Dans une lettre adressée au ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me René Magloire, le commissaire du gouvernement, Me Claudy Gassant, dit se retirer des affaires du parquet en attendant la formation d?une commission d?enquête sur le cambriolage perpétré au Parquet, il y a environ une semaine. Selon Radio Galaxie, Me Claudy Gassant aurait proposé le substitut Fanfan J. Gérilus pour assurer l?intérim.
La visite effectuée, le mercredi 10 janvier, par le ministre René Magloire au parquet, en compagnie du secrétaire d?État à la Sécurité publique, M. Luc Eucher Joseph, et du directeur général de la PNH, M. Mario Andrésol , a jeté une douche froide sur les relations entre le commissaire du gouvernement et le ministre de la Justice. Contrai- rement aux affirmations du commissaire, le ministre avait déclaré qu?il n?y avait pas assez d?éléments prouvant qu?il y avait effectivement un cambriolage au parquet. Une déclaration que Me Claudy Gassant avait mal digérée.
« Il y a bien cambriolage » soutient Gassant
En effet, quelques heures après la visite des lieux par son chef hiérarchique, le commissaire Gassant était monté au créneau pour réagir. Le chef du parquet avait dit considérer la visite du ministre Magloire comme un « geste déplacé » atteignant sa personnalité.
Selon le commissaire, la présence au parquet du ministre Magloire ne rentrait pas dans le cadre d?une visite de courtoisie, encore moins administrative, mais plutôt dans la perspective d?une contre-enquête. Ce qui est « extrêmement grave », a-t-il estimé.
Par ailleurs, le commissaire du gouvernement s?est accroché à la thèse selon laquelle le parquet du tribunal de première instance de Port-au-Prince a été victime d?acte de cambriolage dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 janvier dernier.
Me Gassant en a profité pour informer que, depuis sa nomination comme chef du parquet, il avait formulé des demandes auprès du gouvernement relatives à la sécurisation du parquet. Une demande, a-t-il dit, qui a été prise en compte par le gouvernement, lequel a passé les instructions nécessaires au directeur général de la Police nationale d?Haïti, Mario Andrésol. Pourtant, le parquet est toujours livré à lui-même et a fait l?objet de sac en deux occasions successives, avait-il déploré.
Claudy Gassant avait tenu à souligner que la sécurité du parquet ne relève pas directement de ses attributions.
Toutefois, la sécurité personnelle du commissaire est toujours au rendez-vous. Plusieurs agents lourdement armés l?entourent quotidiennement, en plus d?un cortège de deux géantes voitures noires blindées, constatent des journalistes.
D?après Me Gassant, cet énième cambriolage du parquet devrait être expliqué par le chef de la Police, M. Mario Andrésol, le secrétaire d?État à la Sécurité publique, Luc Eucher Joseph et le ministre René Magloire, desquels dépendrait la sécurité de l?édifice.
« Il est évident que les persiennes à l?étage du bâtiment ont été brisées au point que n?importe quelle personne pouvait accéder facile- ment à l?intérieur. Dans un deuxième temps, même si une personne aurait eu la clé, il est clair que les cadenas de la porte donnant l?accès à la chambre où se trouvaient les corps de délit ont été coupés avec un matériel de chauffage (torche). Je l?ai démontré noir sur blanc », a persisté le commissaire Gassant.
Les regrets de Préval...
Le président de la République, René Préval, de retour de sa visite officielle au Nicaragua ou il a assisté à la prestation de serment du président Daniel Ortéga, a, pour sa part, placé son mot dans cette affaire qui, selon lui, paraît un peu compliquée. « Je regrette qu?à l?intérieur de l?État il y ait des choses qui font la une sur les ondes, dans les journaux ainsi que sur les places publiques alors que moi personnellement, je n?en suis pas imbu » avait déploré le président René Préval.
Une honte pour la justice haïtienne
De son côté, Me Samuel Madistin, opinant sur la question, estime que ce scandale constitue une honte pour tout le système judiciaire. Selon l?homme de loi, l?un des deux protagonistes, sinon les deux, savoir le commissaire du gouvernement Me Claudy Gassant et le ministre René Magloire devraient remettre leur démission. D?après Me Samuel Madistin, ces deux « protagonistes » ne peuvent plus collaborer et ne sont plus en mesure de demander aux justiciables de placer leur confiance dans le système judiciaire haïtien déjà si décrié . « On en est à une situation où on a un commissaire du gouvernement qui, au regard de la loi est un agent exécutif au sein de l?appareil judiciaire. À ce titre, il est lié par le principe de la subordination hiérarchique. Son supérieur hiérarchique demeure donc le ministre de la Justice. Si ce dernier met en doute la thèse émise par le commissaire du gouvernement, cela implique que le ministre Magloire enlève publiquement la confiance placée dans son subordonné », a argumenté Me Madistin, qui a dit saisir dans ce « spectacle désolant une question de tempérament et d?honorabilité ». « Dans le cadre d?un tel scandale, il faut qu?il ait l?une et/ou les deux personnalités qui en paient le prix », a-t-il conclu.

Les résultats des enquêtes annoncées par le ministre de la Justice, Me René Magloire, relatives au cambriolage du parquet, ne sont pas encore connus. Des parlementaires ont annoncé une visite au parquet pour ce lundi 15 janvier. Entre- temps, la population, notamment les justiciables et des détenus non encore jugés, écroués dans des centres carcéraux surpeuplés, attendent impatiemment des décisions de justice.
Source: Le Matin