce qui à trait à l'apaisement politique en distribuant quelques ministères et des directions générales à des membres de l'opposition qui se régalent dans des nominations qui tirent du chômage militants, amis et parents pour les installer dans de vrais-faux emplois : ils touchent, souvent sans rien n'avoir à faire », philosophe un des amis de l'ingénieur.
Sur cette galerie comme il y en a mille à travers le pays, toute la politique gouvernementale est remise à plat deux ou trois fois par semaine au rythme des rencontres de ce groupe d'amis qui « fait de la politique » depuis le régime des Duvalier.
Dans ce cénacle, réputé pour avoir « nommé » deux ministres pendant les vingt ans de la transition post-dictature et qui espère encore en nommer d'autres, faire de la politique revient à en parler avec fougue et conviction.
Pourtant, des fois ce qui se dit ici se répète dans plein d'autres points et finit par faire l'opinion.
Un ouf sécuritaire !
Autre constatation de la galerie : il y a une indéniable amélioration du climat sécuritaire.
« Il y a encore des problèmes et des kidnappings, mais personne ne croit que cela soit motivé par une action politique. Le pays a changé, pour le pire, depuis les cinq dernières années et il va nous falloir vivre avec », lâche désabusé un des participants à cette séance de thérapie de groupe que sont les éternelles discussions sur la galerie.
« Préval a été assez perspicace pour négocier en sous-marin avec les gangs pour avoir la paix. On peut toujours le lui reprocher, mais je préfère que c'est lui qui s'en occupe à sa manière au lieu que c'est moi qui me préoccupe à chaque instant du sort de chaque membre de ma famille », poursuit-il.
Pour un autre des amis du groupe, « il (Préval) aurait dû liquider une fois pour toute les gangs et nous donner une vraie paix.»
Bien vite, il professe, tout aussi rapidement qu'il a fini sa phrase, qu'il est un démocrate qui aime le peuple et ne lui veut aucun mal, sauf que « le jeu force à couper », selon lui.
Alors reprend une série de considérations sur les valeurs et les inconvénients de l'usage de la force qui mêlent la guerre en Irak, les Talibans, le retour des Forces armées d'Haïti et le double jeu de la communauté internationale en Haïti.
Chacun y va de ses arguments et de ses contradictions suivant qu'il a été victime ou nom de l'insécurité.
L'article du Miami Herald
Les discussions sur la galerie allaient tranquillement s'achever quand une radio relata l'entretien du président Préval au Miami Herald. Elles repartirent de plus belles pour plus d'une heure.
La TELECO qui va être privatisée ?
Une nouvelle force de sécurité ?
Les routes à construire ?
Préval qui parle au Miami Herald ?
Et patati et patata !
Tout fut passé en revue. Disséqué. Analysé.
Avant de se quitter, la seule interrogation équitablement partagée par le groupe concernait la fameuse vitesse de l'escargot : qui ou quoi pourra faire bouger plus vite le gouvernement qui se prélasse dans le calme apparent de la splendeur de la lenteur ?
Frantz Duval duvalfrantz@yahoo.com