René Préval s'explique. Il souhaite calmer les ardeurs de la Chine. S'expliquer n'est pas courber l'échine, semble-t-il dire en homme d'Etat conscient des conséquences fâcheuses d'un départ précipité de la MINUSTAH.
Le président René Préval devrait envoyer à la Chine une « lettre d'explication » dans le but d'éviter son veto à quelques semaines du renouvellement du mandat de la MINUSTAH le 15 février 2007. Cette correspondance, selon des sources dignes de foi, sera remise au représentant de Pékin en marge de la présentation du rapport du secrétaire général du Conseil de sécurité, le 29 janvier, sur le travail de la mission de stabilisation dans le pays. En pleine controverse avec la chine, irritée par une demande d'Haïti de relancer le débat sur la réadmission de Taiwan à l'ONU, le Président René Préval s'était montré ouvert au dialogue.
Lors d'un entretien téléphonique avec le secrétaire d'Etat américain Condolleeza Rice, il a confié « qu'il planifiait de discuter de la question avec les autorités chinoises afin de dissiper les malentendus ».
René Préval avait aussi ajouté que son pays croit que tous « les différends, les problèmes entre les Etats, incluant la Chine et Taiwan, devraient être discutés à l'ONU ». « Nous avions dit à la Chine que nous maintiendrons toujours la même position. Cette position est que nous ne voulons prendre partie ni pour Taiwan ni pour la Chine. Discutons du problème », avait-il dit en soulignant qu'un veto de la Chine au renouvellement de la MINUSTAH serait regrettable.
Le président haïtien avait souhaité l'implication des Etats-Unis et de la France dans la recherche de l'apaisement entre Haïti et la Chine afin d'éviter une crise ouverte.
Cette lettre témoignerait de « l'esprit d'ouverture » du président haïtien, ont fait remarquer certains diplomates. L'un d'eux s'est même dit « confiant quant au renouvellement pour au moins six mois du mandat de la force onusienne ».
Le représentant du Secrétaire général de l'ONU, le diplomate Edmond Mulet, n'a voulu faire de commentaire, selon la porte-parole de la mission Sophie Bouteau de Lacombe. »Nous ne savons pas si une telle lettre a été écrite », a indiqué Mme de Lacombe.
Cependant, elle a indiqué que « les pays membres du Conseil de sécurité sont favorables au renouvellement du mandat de la mission ».
Le chef de cabinet du chancelier Jean Reynald Clérismé, M. Anthony Dessources, a, lui aussi, déclaré qu'il n'était pas au courant de cette lettre. Forte de plus de neuf mille hommes et femmes, le mandat de la MINUSTAH arrive à échéance le 15 février 2007 conformément à la Résolution 1702.
Selon des analystes, le président René Préval se trouve dans une situation délicate entre Taiwan et la Chine. Le premier est un ami et partenaire attentif, et l'autre, détenteur du droit de veto, peut faire basculer tous les efforts de stabilisation d'Haïti. Qui a dit que l'ennemi de mon ami est mon ennemi ?
Source: Le Nouvelliste