Michaël Lucius a-t-il été révoqué ou a-t-il démissionné ?
Sans causer de surprise, le directeur central de la Police judiciaire, le commissaire divisionnaire Michaël Lucius, a annoncé sa démission à la tête de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ), ce mardi, dans le cadre d?une conférence de presse tenue aux locaux de la DCPJ. Cette démission intervient 24 heures après que le commissaire du gouvernement, Me Claudy Gassant, eut renouvelé sa détermination d?incarcérer le commissaire de police et plus de quatre jours après que le juge instructeur, Napela Saintil, se fut dessaisi du dossier conflictuel qui l?opposait à l?officier de police.

La Direction générale de la Police nationale n?avait pas encore réagi, hier soir, à l?annonce de la démission du commissaire divisionnaire. Cependant, interrogé à ce sujet, le Premier ministre Jacques Édouard Alexis a soutenu que « la loi droit prévaloir ». Le Premier ministre a estimé que le commissaire Lucius doit se présenter devant la justice comme ne l?a cessé de réclamer le juge Saintil dans le cadre d?une enquête sur une éventuelle complicité de kidnapping. Il a par ailleurs souligné que c?est la raison pour laquelle le commissaire a été « retiré de son poste ». Michael Lucius a-t-il été révoqué ou a-t-il démissionné ?
L?avenir des mandats de dépôt et d?amener
Les avocats de Michaël Lucius refusent de lier directement la démission de leur client à cette affaire. Joint au téléphone, Me Samuel Madistin informe que « le directeur de la DCPJ manifeste le désir de quitter la Direction centrale de la Police judiciaire depuis environ six mois. Mais, la Direction générale, reconnaissant en lui un officier important, n?a jamais agréé son souhait ».
Le commissaire Lucius admet toutefois que « se retirer de la DCPJ est la solution à ce problème ? d?autres personnes pensent que ma présence à la Direction de la Police judiciaire constitue un handicap pour le fonctionnement des deux institutions, DCPJ et Parquet ».
L?ex-directeur de la DCPJ estime que s?il n?était pas directeur de cette importante institution de la police, il n?y aurait pas eu un tel tollé autour de cette affaire. « Durant une année, le juge d?instruction menant l?affaire nous a convoqué trois fois. Apparemment, depuis le 12 mai, nous avions eu des suspicions.
Tout n?était pas juridique. D?autres choses s?en sont mêlées. C?est mon droit en tant que justiciable de recommander le transfert de mon dossier à un autre juge instructeur », se défend-il.
Michael Lucius, « fier d?être policier », a clamé sa foi dans une justice « saine ». « Que la loi réagisse avec la dernière rigueur s?il est prouvé que, chargé de combattre le banditisme, j?en étais un complice », a-t-il martelé.
Me Claudy Gassant, objet d?une « prise à partie »
Pour le commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Port-au-Prince, Me Claudy Gassant, Michaël Lucius demeure toujours un inculpé en fuite. Me Gassant persiste à réclamer des dispositions administratives contre l?ex-chef de la DCPJ. Position que les avocats de ce dernier jugent « intempestive ». Des hommes de loi , de leur côté, avisent que le commissaire du gouvernement pourrait faire l?objet d?une «prise à partie» , au niveau de la Cour suprême, par les avocats de la défense, « s?il persiste avec autant de hargne ».
Cette procédure, très rare dans les annales de la magistrature, entraîne des conséquences très graves pour un magistrat en fonction.
« Si les avocats de Lucius optent pour cette mesure, Me Claudy Gassant aura pour obligation de vider ses mains », explique, à Radio Métropole, le bâtonnier provisoire de l?Ordre des avocats, Me Gerard Gourgue.
Selon Me Gourgue, Me Gassant n?a d?autre choix que de retourner les mandats d?amener au juge d?instruction qui les avait émis pour compléter le dossier qui sera ensuite dévolu à un nouveau juge instructeur désigné par le doyen du tribunal civil de la capitale.
Le nouveau juge d?instruction ne tiendra pas compte des décisions prises par l?ancien magistrat, souligne le bâtonnier provisoire. « Seul juge de son instruction, il revient à lui et à lui seul soit de poursuivre, d?ouvrir l?information, de rendre une ordonnance de renvoi devant un tribunal de répression ou d?ordonner un non lieu », informe Gérard Gourgue, ancien professeur à la faculté de Droit.