Presiden Préval et Département d'Etat américain, John Negroponte ne tiennent pas le même langage !
La stabilité d'Haïti et d'autres pays du continent est menacée par le trafic d'armes et de stupéfiants. René Préval partage les observations de John Negroponte, mais reste sceptique sur l'efficacité des moyens utilisés pour combattre ces fléaux.
Le trafic de la drogue et le crime organisé menacent d'anéantir irrémédiablement l'autorité de l'Etat en Haïti, à la Jamaïque et au Mexique, selon le nouveau numéro deux du Département d'Etat américain, John Negroponte. Pour ce diplomate de 67 ans dont les propos sont rapportés par l'Associated Press, ces pays s'enlisent dangereusement dans un "cercle vicieux".
En visite officielle depuis mercredi à Kingston, le président René Préval et le Premier ministre jamaïcain Portia Simpson Miller ont reconnu « la menace à la sécurité régionale que représentent le trafic des armes et de la drogue ».
Toutefois, ces deux leaders caraïbéens ont des points de vue différents sur les voies et moyens pour combattre ces fléaux, a rapporté le journal Jamaica Observer.
Lors d'une conférence de presse, le Premier ministre Jamaïcain, Portia Simpson Miller, a révélé que son gouvernement planifie une attaque surprise contre les trafiquants de drogues et d'armes opérant sur les côtes haïtiennes et Jamaïcaines.
« Nous n'avons pas à travailler sur les points de transit mais sur les points qui consomment et produisent », a déclaré pour sa part René Préval.
Les pays producteurs d'armes et consommateurs de la drogue devraient être concernés au premier chef dans la lutte contre ces fléaux menaçant la sécurité de l'hémisphère, a souligné le chef de l'Etat haïtien.
En dépit des accords intervenus entre les Etats-Unis et certains pays de la région autorisant les navires des Garde-côtes américains à arraisonner les bateaux des trafiquants de drogue, rien de significatif n'a pu être fait tandis que ceux transportant des voyageurs clandestins ont pu être interceptés, a noté René Préval.
En septembre 2006, Haïti figurait encore sur une liste noire des 23 pays producteurs ou de transit de la drogue vers les Etats-Unis d'Amérique.
Des pays qui « manquent à leurs obligations internationales dans la lutte contre les stupéfiants », avait écrit le président George Bush dans un mémorandum adressé au Département d'Etat.
La présence d'un pays sur cette liste ne signifie pas nécessairement que le gouvernement américain réprouve son action contre la drogue ou sa coopération avec les Etats-Unis, avait nuancé ce mémorandum.
« Une combinaison de facteurs géographiques, commerciaux et économiques » peut contribuer au transit ou à la production, malgré des efforts gouvernementaux assidus, avait précisé le document.
Haïti, à cause de sa proximité géographique avec la Colombie, facilite le transit de 20 % de la cocaïne colombienne vers les Etats-Unis. Ce qui représente un tiers des 60% de cette drogue entrant dans ce pays.
La filière connue est, après l'escale haïtienne, la République dominicaine et Porto-Rico. Arrivée dans ce pays, la cocaïne est transportée aux Etats-Unis et en Europe. Un trafic qui rapporte environ 25 milliards de dollars.
« La grande expérience de John Negroponte, son jugement sûr et sa connaissance de l'Irak et de la guerre contre le terrorisme en font un candidat exceptionnel pour le poste d'adjoint au secrétaire d'Etat », a déclaré M. Bush à la presse.
Selon certains analystes, l'administration Bush, avec la nomination vendredi de Negroponte qui vient de passer près de 20 mois à la tête des services de renseignements, indique une extension de la lutte contre le terrorisme au continent américain.
Cette nomination préfigure aussi un regain d'intérêt pour le continent américain qui vire à gauche sur le plan politique.
Représentant permanent des Etats-Unis à l'ONU lors de l'intervention militaire américano-britannique en Irak en avril 2003, John Negroponte a par la suite dirigé la mission diplomatique de son pays à Bagdad entre 2004 et 2005 et les services de renseignements juste avant sa nomination comme adjoint de Condoleezza Rice.
En attendant une coopération dynamique en matière de lutte contre le trafic de la drogue entre les Etats-Unis et Haïti, les trafiquants ont encore de beaux jours devant eux. Et Haïti, malgré les grandes énoncées porteuses de confusions sémantiques restera encore sur les listes noires.
Source: LeNouvelliste.com