Au moins huit personnes ont perdu la vie dans un bidonville haïtien depuis que le meurtre d'un policier le week-end dernier a ravivé un conflit entre deux bandes armées rivales.
Pour sa part, l'ancien leader rebelle Guy Philippe, qui a contribué au renversement du premier gouvernement élu démocratiquement en Haïti, a accusé l'actuel gouvernement du président René Préval de se montrer impuissant à mettre fin aux violences.
Rompant un long silence, M. Philippe a déclaré que les efforts de M. Préval et du premier ministre Jacques Edouard Alexis pour en arriver à une paix négociée avec les bandes armées n'ont pas réussi à réduire le nombre de meurtres et d'enlèvements dans la capitale, Port-au-Prince.
"Le gouvernement Alexis-Préval n'a rien fait pour mettre fin à l'insécurité, a-t-il déclaré mardi à un média haïtien. Le premier ministre négocie toujours avec les bandits... sans résultats."
Les remarques de M. Philippe, ses premières depuis des mois, s'ajoutent à celles de politiciens et d'hommes d'affaires qui demandent au gouvernement d'adopter la ligne dure face aux bandits, qui en plus de se battre entre eux s'en prennent aussi aux Casques bleus déployés par les Nations unies dans les bidonvilles de Port-au-Prince.
L'éruption de violence la plus récente est survenue dans le bidonville de Martissant, où l'assassinat le week-end dernier d'un policier en civil a ravivé les violences entre deux bandes rivales, Grand Ravine et Ti Manchet. Le lien entre les deux événements n'est pas clair, reconnaît un porte-parole de la police, mais les deux bandes seraient responsables de plusieurs meurtres et tentatives de meurtres survenus au cours des dernières semaines.
Au moins huit personnes auraient perdu la vie depuis dimanche. La télévision haïtienne a diffusé des images de victimes abandonnées dans la rue, pieds et poings liés. Les corps calcinés de deux autres victimes ont aussi été retrouvés dans une voiture incendiée.
Des barricades de pneus enflammés avaient été érigées autour du bidonville, mercredi matin, alors que des résidants tentaient de fuir, traumatisés par trois jours de violence, selon des médias locaux.
Les Casques bleus ont augmenté la fréquence de leurs patrouilles dans le secteur, mais leur capacité à intervenir demeure limitée, a reconnu le porte-parole onusien Fred Blaze.
"S'ils veulent se battre, ils attendent que nos patrouilles soient parties. C'est pourquoi c'est si difficile", a-t-il expliqué.
Quelque 8800 Casques bleus sont déployés en Haïti depuis le mois de juin 2004, dans un effort de stabilisation du pays.