L'expérience des défis
Source: LeNouvelliste
Le Président reconnaît qu'il y a un défi à relever : le recul du pouvoir partisan. Voilà que « l'union » qui était une notion de moralité citoyenne devient un terrain à défricher !
La nouvelle de la nomination de Michèle Montas comme porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies, le sud Koréen Ban Ki-moon, vient ajouter, en début d'année, un sentiment de fierté au vieux nationalisme haïtien. Mais cette désignation peut avoir des dessous politiques dans la mesure où Haïti est une ...expérience importante pour l'ONU.
Entre le 1er janvier aux Gonaïves marqué par l'incident très commenté du discours inachevé du président Préval en raison d'un fâcheux court-circuit électrique et la visite du chef d'Etat haïtien à la Jamaïque, la paix des peuples, la cohabitation des Etats, l'expérience de développement régional et une certaine modestie d'Haïti pour apprendre des autres semblent présenter les signes d'une image plus positive du pays.
Trois discours marquent le début de l'année 2007 : celui du président de la République, celui du président de la Cour de cassation, celui de président du Sénat de la République.
La paix, la démocratie, la lutte contre le désordre administratif, la quête de l'unité, les décisions qui viennent des Conseils départementaux et interdépartementaux caractérisent le message du président Préval aux Gonaïves. Il est rare d'entendre officiellement en Haïti les termes de « pouvoir populaire démocratique ». Ces derniers sont souvent relégués au niveau des slogans de groupes dans les manifestations contre des décideurs financiers internationaux et autres « plans »... Monsieur Préval y ajoute sa note particulière. Du slogan et des repères trop généraux, il rapplique une terminologie qui fait peur à une tradition politique au niveau du concret. Ce n'est pas simplement l'Exécutif et le Législatif qui dirigeront. C'est une pédagogie politique à partir des communautés de base qui sera expérimentée.


Le président reconnaît aussi qu'il y a un défi à relever : le recul du pouvoir partisan. Voilà que « l'union » qui était une notion de moralité citoyenne devient un terrain à défricher ! Ce n'est plus le temps des « minorite tizwit » et autres traités de luttes des classes. C'est la mise à l'épreuve d'une expérience de cohabitation politique qui se dessine au niveau des représentants de l'actuel gouvernement. Cela peut être dangereux en regard de ce que nous avons vécu dans notre histoire. Cependant, il y a des paramètres à suivre ! Le plus important est comme un code politique à suivre, au moins pendant 25 ans.


Le président Préval s'est adressé aux forces politiques, aux Casecs et Conseils interdépartementaux, aux forces économiques et sociales, aux étudiants, aux professeurs, aux organisations de femmes dans le but de trouver un moyen de relever le défi de ce qu'il faut appeler l'union expérimentale. Dire que toute cette partie du discours a été interrompue, dit-on, par une main inconnue qui aurait jeté de l'eau salée dans la génératrice qui assurait la distribution de l'énergie sur la Place d'Armes !
La conjoncture marquée par l'insécurité a été mise en exergue par le président du Sénat de la République.Un pays, laisse-t-il croire, ne peut pas évoluer dans le désordre, la violence, la haine, la corruption, l'instabilité et le revanchisme. Les déclarations fermes qui ont été rapportées par la presse locale sont celles concernant la chasse aux kidnappeurs. : « Ils doivent être maîtrisés, arrêtés, jugés et condamnés. »
Le président de la Cour de cassation, pour sa part, n'hésite pas à affirmer : « Nous sommes une nation en faillite. Les indicateurs socioéconomiques sont au rouge. » Au milieu de ce qu'il a appelé « le sombre tableau », Georges Moïse promet, entre autres, « le retour d'Haïti sur la carte des destinations touristiques ».


Le lendemain de la déconvenue des Gonaïves, Monsieur Préval reprend son bâton de pèlerin pour la Jamaïque. A Kingston comme à Port-au-Prince, il y a un fort taux de criminalité. Dans ces deux capitales, il y a des ghettos. Mais le soleil ne manque pas. Les plages sont encore pures. Le Chef de l'Etat haïtien est allé apprendre, avec la modestie qu'on lui connaît. Il doit aussi avoir dans son agenda des questions économiques régionales autour de la CARICOM (Communauté économique caribéenne) qui a renoué ses relations avec Haïti au départ du gouvernement de transition. Après les pays de l'Amérique du Sud, la politique régionale du gouvernement semble se renforcer avec cette visite de 72 heures à la Jamaïque.


L'autre défi immédiat du gouvernement est la sécurité pour la rentrée des classes. Plusieurs établissements scolaires fermés, des parents inquiets, des directeurs et professeurs encore très alertés par le kidnapping, l'atmosphère générale n'est pas au grand calme qui rassure les uns et les autres.
C'est dans ce contexte d'espoir et de troubles que l'ancien Secrétaire général des Nations, Monsieur Kofi Annan, a, dans un dernier rapport adressé au Conseil de sécurité, sollicité le renouvellement du mandat de la MINUSTAH pour une nouvelle période de douze mois. L'héritage de M. Annan peut être moins lourd pour le 8e Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'il a autour de lui des conseillers qui connaissent très bien le dossier Haïti, à tous les niveaux.
Des leaders politiques se prononcent déjà sur le renouvellement de la MINUSTAH. Certains pensent que si la stabilité politique est plus ou moins maintenue, l'insécurité s'étend toujours de façon inquiétante au point de commencer à laisser la capitale pour les villes de province.