A l'assaut de " l'axe du mal"
Martissant, Bolosse et certains quartiers du bord de mer font partie d'un « axe du mal » que les autorités semblent vouloir casser. Cependant, pour ceux qui veulent remettre leurs armes, la CNDDR laisse une porte ouverte.
Martissant, théâtre à la fois d'une criminalité larvée et d'affrontements récurrents entre gangs rivaux, devra être bientôt touché par des opérations similaires à celles menées par des Casques bleus à Cité Soleil mercredi et jeudi qui ont fait au moins cinq morts et 12 blessés. A la mi-journée, des unités de la Police nationale d'Haïti ont fait des interpellations dans des quartiers du bord de mer qui servent de retraite aux bandits armés de Martissant, selon des riverains.
Confirmant la détermination des autorités à apporter des réponses à court, moyen et long terme à la violence des gangs et à la criminalité, Alix Fils-Aimé, président du CNDDR, a indiqué que « la porte de la paix n'est pas fermée ».
Toutefois, il a souligné que ceux qui choisissent aujourd'hui de porter une arme et de s'en servir contre les autres sont tout simplement des criminels, sans aucune justification politico-idéologique.
Etant considérés comme tels, ils doivent être en mesure d'assumer la responsabilité de leurs actes.
Alix Fils-Aimé qui intervenait dans le cadre du « Jeudi de la Presse », un rendez-vous hebdomadaire de l'association « SOS Journalistes, a regretté le non-respect d'une trêve signée entre les gangs de Martissant afin de mettre un terme aux hostilités.
M. Jean-Baptiste Hilaire, un chargé de mission de la CNDDR qui était en contact avec les différentes bandes armées dans la perspective de leur intégration dans le programme de réinsertion, a été brutalement assassiné chez lui le 31 décembre 2006. En dépit de cela, Alix Fils-Aimé parait optimiste et tend toujours le rameau d'olivier.
Après une analyse sociologique de la violence et de la criminalité, intimement liées à l'exclusion sous toutes ses formes, il a fait état du projet de transformation du paysage urbain. Une transformation qui doit aussi s'étendre aux individus, a-t-il indiqué en théoricien épris des idéaux socialistes.
S'agissant du bilan de la commission qu'il dirige, Alix Fils-Aimé a révélé que 101 personnes ont rejoint le programme de réinsertion pour 70 armes remises. « Naturellement, j'aurai aimé annoncer la remise de 7000 armes », a-t-il nuancé en se référant à la baisse de l'insécurité et des actes de kidnapping dans la capitale et ses environs. Une baisse imputable, selon M. Fils-Aimé, à l'effort conjugué de différentes entités de l'Etat. Il a, en outre, indiqué qu'un nouveau plan stratégique qui servira de base au DDR a été présenté et ratifié par le conseil des ministres.

Reconnaissant l'échec du DDR, jusque-là mené selon le schéma classique qui sous-entend l'opposition de deux groupes armés rivaux clairement identifiés, il a prôné une nouvelle approche qui tient compte de la spécificité de la réalité haïtienne. Il dit miser sur ce nouveau plan dont la réalisation partielle, et à court terme nécessiterait un montant de cent vingt millions de dollars américains. Cependant, a-t-il dit, une enveloppe de 1.2 milliard de dollars serait indispensable pour la réalisation complète de ces projets, susceptibles de contribuer à la création de meilleures conditions de vie dans les bidonvilles. Par ailleurs, M. Alix Fils Aimé a souhaité une mobilisation nationale contre la violence.

En dernier lieu, il a invité la population à la prudence puisque les bandits traqués dans les zones chaudes ont tendance « à contourner les dispositifs de la police ». Ils opèrent le soir, a-t-il révélé en encourageant la constitution de « réseaux de sécurité » communautaires dans les quartiers. La collaboration de la population avec les forces de l'ordre doit s'intensifier, a-t-il poursuivi.
Les habitants de Martissant et des quartiers du bord de mer ne revendiquent que le droit de vivre en paix.
Source: Le Nouvelliste