Mardi 5 décembre. Une quarantaine d?étudiants de la faculté des Sciences humaines (Fasch), la plupart torse nu - pancartes en mains et un grand bicolore déployé ? ont manifesté au centre-ville contre la présence de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti.
Parallèlement, devant le bureau de la primature (Musseau), un autre groupe d?étudiants, suite à l?appel du Grand front national des étudiants (Grafneh), tient un sit-in pour dénoncer la décision du gouvernement de poursuivre le dialogue avec les bandits et réclamer de nouvelles dispositions sécuritaires. Le départ de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) est également réclamé.
Ces manifestations coïncident avec la commémoration du troisième anniversaire de la journée de violence enregistrée le 5 décembre 2003, date à laquelle des individus proches du gouvernement de Jean-Bertrand Aristide avaient saccagé la faculté des Sciences humaines (Fasch) et l?Institut national d?administration, de gestion et des hautes études internationales (Inaghei), battu des étudiants et le recteur Pierre-Marie Paquiot.
et faire preuve de sagesse afin d?assurer la protection des vies et des biens », martèle
Hervé Saintilus, responsable du Grand front national des étudiants (Grafneh).
10 heures. Les manifestants, aux abords de la primature, tentent de barrer la route à une patrouille de la mission onusienne. Des policiers haïtiens et des casques bleus essaient de les disperser. Les soldats onusiens n?ont d?autre choix que de tirer des coups de feu en l?air pour forcer les manifestants à battre en retraite.
Il n?y a pas que les étudiants
Port-au-Prince est fiévreuse. Les cas de kidnapping se multiplient depuis tantôt deux semaines. La peur s?installe dans quasiment toutes les familles. « Trop ! C?en est trop. » Les membres de la population en ont ras-le-bol et lancent un appel pressant au gouvernement.
Collectif de citoyens, Conférence épiscopale, étudiants, organisations de différents secteurs, notamment du secteur des droits humains, se disent « concernés par la gravissime dégradation socioéconomique, l?innommable climat de violence/d?insécurité et la préoccupante situation politique du pays ».
Pour se faire entendre et pour « dézombifier » la majorité de la population, ces secteurs utilisent tous les moyens. Certains s?emparent des nouvelles technologies de communication ? surtout l?internet ?, d?autres se proposent d?interpeller les autorités gouvernementales à travers des manifestations de rues.
D?autres encore engagent une action citoyenne collective en invitant toutes les couches de la société à participer à huit journées de « Solidarité avec les victimes de l?insécurité ». Cette initiative est de la Coordination nationale de plaidoyer pour les droits de la femme (Conap).
« Du 4 au 11 décembre, écrivons au président Préval et au Premier ministre Alexis, pour leur signifier : notre refus à légitimer l?émergence d?un pôle de la mort au sein de la population ; notre refus d?accepter l?indifférence devant les corps mutilés de nos enfants, nos soeurs, nos frères, nos camarades? ; notre détermination à vivre dans une Haïti souveraine où règnent la justice et le droit. », lit-on dans une note de la coordination datée du 4 décembre.
La Conap se dit indignée face aux récents cas d?enlèvements suivis d?assassinats, notamment, ceux de Farah Natacha Kerbie Dessources (20 ans) et du petit Carl Rubbens Francillon (6 ans).
Pour la Conférence épiscopale, « aujourd?hui plus qu?en aucun temps, la vie est banalisée. Des hommes, des femmes et même des enfants sont traités comme des objets, négociés comme une marchandise ».
Les évêques s?alarment devant l?aggravation du climat d?insécurité et déplorent que « l?espoir de tout un peuple soit mis à rude épreuve. Au silence étouffant des uns se mêle le cri désespéré des autres, pour exprimer la même détresse : nou pa kapab ankò. Les familles aux abois crient au secours? ».
Le CSPN convoqué au Parlement
Pour de plus amples informations relatives à cette recrudescence de l?insécurité dans la zone métropolitaine et pour informer des dispositifs mis en place pour combattre le fléau, le Premier ministre Jacques Édouard Alexis et les autres membres du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) sont convoqués par la Commission sécurité de la Chambre des députés ce jeudi. La démission de quelques responsables de la sécurité publique, la réduction de l?insécurité, la nouvelle force de sécurité et la question du désarmement seront des points à l?ordre du jour. Selon le député Steven Benoît (Lespwa), cité par Radio Métropole, « les Haïtiens doivent avoir la culture de la démission quand ils ne font pas leur travail ». Le député de Pétion-Ville indique que certains ministres seront convoqués en janvier prochain.

Enfin, le chef de file du Front pour la reconstruction nationale (FRN), Guy Philippe, dénonce l?inaction du gouvernement face à la recrudescence des actes de violence dans la région métropolitaine.
Source: Le Matin