Hystérie collective aux funérailles de Farah Natacha Dessources, une suppliciée du kidnapping Première mobilisation citoyenne contre le Président Préval
Des milliers de personnes ont assisté samedi matin dans une atmosphère émotionnelle explosive aux funérailles de la jeune Farah Natacha Kerby Dessources, 20 ans, massacrée par ses ravisseurs et abandonnée sur une pile d?immondices le 15 novembre dernier après deux jours de séquestration.
Cet événement a donné lieu à la première manifestation citoyenne contre le Président René Préval depuis son retour au pouvoir, en mai dernier. A la fin de la cérémonie funèbre organisée à Pax Villa Sainte-Anne (centre de Port-au-Prince), des centaines de personnes en colère, en majorité des jeunes, ont accusé le chef de l?Etat de se faire "le complice des bandits qui endeuillent la nation". Parmi les manifestants, qui défilaient dans les rues de la capitale, se trouvaient le syndicaliste Josué Mérilien et Rosemond Jean, responsable de l?une des organisations de sociétaires de coopératives escroqués.
Les protestataires se sont dispersés sans incident devant le Palais National (siège de la Présidence) après qu?une intervention policière ait pu permettre au cortège funèbre de s?ébranler à vive allure vers sa destination finale.
Totalement effondrée, la mère de Farah Natacha, Magguy Dessources, se tenait assise tout près du cercueil dans lequel reposait sa fille martyre. "Les méchants sont là, les méchants sont là", lançait-elle en créole pour signifier à ses proches que certains des meurtriers se trouveraient dans l?assistance.
Celle qui était, il y a tout juste quelques jours, une ravissante étudiante en première année à l?Ecole Normale St-Louis de Gonzague, est devenue méconnaissable après avoir été enlevée, séquestrée, torturée et cruellement exécutée par des monstres lâchés dans la nature. Son visage était troué d?impacts de balles, ses deux yeux crevés et ses seins mutilés. Des photos horribles des différentes séquences de ce crime abominable ont été exposées dans la salle de la maison funéraire où s?est déroulée toute la cérémonie.
Seul le ministre de l?éducation nationale, Gabriel Bien-Aimé, représentait le gouvernement resté étrangement silencieux sur un assassinat qui a pourtant bouleversé toutes les familles haïtiennes.
Parmi les rares personnalités présentes, l?ex-candidat à la Présidence Charles-Henri Baker et le professeur Mirlande Hyppolite Manigat, numéro deux du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressisted (RDNP) ont appelé à un "réveil citoyen en vue de mettre fin au cycle infernal de la violence qui menace d?anéantir Haïti".
Pour sa part, le responsable du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, a souligné la responsabilité des autorités dans l?impunité actuelle entretenue par la corruption qui s?installe au sein du système judiciaire.
La demoiselle, pleine de vie et d?avenir, a été sacrifiée en dépit d?une rançon de 20.000 gourdes (environ US $ 400) versée par sa modeste famille.
La dépouille de Farah Natacha Dessources a été inhumée en milieu de journée au cimetière de Fleuriot (banlieue nord de Port-au-Prince).
Une remontée spectaculaire du phénomène du kidnapping a été enregistrée dans la capitale haïtienne et ses faubourgs au cours des deux dernières semaines. Les gangs armés continuent à dicter leur loi dans plusieurs quartiers, à sélectionner et à atteindre leurs cibles sans coup férir. Les autorités semblent s?en émouvoir à peine.