L'épineuse question des déportés haïtiens en provenance des Etats-Unis, de la République dominicaine et des autres pays de la Caraïbe a été, jeudi, au centre d'une rencontre au Parlement haïtien. Le chef de la diplomatie haïtienne a sollicité l'appui des parlementaires afin de trouver une solution à ce problème.
« A une requête du gouvernement haïtien demandant aux autorités américaines de surseoir à la déportation de nos compatriotes, elles ont répondu par la négative », a informé le ministre des Affaires étrangères, Jean Raynald Clérismé, au cours d'une rencontre jeudi avec la commission des Affaires étrangères et des Cultes de la Chambre basse. « Les Américains avaient même menacé de geler le visa des officiels haïtiens au cas où ils refuseraient de recevoir les déportés jugés dangereux », a-t-il rappelé tout en présentant la question des déportés comme un fardeau pour le pays.
Pour l'année 2006, Haïti avait accueilli 288 déportés en provenance des Etats-Unis d'Amérique. Sans avancer de chiffre, le ministre estime que beaucoup de ces individus sont des criminels dangereux. « Ces criminels notoires n'ont-ils pas été formés aux Etats-Unis ? », s'est interrogé un parlementaire comme pour afficher son désaccord avec la politique américaine.
Les Etats-Unis ne sont pas le seul pays à déporter les ressortissants haïtiens. Pour l'année écoulée, la République dominicaine a remporté le palme avec 6267 déportations vers Haïti, suivie des Bahamas avec 4370. La Jamaïque a, quant à elle, refoulé 56 Haïtiens. Ces individus ne représentent pas jusqu'ici une menace pour la sécurité publique. « Aucun criminel notoire n'est encore recensé parmi les déportés en provenance de ces pays », a confié le chef de la diplomatie haïtienne aux parlementaires.
L'Etat haïtien ne dispose ni les ressources matérielles, ni les ressources économiques nécessaires pour bien gérer le problème des déportés. Un problème qui risque de provoquer bien des torts au pays au cours de cette année si les Etats-Unis n'abandonnent pas leur projet de faire passer le nombre des déportés de 25 à 100 par mois.
Pour pouvoir faire face au mal que représente pour la société haïtienne les déportés ayant un passé douteux, le chancelier haïtien invite les parlementaires à adopter des lois pouvant permettre à la justice haïtienne de garder en prison ceux qui se révèlent dangereux. « Les autorités américaines ne veulent pas déporter les gens avant qu'ils aient fini de purger leur peine. Ainsi, il revient au Parlement de prendre des lois afin de nous permettre d'emprisonner les criminels notoires déportés en Haïti.»
A côté du vide juridique, il n'existe pas non plus de prisons pouvant accueillir ces individus. Le ministre Clérismé a fait état d'un projet du gouvernement en place visant à construire un centre d'accueil pour les déportés. En attendant, une commission interministérielle travaille sur ce dossier.
Le consul général d'Haïti à New York, Augustin Félix, qui accompagnait le ministre, a, pour sa part, plaidé en faveur d'un front entre tous les pays de l'Amérique latine touchés par le problème des déportés. « Tous les pays qui se sentent menacer par ce fléau doivent s'unir pour demander aux Etats-Unis de trouver une meilleure formule pour aborder cette situation », a-t-il fait remarquer.
Les déportés en provenance des Etats-Unis sont soupçonnés d'être très actifs dans les actes d'insécurité recensés ces derniers temps à travers le pays. Les parlementaires estiment que les officiels haïtiens, même au prix de leur visa, doivent dénoncer la politique américaine en la matière.
Source: Le Nouvelliste