D'anciens hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères soupçonnés de corruption dont l'ancien administrateur Harold Bruno ont été entendus lundi par la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif.
« Les deux chèques totalisant 76 millions de gourdes destinés au paiement du personnel des missions diplomatiques et consulaires d'Haïti ainsi que des boursiers haïtiens à Cuba ont été déposés à la BRH. Et, j'avais passé des instructions pour que le payroll puisse être fait », a précisé Harold Bruno, ancien administrateur du ministère des Affaires étrangères pour l'exercice fiscal 2005-2006. Auditionné lundi par la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif, il a nié les accusations de corruption portées contre lui.

« Je sais que le payroll du mois de mai 2005 n'a pas été fait. Mais, l'argent n'a pas été transféré sur mon compte comme on veut le faire croire, a-t-il avancé. Pour justifier le non paiement du mois de mai 2005 au personnel des ambassades, des consulats et des boursiers haïtiens à Cuba, Harold Bruno a fait état d'une mesure prise par le gouvernement d'alors demandant aux ministères de ne pas faire de transaction. « Les chèques n'ont pas été virés à temps, voilà la cause du retard », a-t-il dit sans convaincre le tribunal. « Où sont passées les 76 millions de gourdes ? », a demandé le président du tribunal administratif, Arold Elie. Sans présenter de pièces justificatives, Harold Bruno a répondu : « Elles ont été utilisées pour le service du ministère. »

L'ancien administrateur du ministère des Affaires étrangères pour prouver que l'argent n'a pas été transféré sur son compte privé a annoncé que les employés des missions diplomatiques d'Haïti et les étudiants haïtiens vivant à Cuba viennent de recevoir leur chèque pour le mois de mai 2005. Fait étonnant, ils avaient déjà reçu le salaire pour les mois qui suivent.
Trois rapports de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratifs pour la période allant de mars 2004 à juin 2006 ont fait état de corruption et de malversation dans la chancellerie haïtienne. « Violation des principes relatifs aux lois des finances, absence de documents pouvant justifier les dépenses au ministère des Affaires étrangères », sont quelques uns des faits reprochés aux accusés.
« Pour l'année fiscale 2005-2006, les pièces justifiant les dépenses du ministère existent bel et bien », ont laissé entendre Harold Bruno et Rénold Lorseille. Cependant, les vérificateurs de la Cour des Comptes n'ont pas pu les retrouver pendant les multiples visites qu'ils ont effectuées au ministère. Un procès-verbal de carence a été co-signé par M. Lorseille à titre de comptable en chef de l'institution.
Cependant, interrogé par les conseillers du CSC / CA, il a nié avoir travaillé au ministère des Affaires étrangères comme comptable. Il a aussi précisé que le procès-verbal qu'il a co-signé ne prenait pas en compte la période 2005-2006. « Rénold Lorseille nous a induit en erreur », a déploré un vérificateur du CSC / CA.
Cité dans les rapports de la Cour des Comptes, l'ambassadeur d'Haïti à Washington, Raymond A. Joseph, avait déclaré la semaine dernière avec les parlementaires : "On peut me reprocher d'opérations irrégulières, mais pas de corruption". L'ambassadeur Joseph avait expliqué aux parlementaires qu'il avait dû recourir sans autorisation de ses supérieurs hiérarchiques aux fonds générés par les passeports pour faire fonctionner l'ambassade d'Haïti à Washington ainsi que les consulats.
Constatant les contradictions dans les exposés des accusés et des vérificateurs, le président de la Cour des Comptes et du Contentieux administratif, Arold Elie a ordonné la poursuite de l'instruction sur la gestion financière du ministère des Affaires étrangères pour la période allant de mars 2004 à juin 2006.
Source: Le Nouvelliste