Quatre blessés par balle lors d?une mobilisation citoyenne contre une supposée tentative de kidnapping
Le porte-parole de la Police Nationale dément formellement la version de la rue ; une foule en colère voulait lyncher quatre personnes, dont un policier, associées par erreur au kidnapping
La Police Nationale d?Haïti (PNH) a qualifié mercredi de rumeurs infondées les informations relatives à une présumée tentative de kidnapping à l?origine d?une violente manifestation citoyenne au cours de laquelle au moins quatre personnes ont été blessées par balle à Delmas 62 (banlieue est de Port-au-Prince).

Dans une déclaration reflétant le point de vue officiel de l?institution, le porte-parole de la PNH, Frantz Lerebours, a indiqué qu?un agent de la Brigade de lutte contre les stupéfiants (BLTS), qui conduisait un pasteur, une femme et un enfant à l?aéroport, avait pris en chasse une camionnette de transport en commun. Elle ne s?était pas arrêtée après avoir violemment renversé une personne alors que les passagers paraissaient en détresse. Le véhicule a terminé sa course à Delmas 71 après avoir commis un deuxième accident. Selon le récit du commissaire Lerebours, le policier a immédiatement procédé à l?arrestation du chauffeur. Cependant, une patrouille policière qui suivait la course-poursuite a interpellé les occupants des deux véhicules avant de les conduire au sous-commissariat de de Delmas 62. Voyant la scène à distance, des gens l?ont mésinterprétée et ont immédiatement crié au kidnapping.

M. Lerebours reconnaît qu?une tentative d?enlèvement a été effectivement enregistrée mercredi matin, mais sur la route de Frères (banlieue nord-est). La police s?est lancée aux trousses de deux individus qui voulaient, sous la menace de leurs armes, forcer un otage à faire un retrait en leur faveur dans une banque commerciale. La personne a été libérée, mais ses ravisseurs ont pu s?échapper.
Le porte-parole de la police a déploré l?incident de Delmas 62 et ses graves conséquences qu?il a mis sur le compte de la confusion générale. Il en a profité pour appeler la population à ne pas se faire justice tout en se disant conscient du sentiment de ras-le-bol des citoyens face à la vague de kidnappings qui s?abat sur Port-au-Prince.

Des centaines de personnes en colère avaient pris position devant le sous-commissariat, menaçant de l?envahir afin de lyncher ceux qu?elles persistaient à voir comme des présumés kidnappeurs. Pendant plusieurs heures, des barricades de pneus enflammées ont complètement paralysé la circulation et les activités commerciales. Dans un accès de rage, les manifestants ont lancé des pierres contre le sous-commissariat. L?intervention d?unités spécialisées de la Police Nationale et de casques bleus sénégalais allait envenimer la situation. Des tirs nourris de dissuasion ont fait au moins quatre blessés dans la foule. Cangé, un reporter de Radio Nouvelle Génération, une station privée de la capitale, a eu le corps ensanglanté après avoir reçu un coup de pierre.

Réagissant violemment, les protestataires, armés de bidons d?essence, de pierres et de tessons de bouteille, ont incendié un véhicule de la Mission de stabilisation de l?ONU (MINUSTAH) et en endommagé deux autres appartenant à la PNH. Les soldats onusiens sont accusés d?avoir tiré à hauteur d?homme et les policiers haïtiens de protéger des kidnappeurs.
La présence d?agents de la Compagnie d?intervention et de maintien d?ordre (CIMO) et des Unités départementales de maintien d?ordre (UDMO) a été nécessaire pour permettre l?évacuation des quatre personnes diabolisées et menacées et assurer la protection des locaux du sous-commissariat.
Louisemé Morel, le chauffeur de la camionnette à l?origine de l?incident, a clamé son innocence. Il avoue avoir tué accidentellement une personne, mais il a dû prendre la fuite à cause des menaces de mort dont il faisait l?objet.
Jusqu?en fin d?après-midi, les quatre personnes continuaient d?être interrogées au commissariat de Pétion-Ville (banlieue est) où elles avaient été provisoirement transférées.
Les rapts en série enregistrés ces derniers jours ont netement assombri les fêtes de fin d?année en Haïti où de nombreuses familles oscillent entre la peur paralysante et une tentation de révolte collective.
Source: Radio Kiskeya